| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






mardi 8 août 2006

J’ai rencontré le quinquagénie

par Michèle Bourgon






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Les luttes menées à l’échelle locale sont liées et s’inscrivent dans un contexte global
À la mémoire de Marie Trintignant
L’économie du don, la théorie et les pratiques - Appel de textes
20e anniversaire de la Marche des femmes contre la pauvreté "Du pain et des roses" : des retrouvailles émouvantes et stimulantes
La présence des femmes sur Internet
"Lockout au Journal de Montréal. Enjeux d’un conflit de travail", chez M éditeur
Les garderies commerciales : la réponse du XX1e siècle ?
Grande manifestation contre l’austérité, samedi le 29 novembre à Montréal et Québec
Services sexuels pour les handicapés : la pitié dangereuse
Vatican VS mafia - Qui lave les péchés du monde ?
Résister et construire des alternatives au modèle patriarcal, capitaliste, raciste, lesbophobe et colonial
Obama ou le "Dream" de Martin Luther King ?
La dictature du regard
De petits pas contre la faim - Où déposer vos dons
Le féminin à géométrie variable - Être nommée pour exister !
Shéhérazade, une filiation possible pour les femmes militantes ou artistes contemporaines
La médaille du Barreau de Montréal 2012 décernée à Me Christiane Pelchat, artisane d’un monde meilleur
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
Grève étudiante - Des féministes de l’Université Laval s’indignent de la violence policière
Grève étudiante – "Allô la police !"
Témoignage - Mon chemin vers le bonheur
Des survivantes de tortures et de mauvais traitements exhortent le Canada à aider à mettre fin aux violations des droits de la personne aux Philippines
Discrimination sexiste dans l’industrie de la construction : mémoire
Aides domestiques – Le Conseil du patronat du Québec prend encore une fois position contre l’égalité des femmes
Québec - Une menace plane sur l’autonomie des organismes communautaires
Les femmes demandent réparation
Offrez des livres des éditions Sisyphe pour Noël 2010 - Deux forfaits à prix modique
Abolition de la Commission de l’équité salariale : un recul inacceptable pour les femmes !
Les crimes haineux déclarés par la police au Canada
Les organismes communautaires dénoncent les conséquences des actions gouvernementales
Les femmes immigrées et "racisées" font les frais d’une fragmentation du mouvement communautaire et d’un manque de ressources
Le réenchantement du monde par les médias
Dramaturgie de contes de fées dans les relations internationales
Équité salariale - la moitié des entreprises ne suivent pas la loi
Le scandale du financement des écoles privées
L’utérus national
Québec - Il y a 25 ans, Denis Lortie tirait sur des employés de l’Assemblée nationale
Mouvement de libération des femmes : 1970-2010
Éliminer la pauvreté : il faut faire plus ... et mieux
La Grande Déclaration Jeunesse de Québec
Nouveau-Brunswick - Aux personnes qui pensent que les femmes ont atteint l’égalité
Équité salariale - Radio-Canada à pas de tortue
Radio-Canada et les femmes journalistes - Avancez par en arrière, Mesdames
Quand le sexe prit le pouvoir
Pour le respect des droits et libertés des travailleuses et travailleurs (im)migrant-es au Québec et au Canada
Les nouvelles chaussures du ségrégationnisme
Aides familiales, travailleurs agricoles, et autres travailleurs (im)migrant-es à statut précaire : quels droits ? Quelles responsabilités gouvernementales ?
La pauvreté a des effets dévastateurs sur la santé des enfants
Arrière-pensées des discours sur la "victimisation"
Marchons le 7 septembre pour appuyer la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples
En Congrès, l’AFEAS réclame une loi pour protéger les droits collectifs acquis et l’égalité entre les sexes
Syndrome d’aliénation parentale ou SAP, une théorie contestée
Tuerie de Virginia Tech - La célébrité au bout du fusil
Dignes dingues dons
Luttes de classes et pauvreté plus tabous que le racisme. Entrevue avec Toni Morrison
Crime et pauvreté à l’ère du libéralisme
Sortir d’un gang criminel et reprendre goût à la vie
Printemps
Réaction du Comité des femmes des communautés culturelles de la FFQ sur les accommodements raisonnables
Rencontre laïque internationale le 10 février
Toutes les Montréalaises devraient disposer d’un logement de qualité, sécuritaire et abordable
Un goût de lendemain de veille
Lulu love Lili ou histoire d’L
Association étonnante d’une psychologue aux ateliers "Initiative vraie Beauté" de Dove
La Commission de l’équité salariale refuse la demande du gouvernement d’étaler le paiement
Devons-nous nuancer notre critique de l’islam ?
La menace de tuer Redeker, un test pour l’état de notre démocratie
Point de rupture
L’R des centres de femmes du Québec à la recherche d’une travailleuse polyvalente
Le calendrier girl power 2007 s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation de la société
Jeux olympiques 2006 - J’ai perdu mes eaux limpides !!!
Déménagement du casino : une hausse du crime est prévisible
Ressources pour les femmes
Le gouvernement Harper veut museler les groupes de femmes
Dérives des banlieues : les filles, premières victimes
Les Misérables du XXIe siècle
Attention à la boîte de pandore de l’eugénisme scientifique
La France et le Québec, deux définitions divergentes de la laïcité dans l’espace public
Tout le monde en parle, de la peste raciste
Le mouvement étudiant et le renouvellement du projet social québécois
La longue marche des femmes vers l’égalité dans les métiers non traditionnels
Libre : la loi du genre
La Loi sur les normes de travail interdisant le harcèlement psychologique est en vigueur au Québec
Un couvre-feu pour les jeunes afin de réduire le vandalisme ?
Femmes, migration et frontières
L’amour a-t-il changé ?
Pauvreté : bouc émissaire
La Cour supérieure du Québec rend un important jugement sur l’équité salariale
Le totalitarisme "politically correct". Mythe ou réalité ? - Le milieu universitaire et la droite
Le totalitarisme "politically correct". Mythe ou réalité ? - Culture occidentale et analyse féministe
La chasse au "politically correct"
S’unir pour être rebelles - Rassemblement de jeunes féministes
La féminisation linguistique : nommer notre présence au monde
Équité salariale et dérives masculinistes
La malbouffe n’est pas toujours un choix personnel
Appel pour un Québec d’abord solidaire !
Les derniers titres de Sisyphe en permanence sur votre site
Radio France Outre-Mer attise le feu
La Charte mondiale des femmes pour l’humanité
Pourquoi cette rage ?
Privatiser les services de santé, un pis-aller
Une justice à géométrie variable
Quand l’industrie de la charité imite les « grandes »







