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mercredi 16 mars 2011


Journée internationale des femmes 2011
Brésil - Les luttes des femmes pour l’égalité et la justice

par Ana Liési Thurler, sociologue, Forum des Femmes du District Fédéral Brasilia






Écrits d'Élaine Audet



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Ana Liési Thurler


Pour souligner la Journée Internationale des femmes, le mouvement féministe et le gouvernement ont organisé des activités qui se dérouleront partout dans le pays au long du mois. Pour la première fois dans notre histoire, nous, les Brésiliennes, pouvons célébrer le 8 mars avec une femme qui nous représente à la présidence. Nous avons obtenu le droit de vote en 1932, après les combats des suffragettes menés depuis le XIXe siècle. Ce n’est que maintenant — presque 80 ans plus tard —, que nous avons effectivement conquis le droit d’être élues à la tête du pays.

Le 8 mars, le mois entier

À Brasilia, la célébration du 8 mars a commencé le premier mars par une séance conjointe de la Chambre des députés et du Sénat fédéral qui ont décerné le prix Bertha Lutz (1894-1976, féministe, suffragette et ex-députée) à cinq femmes connues pour leur défense des droits des femmes.

Au cours du mois, dans le District fédéral (Brasília) et les Départements, les féministes font des manifestations politiques, demandent audiences aux autorités locales et distribuent des documents concernant leurs revendications.

Entre le 30 Mars et le 2 avril aura lieu, à Brasilia, la deuxième Réunion Nationale de l’Articulation des Femmes brésiliennes (en portugais, ENAMB), qui a pour thème Transformer le monde par le féminisme.

Dès le début de l’année, dans tout le pays, les femmes préparent leur participation. Elles font la promotion des activités qui rendront possible sur le plan financier la venue de toutes à Brasília et elles entament des discussions sur les axes de mobilisation suggérées :

Axe 1 - Comment est le monde maintenant et ce que nous voulons transformer.
Axe 2 - Perspectives féministes sur la situation des femmes.
Axe 3 – Comment rejoindre les gens pour changer le monde.
Axe 4 – Nos combats féministes.

Cette rencontre nationale est une invitation lancée par des groupes féministes autonomes à l’ensemble des femmes. On y prévoit la participation de 1 000 femmes de tout le pays, et toutes les catégories sont représentées : les femmes noires, les indiennes, les lesbiennes, des femmes des mouvements syndicaux, des jeunes féministes et des féministes de longue date, des agricultrices, des femmes de la campagne et d’autres des villes.

Distribution du pouvoir, participation des femmes

Quel est le statut des femmes dans la société brésilienne ? Je veux partager quelques renseignements sur la participation des femmes brésiliennes au pouvoir ; leurs combats contre les violences sexistes ; leurs luttes pour leurs droits reproductifs et l’avortement ; le travail et les garderies.

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Forum Social Mondial – Belém du Pará – Janvier 2000. Photo : Articulation des Femmes Brésilliennnes - AMB

Ayant lutté toute sa vie pour l’instauration de la justice et de l’égalité, contre l’autoritarisme et la dictature militaire et pour une démocratisation véritable du pays, la Présidente Dilma a annoncé que les femmes seraient la grande priorité de son gouvernement. En formant son équipe, elle a essayé d’atteindre une représentation féminine de 30% à son conseil des ministres. Elle a réussi à nommer neuf femmes ministres (24%) sur 37. Néanmoins, il s’agit à ce niveau gouvernemental d’un partage de pouvoir sans précédent au Brésil.

Les inégalités entre les femmes et les hommes, qui découlent de l’ordre socio-sexuel — néolibéral, capitaliste, patriarcal —, se manifestent dans la répartition inégale du pouvoir et des représentations. En dépit des progrès obtenu avec l’établissement du quota de 30% pour les candidatures au Congrès, les femmes ne comptent que pour 10% des législateurs. Le Brésil occupe le 111e rang au monde pour la participation des femmes au Parlement. Certes, le nouveau gouvernement a fait des efforts pour changer les choses, mais il n’a pas dépassé la représentation des femmes dans l’administration précédente, soit 43 députées et 12 sénatrices. On note une situation semblable au niveau des départements : le nombre de femmes aux assemblées législatives n’a pas augmenté.

