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jeudi 14 février 2008


École afro-centriste à Toronto
Les nouvelles chaussures du ségrégationnisme

par Diane Guilbault, collaboratrice de Sisyphe






Écrits d'Élaine Audet



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Rosa Parks (1) doit s’être retournée dans sa tombe : des leaders de la communauté noire qui réclament une école séparée ...!!! Pour quiconque a eu connaissance des luttes épiques de la communauté noire états-unienne pour mettre fin à la ségrégation, ce projet de la commission scolaire de Toronto (2) a de quoi laisser un goût amer.

Cette affaire s’inscrit dans une tendance qui est en train de redéfinir nos sociétés : le ségrégationnisme comme mode d’organisation sociale et, probablement, le résultat ultime de l’exaltation de la différence.

La ségrégation

Comment expliquer que certains leaders de la communauté noire de Toronto en viennent à croire que la solution aux problèmes scolaires de certains de leurs jeunes se règleront par une ségrégation choisie...? Ce n’est pas parce qu’on accole à cette école un qualificatif en vogue aux États-Unis - afro-centriste - que cela lui enlève son caractère réactionnaire.

À l’origine de la décision torontoise, il y a la volonté de lutter contre le décrochage scolaire d’un grand nombre de jeunes noir-e-s. Mais l’analyse du problème semble reposer moins sur un véritable examen des causes que sur une idéologie qui rappelle la polémique autour de l’ebonics. Plusieurs se rappelleront sans doute la controverse (3) créée par la décision de la Commission scolaire d’Oakland dans les années 1990 de favoriser dans les écoles des quartiers défavorisés l’ebonics, une langue vernaculaire que certains spécialistes disaient avoir un caractère héréditaire chez les personnes de descendance africaine. Déjà, à l’époque, Jesse Jackson, un leader noir très influent, était intervenu pour dénoncer cette vision.

Le Québec est familier des problèmes de décrochage scolaire. Et, ici aussi, une des solutions envisagées a été la ségrégation, cette fois entre les garçons et les filles. Cette idée a connu beaucoup de succès médiatique et a été reprise par plusieurs intervenant-es, mais heureusement peu d’écoles sont allées dans cette direction.

J’ose croire que les recherches sur le décrochage et la motivation scolaires, notamment celles menées par Pierrette Bouchard et Jean-Claude St-Amant, ont eu pour effet de freiner ceux qui nous dirigeaient vers un retour de la ségrégation entre les sexes. En effet, ces recherches (4) ont démontré clairement les véritables facteurs qui contribuent au décrochage scolaire. L’un des plus importants de ces facteurs est l’adhésion aux stéréotypes sexistes. Plus les jeunes adhèrent à ces stéréotypes, plus il y a de risques qu’ils abandonnent l’école plus tôt. Plusieurs expériences portent même à croire que cloisonner entre eux des jeunes garçons qui sont en situation d’échec scolaire non seulement n’améliore pas leurs résultats, mais au contraire, le risque est grand que leur performance en pâtisse alors que celle des filles s’améliorera.

D’autres travaux ont confirmé que la valorisation accordée à l’éducation par la famille est aussi un gage de réussite. Sans ce soutien familial, sans la conviction parentale que l’éducation est le meilleur moyen de réussite, les enfants risquent de se laisser facilement démotiver. Quand l’absence de valorisation scolaire survient en milieu défavorisé, les pronostics de réussite sont alors très sombres. Mais même en milieu défavorisé, les enfants peuvent réussir si leurs parents sont convaincus de l’importance de l’éducation. On le constate d’ailleurs dans certains groupes d’immigrants qui valorisent l’éducation : malgré leur pauvreté, leurs enfants remportent un succès qui pourrait faire rougir bien des jeunes natifs mieux nantis.

Enfin, l’exemple de la Finlande, récemment présenté sur les ondes de Radio-Canada (5), met en lumière l’importance de l’accompagnement personnalisé des enfants en difficulté pour assurer leur réussite.

En trame de fond de ces abandons scolaires, il y a plutôt une sous-culture commune à de nombreux groupes touchés par le décrochage scolaire, comme des jeunes Québécois-es des quartiers pauvres ou comme plusieurs jeunes des banlieues françaises. C’est une sous-culture de dévalorisation de la culture, où les stéréotypes sexistes sont omniprésents et où la valorisation de la culture est synonyme d’absence de virilité.

Au lieu de s’attaquer franchement à cette sous-culture nuisible avant tout pour celles et ceux qui y adhèrent, on choisit un moyen simpliste qui nous fait reculer d’un siècle : la ségrégation, dans ses nouvelles chaussures du libre-choix, parce que « si c’est choisi, c’est acceptable ». Ce n’est pas sans nous rappeler d’autres problématiques où le soi-disant choix devient prétexte à accepter l’inacceptable...