L’équipe de Sisyphe m’a offert de rouler une pierre en haut d’une montagne. Je sais aussi que cette pierre va redescendre la pente et que je devrai recommencer sans cesse. Je suis angoissée, mais c’est un peu l’histoire de toute une vie ; de toutes les vies.

J’aurai cinquante-deux ans bientôt. Hé oui, j’ai rencontré le quinquagénie !!!

Quand j’étais toute jeune, j’entendais souvent parler de l’an 2000. Et, sérieusement, je me demandais si je serais encore vivante. Quarante-six ans me semblait tellement immensément vieux, proche de la sénilité. Et là, ça y est ! Un demi-siècle !

Cinquante ans, ce n’est pas rien ! Le moment pour un redrapage de la bedaine, la liposuccion des fesses, le remodelage des seins, le lissage du visage, les injections de Botox, la reconstitution du vagin... Ayoye... Le Grand Oeuvre... Puis, quand c’est arrivé, je me suis dit : « Bof ! le travail est trop grand ». Ça va me coûter la peau des dents. Oups ! Les dents... une autre affaire... Alors, autant m’habituer et m’habiter telle que je suis. Qui m’aime me suive ! Ce qui ne m’empêche pas toutefois de vouloir être belle, coquette, séduisante, mais j’ai compris que vouloir compétitionner avec les jeunes femmes était stérile, idiot et insensé... alors je m’y prends autrement. Une heure pour chaque chose et chaque chose à son heure. J’ai du charme et un peu de chien... Ça plaît à certains.