Le mouvement féministe veut construire, au-delà des partis politiques, un dialogue avec ces femmes, dont 55 parlementaires. Il lui faut se montrer vigilant afin qu’il n’y ait pas de reculs ni de perte de droits acquis dans le domaine des lois et des politiques adoptées. Ce combat se heurte à des obstacles importants, avec un Parlement conservateur, ainsi que des groupes religieux et fondamentalistes qui résistent à l´établissement d’un État laïque. Ces derniers bloquent tout progrès, surtout en matière de droits reproductifs, et contestent la Loi Maria da Penha, une conquête historique des Brésiliennes contre la violence sexiste.

Les luttes contre les violences sexistes

Les violences envers les femmes, comprises comme des manifestations de l’ordre patriarcal, ont mobilisé les femmes mais ont suscité aussi de la résistance chez les hommes. Dans les années 1970, les femmes ont mis sur pied des groupes de réflexion et d´accueil pour les femmes victimes de violence sexiste. Elles ont revendiqué auprès du gouvernement la mise en place de politiques publiques pour la combattre. Dans les années 1980, elles ont obtenu la création des “Delegacias Especializadas de Atendimento à Mulher” – DEAM (Commissariats spécialisés dans les questions féminines).

Forum Social Mondial – Belém du Pará – Janvier 2000.
Photo : Articulation des Femmes brésilliennnes - AMB

En 2006, la Loi Maria da Penha a été approuvée et, tout de suite, on a demandé à la plus haute Cour de Justice au pays (STF) de se prononcer sur sa constitutionnalité. Cette Cour, composée de 11 ministres — dont seulement deux femmes —, demeure silencieuse alors qu’une déclaration qui confirmerait la constitutionnalité de la loi contribuerait à réduire le taux de féminicides. La Loi Maria da Penha a subi de fréquentes et graves menaces aux plans judiciaire et législatif. Les résistances masculinistes se sont exprimées fortement face à l’éventualité d’apporter des changements dans les rapports sociaux de sexe.

Les Droits reproductifs sont des Droits humains :
pour la légalisation et non seulement la dépénalisation de l’avortement

Selon les estimations officielles, chaque année au Brésil environ un million de femmes sont poussées à recourir à des avortements clandestins. Ces avortements constituent la quatrième cause de mortalité maternelle et, ce qui est le plus pervers, cette situation crée des écarts entre classes et ethnies : la mortalité maternelle touche surtout les femmes les plus pauvres et les femmes noires. Cependant, cette situation dramatique ne convainc pas les pouvoirs androcentriques en place d’adopter des mesures pour sauver la vie des femmes.

La dépénalisation de l’avortement éviterait l’emprisonnement des femmes qui recourent aux avortements clandestins, mais elle ne suffirait pas. Il faut voir l’avortement dans le contexte des questions de santé et des droits reproductifs, c’est-à-dire comme un droit humain. Il faut légaliser l’avortement, en faire une question de santé publique qui engage la participation du réseau de santé public.

En réponse à une demande de l’ONG « Catholiques pour un libre choix », l’IBOPE a entendu 2 002 Brésilien-nes dans 140 municipalités, lors d’une enquête menée en novembre 2010. La question Qui doit décider sur l’interruption de la grossesse ? a obtenu les résultats suivants : 61%, la femme elle-même ; 6%, le mari/partenaire ; 5%, le système judiciaire ; 3%, l’Église ; 2 %, le/la Président-e ; 1%, le Congrès National.

Une grande majorité de la population croit donc que la décision d’interrompre une grossesse non planifiée devrait être prise par la femme. Toutefois, cette dernière dépend du Parlement pour que cette décision ne soit clandestine. Une recherche menée par la Fondation Perseu Abramo, en août 2010, auprès de 3 546 électeurs et électrices, a mis en lumière un cercle vicieux qu’il faudrait briser. Dans le groupe étudié, 57% des électeurs ont déclaré qu’ils ne donneraient jamais leurs votes à des candidat-e-s défenseurs de la légalisation de l’avortement. Alors, un-e candidat-e se prononçant explicitement pour la légalisation de l’avortement ne serait pas élu-e, en ce moment, dans la société brésilienne.