L’idée des leaders Noirs de mettre l’emphase sur les modèles afro-centristes part sans doute de bonnes intentions mais rien ne prouve que le succès scolaire passe d’abord par cela. On n’a d’ailleurs qu’à regarder la réussite internationale des filles dans des systèmes scolaires où les modèles féminins sont absents pour comprendre qu’il y a beaucoup plus que la question des modèles pour soutenir la persévérance scolaire. Mais, surtout, pourquoi ne pas avoir choisi d’intégrer des modèles de la communauté noire dans les programmes scolaires de toutes les écoles ? Toussaint Louverture, Martin Luther King, Nelson Mandela, Toni Morrisson, Rosa Parks pour n’en nommer que quelques-un-e-s, sont des exemples pour tous les jeunes. Et une meilleure connaissance de ces figures de proue pourrait contribuer à lutter contre le racisme.

L’exaltation de la différence

L’école afro-centriste est aussi un nouvel avatar du multiculturalisme. À l’origine, une volonté de respecter les différences, le multiculturalisme est devenu avec le temps une base légale à l’éclatement du lien social.

Rappelons que lors de son adoption, la Loi sur le multiculturalisme voulait, selon ses termes mêmes, « favoriser une vision du Canada fondée sur les deux valeurs étroitement liées que sont l’égalité et le respect mutuel en ce qui a trait à la race, à l’origine nationale ou ethnique, à la couleur et à la religion. » En 1988, la loi fut modifiée et renommée Loi sur le maintien et la valorisation du multiculturalisme au Canada. Peu à peu, les groupes d’immigrants ont été encouragés à non plus s’intégrer à une culture commune mais à plutôt mettre l’emphase sur leurs particularités, quelles qu’elles soient Ainsi des droits individuels se sont transformés avec la jurisprudence en droits des communautés. Comme le dit Régis Debray, on fait maintenant primer « l’individualisme au nom du collectif » (6) et, du coup, le collectif obtient des droits. C’est dans ce cadre que des groupes intégristes ont été bien accueillis par des chantres du multiculturalisme lorsqu’ils ont fait valoir leur désir, voire leur droit d’établir des tribunaux basés sur la sharia.

Peut-on penser que l’accent mis sur les différences a fini par occulter les liens sociaux entre les gens et éliminer la trame qui doit unir les citoyen-ne-s d’un même pays, quelle que soit leur origine ? Lors du dernier Forum tenu dans le cadre de la Commission Bouchard-Taylor, plusieurs se sont en effet demandé si les expressions particulières rompaient le lien social (Le Devoir, 4 février 2008).

Les écoles séparées pour les jeunes Noir-e-s sont un aboutissement, triste mais cohérent, de cette vision des rapports entre les citoyen-ne-s qui les emprisonne dans leur groupe d’origine, qu’ils en aient envie ou pas. Peu à peu, la communauté d’appartenance prévaut sur la citoyenneté et en sortir s’apparente à une trahison.

Appartenir à la cité

L’histoire de la démocratie est faite de soubresauts vers l’avant, mais aussi parfois vers l’arrière. En ce début de millénaire, l’impression qui se dégage de l’observation de nos sociétés en est une de régression au plan social. Ainsi, conditions de travail, aide aux personnes démunies sont deux préoccupations qui sont disparues du radar de l’intelligentsia. Voilà que s’ajoute un retour de la ségrégation, contre laquelle ont lutté les précurseurs des droits civiques mais que certains semblent aujourd’hui encourager au nom du communautarisme.

Bien sûr, les gens ont besoin d’appartenir à une communauté qui les reconnaît. Ce besoin est sans doute encore plus marqué avec la globalisation de la culture et du commerce face à laquelle la tribu, qu’elle soit noire, canadienne-française ou musulmane, etc. peut apparaître plus confortable. Le défi qui se pose à notre société est de refaire de la cité un milieu qui réunit toutes ces tribus au lieu de les séparer.

Notes

1. Rosa Louise McCauley Parks (1913-2005) devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, quand elle refusa de céder sa place à un passager blanc dans un autobus en 1955.
2. Le Conseil scolaire de Toronto a adopté en janvier 2008 un projet d’école alternative afro-centriste. Ce projet initié par des parents de la communauté noire de Toronto se veut une réponse au grave problème de décrochage scolaire chez les jeunes Noirs.
3. Lire Eikipedia sur ce sujet.
4. Les garçons et l’école, de Jean-Claude St-Amant, et "L’école est-elle discriminatoire envers les garçons ?" par Louis Cornellier
5. Reportage de Frank de Soer à l’émission Desautels, Radio-Canada, 30 janvier 2008.
6. Marianne, no 563, 2 au 8 février 2008.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 12 février 2008


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Diane Guilbault, collaboratrice de Sisyphe

Féministe de longue date, l’auteure, qui a travaillé dans plusieurs organismes de défense des droits, s’intéresse particulièrement aux questions qui touchent la vie citoyenne. Diane Guilbault est l’auteure de Démocratie et égalité des sexes, publié en 2008 aux éditions Sisyphe. L’auteure est aussi membre fondatrice du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (CCIEL) créé à Montréal au printemps 2008.



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  • > Les nouvelles chaussures du ségrégationnisme
    (1/1) 12 février 2008 , par





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    12 février 2008 , par   [retour au début des forums]

    Vous dites que "l’école afro-centriste est aussi un nouvel avatar du multiculturalisme". Pourtant, à ma connaissance, les premières écoles noires ont été ouvertes aux États-Unis dans les années 80. Or le multiculturalisme n’est pas une idéologie officielle dans ce pays.


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