Cinquante autres années et j’aurai ... cent ans ! C’est vertigineux rien que d’y penser. Que se passera-t-il pendant ces cinquante autres années ? Ça, je ne le sais pas. Ce que je sais par contre, c’est que je me rappelle, parfois avec bonheur, parfois avec peine, les événements que la vie m’a fait traverser. Pas toujours facile, la vie. Mais on s’y accroche, on la mord, on la griffe et on l’embrasse quand elle nous embrase.

Je vais vous surprendre, mais... je m’aime !!! Désolée de vous décevoir. J’ai connu, profité, immensément bénéficié du travail des femmes avant moi. Merci à celles qui se sont battues pour créer les brèches qui font qu’aujourd’hui, le monde change. Merci aux hommes de nous avoir finalement entendues. Attention à vous jeunes femmes de ne pas vous laisser endormir et de croire que la lutte est terminée. On en reparlera...

La Mère Michèle ne porte pas de string sauf pour faire rire Chouchou, pas de soutien-gorge à balconnet, le balcon nécessiterait trop de réparation... je n’ai pas d’anneau dans le nombril, ni de diamant dans le nez. Pas de tatouage non plus. Des cicatrices physiques, des estafilades au cœur par contre... et savez-vous ? Je les aime. Elles m’appartiennent, elles m’ont façonnée. J’ai des rides qui ne sont plus ridules, les paupières légèrement chiffonnées, des cheveux gris au temple de la renommée, un seul poil au menton ( lui, je l’’’aguis") qui se déploie dans les moments les moins opportuns et j’ai... de la gueule. Dans tous les sens du terme... Ce que j’apprécie le plus, c’est que même si je suis physiquement moins conforme aux standards des canons de beauté, j’ai plus confiance en moi. Oh ! Je fus belle jadis et maintenant..., je le suis toujours, mais différemment.

On m’avait pourtant prévenue ; les journaux, les magazines, la télévision : cinquante ans, c’est la mort, la déchéance, la mise au rancart. En plus, je suis une boomer... les zhonnis, les zhaïs, celles dont on a hâte qu’elles fassent de la place. À mort, la vieille !

La journée officielle de mes cinquante ans, je n’ai pas ressenti de tristesse du tout. Mais je m’étais bien entourée. Je m’étais organisée une fête. Moi-même. Hé oui ! Je célébrais l’amitié et l’amour, les joies, les peines avec tous les gens que j’aime, que j’aimais, que j’ai aimés. Certains étaient là, d’autres pas. Chose certaine, les souvenirs, eux, m’enveloppaient. Je n’ai conservé que les meilleurs, les plus doux, les plus chauds. J’ai exorcisé la peur de la cinquantaine. J’ai frotté la bouteille de champagne et le quincagénie est apparu. Hic !

Etre femme à cinquante ans, ça a aussi son côté excitant. J’ai mûri, j’ai de l’expérience, je suis plus rusée, je n’ai plus peur du ridicule (même si je ne le recherche pas). Je sais ce que je ne veux plus même si je ne sais pas encore tout à fait ce que je veux. Clichés ? Oui, mais tellement vrai.

Je suis une femme, fière d’être femme. Féministe par obligation : vaincre l’injustice, permettre aux jeunes femmes de bénéficier d’avantages que je n’ai pas eus. Libre de donner de l’amour, de la joie, du rire, des opinions. C’est ce que je ferai à chaque fois que je viendrai vous rencontrer. Vous ne serez pas toujours d’accord avec moi, je m’en doute bien. Je ne possède pas la Vérité avec un grand V. Mais je vous écouterai, vous respecterai. Une société est formée de différences, de tolérance, d’ouverture. J’essaierai.

Hé oui, y’a la ménopause qui arrive... J’me sens « hot » mais pas de la même façon qu’avant.

J’aborde cette deuxième partie de ma vie avec confiance. J’ai déjà deux années d’expérience et, pour plusieurs raisons, je pense n’avoir jamais été aussi heureuse.