En 2004, la coalition féministe « Journées brésiliennes pour le Droit à l’Avortement Légal et Sûr » a été créée, préconisant un changement légal afin de reconnaître l’avortement comme un problème de santé publique. En 2008, la 11e Conférence Nationale sur les Droits Humains a approuvé la légalisation de l’avortement au nom du respect de l’autonomie des femmes. En 2009, le 3è Programme National des Droits Humains a inclus dans ses préoccupations la question de l’avortement, « en considérant l’autonomie des femmes à décider de leur corps ».

Ce 8 mars 2011, journée instituée pour marquer les luttes des femmes dans le monde pour leur liberté et leur autonomie, les Brésiliennes se mobilisent encore afin d’être reconnues comme sujets politiques, d’affirmer leur liberté de décider de leur corps, de leur vie, de leur destin.

Le monde du travail

Il y a quelque chose de nouveau au Brésil dans le monde du travail : les femmes sont entrées dans des territoires qui, jusqu’à récemment, étaient masculins, par exemple dans la construction et l’exploitation minière. Au sud de l’État du Pará, dans les mines de Carajás et Serra Pelada, il y a 20% de travailleuses. Parmi les 641 personnes recrutées depuis 2007 par l’entreprise d’exploitation minière canadienne Colossus, il y a 131 femmes (20%). La Companhia Vale do Rio Doce emploie dans sa mine de minerai de fer, 7 776 personnes, dont 996 sont femmes (13%) : 23% occupent des fonctions de haut niveau (ingénieurs, analystes, géologues) et 58% des fonctions de niveau moyen.

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Photo : Congresso em Foco

De façon générale, la présence des femmes sur le marché du travail a cru de façon significative : elle a presque triplé entre 1970 et 2007, passant de 18% à 53%. Cela signifie une augmentation de plus de 32 millions de femmes dans la population économiquement active. Cependant, au sein de la classe ouvrière, les femmes sont les plus mal payées et, dans l’ensemble du marché, c’est chez les femmes qu’on enregistre le plus haut niveau de travail au noir ou sans contrat. C’est le cas notamment des travailleuses domestiques.

Dignité, Respect, Justice

Le pays compte environ 8 millions de travailleurs et de travailleuses domestiques. En 2009, 72,8% se retrouvaient dans l’économie informelle : elles n’avaient aucun contrat de travail. Presque tous sont des femmes — 94,7% pour seulement 5,3% d’hommes. Le gouvernement Dilma annonce des mesures interministérielles pour la reconnaissance du statut de travail domestique, en défendant au Parlement l’expansion des droits à la sécurité sociale, ainsi qu’un accès véritable à la retraite.

Le droit à des garderies

Les femmes se sont battues pendant des décennies pour obtenir des crèches ou des garderies, mais elles n’ont pas encore réussi à atteindre leur objectif. Le Brésil a environ 10 millions d’enfants de 0 à 3 ans, et on laisse à leurs mères seules la responsabilité de résoudre – en privé et individuellement - la question de la garde de ces enfants. Les femmes noires sont parmi les plus pénalisées : elles représentent 60% des personnes chefs de familles dont le revenu atteint 300$US (le salaire minimum brésilien). La présidente Dilma a confirmé l’objectif ambitieux de créer 6 000 places en garderie d’ici la fin de son mandat en 2014.

Alors, les défis sont grands dans notre pays, mais en ce 8 mars 2011, nous vous assurons que le combat continue.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 5 mars 2011


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Ana Liési Thurler, sociologue, Forum des Femmes du District Fédéral Brasilia

Sociologue, membre du Forum des Femmes du District Fédéral (Brasília-Brésil). Auteure de Au nom de la mère. La non-reconnaissance paternelle au Brésil



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