Maintenant que j’ai connu le Quincagénie, j’ai hâte de rencontrer le Sexagénie. Ben quoi... il semble offrir plein d’expériences intéressantes ... Je l’appellerai peut-être le Sexygénie. On verra.

À toutes les femmes qui paniquent à l’idée d’aborder cette nouvelle étape, aimez-vous. Vous êtes belles et fortes de vos échecs comme de vos succès. Vous avez vécu, vous avez aimé, vous avez souffert, mais vous êtes passées au travers. Bravo au Quincagénie !

Oups, la pierre qui redescend la colline !

Bof... pierre qui roule n’amasse pas mousse !!!

Mis en ligne sur Sisyphe, le 7 août 2006.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Michèle Bourgon

L’auteure a été professeure de français au niveau secondaire pendant 13 ans et est professeure de littérature française au niveau collégial depuis 1990. Elle a prononcé de nombreuses conférences sur des sujets littéraires partout au Québec et elle travaille à plusieurs projets d’écriture. Elle a publié Contes de Noël, qui lui a valu un prix littéraire, et des articles dans Brèves littéraires (Laval, 1999) et Nouvelles Fraîches (Montréal, 1991). Elle a participé à la création de l’émission pour enfants, « Charamoule », à Radio-Canada (1988-1989), sous la direction de Pierre Duceppe.



Plan-Liens Forum

  • > J’ai rencontré le quinquagénie
    (1/4) 7 septembre 2006 , par Internaute

  • > J’ai rencontré le quincagénie
    (2/4) 9 août 2006 , par Monique D.

  • > J’ai sexa(sexy)génie vous salue
    (3/4) 9 août 2006 , par Dano

  • > J’ai rencontré le quincagénie
    (4/4) 8 août 2006 , par Loïse Lavallée

    rép: Internaute
    rép: Monica




  • > J’ai rencontré le quinquagénie
    7 septembre 2006 , par Internaute   [retour au début des forums]

    Voici un bel article. Ma mère a eu 50 ans cette année. Elle a adopté la même philosophie que vous...

    Pourquoi toutes ces femmes utilisent-elles la chirugie plastique ? Juste le mot plastique sonne une cloche. Veut-on réellement être fait de "plastique" pour ressembler aux beautés désespérées ? Combien de femmes n’attendent pas leur 50 ans pour avoir recours à cette méthode ? À mon âge (25 ans), les femmes veulent des seins plus gros... Dites-vous mesdames, que plusieurs hommes préfèrent les femmes "au naturel". C’est ce qui fait le charme.
    Rosy

    > J’ai rencontré le quincagénie
    9 août 2006 , par Monique D.   [retour au début des forums]

    Brin de sagesse

    Quelle fraîcheur ! Ça fait du bien à lire, car le propos est opposé à tout ce qui se véhicule actuellement. Enfin, la Mère Michèle apporte une dose de sagesse dans un monde qui se livre constamment aux impératifs de l’éternelle jeunesse.

    Je suis entièrement en accord avec cette manière de penser où l’on accepte le réel et où l’instant présent est vécu dans toute son intensité.

    Monique D.

    > J’ai sexa(sexy)génie vous salue
    9 août 2006 , par Dano   [retour au début des forums]

    Merci pour ce beau texte. Il va m’aider à me regarder autrement ; à arrêter de paniquer dans cette sexagénie déjà engagée ; à apprécier la chance que j’ai d’être là, parmi vous à savourer les grands et les petits moments de chaque jour.

    Avec un tel regard, je suis sûre que tu sauras remonter la pierre avec force et panache.
    Merci !

    > J’ai rencontré le quincagénie
    8 août 2006 , par Loïse Lavallée   [retour au début des forums]
    J’ai rencontré le quincagénie

    Surtout, ne refermons pas la bouteille...

    Quel bonheur que cette cinquantaine semée à tout vent ! Un article plein d’humour et de tendresse, à un âge où il est plus que nécessaire de posséder les deux.

    J’abonde dans le même sens : profiter au maximum de ce temps qui rétrécit, oser s’aventurer dans de nouveaux sentiers avec curiosité et surtout, ne pas refermer pas la bouteille du mystérieux génie.


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2006
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin