| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






vendredi 10 janvier 2014

La Brigade rose, des femmes indiennes combattantes

par Sanjit Das, photojournaliste






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Des Palestiniennes créent une banque de semences pour préserver leur héritage agricole
Misère, domination masculine et oppression : les réfugiées syriennes dans la tourmente
Toute notre solidarité avec les femmes et le peuple kurde - Appel à l’action
Pays arabes - La Dre Alyaa Gad enseigne la santé et la sexualité à une chaîne télé sur Youtube
Appel des femmes kurdes - La mentalité patriarcale de la complicité AKP-DAESH : figure la plus atroce du féminicide
Inde - Les Femmes en Noir, solidaires de la résistance collective à la guerre contre le corps des femmes
L’avortement sexo-sélectif au sein de la communauté indo-espagnole
Femmes, islam et autres ennuis
Les femmes de Turquie partent en guerre contre l’oppression
Teesta Setalvad, l’âme de la lutte pour la laïcité en Inde
Un viol, un assassinat de trop !
Brésil - “Clandestinas”, un documentaire qui brise le silence sur l’avortement clandestin
Bahreïn : des experts de l’ONU appellent à cesser la répression contre les militantes des droits de l’homme
Les femmes et la mission indienne Mars : une photo qui dit plus que 1000 mots
Les évangéliques brésiliens à l’assaut de la sexualité
Un génocide méconnu : 50 millions de femmes disparues en Inde
52 personnalités féminines du monde réclament un TPI en République Démocratique du Congo
Brève histoire du mouvement féministe tunisien
L’ONU minimise les mutilations sexuelles féminines et maintient le tabou du rôle des religions
Le gouverneur de l’État de New York dépose une « Charte des droits » des femmes pour combattre la discrimination à leur égard
Démocratie sans État laïque ? Le "hold up" des printemps arabes
Acquittement de Pinar Selek annulé - Une décision jamais vue dans l’histoire mondiale du Droit
Honneur aux dissidents anti-fondamentalistes, Chevalier de la Barre d’aujourd’hui
Bosnie - Est-ce justice de ne pas tenir compte du viol en temps de guerre ?
Obama, Madonna et nous
Histoires minuscules des révolutions arabes - Rencontre à Lyon le 19 octobre 2012
À la rencontre d’Annie Sugier - Femmes voilées aux Jeux olympiques (ou Les femmes courent-elles moins vite que les Noirs ?)
Le retour des religions, synonyme du retour du bâton contre les femmes !
Le voile islamique, "symbole culturel" aux Jeux olympiques de Londres
Caroline Fourest paie-t-elle le prix du féminisme ou de sa lutte contre les intégrismes religieux ?
La Commission de la Condition de la femme de l’ONU recule devant les pays qui invoquent les traditions culturelles pour bafouer les droits des femmes
Ana Pak, féministe iranienne en exil : "S’unir dans la classe des femmes"
Pourquoi la question de la Palestine est un enjeu féministe
Le film "Circumstance - En secret" soutient les valeurs masculines
Le piège et l’impasse du féminisme islamique
Le féminisme n’est plus le mouvement révolutionnaire qu’il a été
Sisyphe.org aura 10 ans en 2012 : des changements en cours
Il bat deux femmes ou abat la dignité de toutes les femmes ?
Mettons fin au massacre des femmes – Mettons fin à la lapidation !
Au nom de la démocratie, ce que les laïques et les femmes ont à perdre en Tunisie
Polygamie et charia en Libye - Les femmes se révoltent contre la décision du CNT et s’adressent à l’ONU
Le rôle des femmes dans la contestation sociale en Israël
Affaire Shafia : "crime d’honneur" ou accident ? La Presse
L’intégrisme orthodoxe et la Serbie
Une éducation algérienne : de la révolution à la décennie noire - Conférence de Wassyla Tamzali à Lyon le 30 septembre
Les femmes qui débarrassent le Liban des bombes à fragmentation
Poste de contrôle israélien sur la route de la maternité : lieu de naissance ou de décès ?
Femmes courageuses - Les prix ne vont pas toujours à celles et ceux qui le méritent !
Le féminisme polonais n’est plus ridiculisé
La mobilisation d’un village palestinien force les autorités à amender les lois sur les crimes dits d’honneur
Marie-Andrée Bertrand - Développer, nourrir et enseigner la pensée critique dans une démarche créative
Libérez toutes les prisonnières politiques des prisons israéliennes
Donner aux femmes les moyens de se protéger contre les violences sexuelles lors de conflits armés
Haïti - État de la situation des femmes : pré et post-séisme 2010
Brésil - Les luttes des femmes pour l’égalité et la justice
La démocratie et l’égalité entre les femmes et les hommes
Italie - Mauvais jour pour le sultan Berlusconi : des millions de femmes réclament sa démission
Islam et intégrisme - La liberté de pensée a disparu sous le tapis de prière
Une Irano-Néerlandaise pendue en Iran
Le « viol correctif » en Afrique du Sud
Sud-Soudan - Les femmes ont juré qu’elles ne resteront pas des citoyennes de seconde classe
Que gagneront les Tunisiennes à la révolution dans leur pays ?
Prostitution, point de rencontre entre l’exploitation sexuelle et exploitation économique
La femme grillagée - Chanson
Haïti - La vie après le séisme
La lapidation, forme ultime du contrôle des femmes
Tunisiennes et citoyennes par-dessus tout
L’Iran élu membre de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies
Algérie - Le lynchage des femmes de Hassi Messaoud se poursuit
J’ai mal à mon Algérie pour le sort qu’elle réserve à ses femmes
Hassi Messaoud - Halte à la “fatalité” de la terreur à l’encontre des femmes algériennes ! Quoi faire tout de suite
Le voile, symbole de l’instrumentalisation des droits des femmes pour un projet totalitaire
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
Amnesty et les intégristes : une vieille histoire, l’exemple de l’Algérie
Lettre ouverte au Secrétaire général des Nations Unies concernant la scandaleuse situation lors de la 54ème Commission de la condition de la femme !
Islamisme - Rayhana et les autres
Tuées et lapidées partout dans le monde, les femmes sonnent la révolte
Une femme en colère. Lettre d’Alger aux Européens désabusés
Commémoration des massacres d’Algériens et d’Algériennes le 17 octobre 1961
Arabie saoudite - L’écrivaine contestataire Wajiha Al-Howeidar remet les hommes à leur place
Arabie saoudite - Appel contre le mariage d’une fillette de 10 ans
Appel au soutien contre la mise en place de la charia en France
Egypte - Obama et la prison des identités religieuses
Obama au Caire : une gifle aux femmes qui se battent contre le voile islamique
Un tribunal d’Arabie saoudite condamne une veuve de 75 ans au fouet et à la prison pour "crime de mixité"
Misogynie et géopolitique
Les femmes exigent un nouvel ordre mondial
MGF-excision : une banalisation de la santé des Africaines au Québec ?
Menaces de mort par un groupe de "talibans" contre des fillettes scolarisées au Pakistan
Participation des femmes libanaises à la vie politique : cinq raisons en faveur d’un quota
Shahrzad New, en anglais et en farsi
Une fillette de huit ans séparée de son mari doit craindre pour sa vie
Les femmes chinoises, les oubliées de la modernisation
Les femmes d’Okinawa aux militaires américains : "Cessez de nous violer et retournez chez vous."
7 avril, Journée mondiale contre les crimes d’honneur
Deux décennies de manifestations et d’espoir pour les Femmes en Noir
Quelle a été la situation des femmes en 2007 ?
Attaques à la bombe en Algérie - Appel de citoyens algériens aux organisations citoyennes, aux partis et aux syndicats progressistes
Qu’est-ce que la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies ?
Crime d’honneur en Syrie : le gouvernement doit sauver la vie d’une jeune femme ou se faire complice d’un assassin
Le Réseau international de solidarité avec les femmes iraniennes appelle à l’aide
L’Agenda des femmes 2008 - La parole aux filles de 9 à 12 ans
Bhawani Rana, une femme qui se bat pour d’autres
Le pouvoir politique de l’amitié
L’ONU, alliée des femmes ?
De partout des femmes interpellent l’humanité
L’UNICEF demande un meilleur accès à la santé et à l’éducation pour les femmes afghanes
Un héritage scandaleux de l’ONU au Timor
Hidjab, soccer et manipulation
L’application de la charia en France
Une juge allemande s’inspire du Coran pour excuser un mari violent
Père et fils condamnés pour avoir battu une jeune femme au nom de traditions religieuses
Vandalisme chez une dirigeante musulmane canadienne qui critique le port du voile
Un père désespéré appelle à sauver la vie de sa fille
Le mariage forcé tue !
« Nous rejetons la mondialisation néo-libérale et patriarcale »
Au Brésil, 2000 femmes détruisent des pépinières d’eucalyptus et un laboratoire de recherche
Égalité ! Égalité ! Égalité ! ...
Le programme du Hamas : la Charia et la haine des femmes !
Le « féminicide » dans les républiques « maquiladoras »
Le Comité des droits de l’homme de l’ONU blâme sévèrement le Canada pour le traitement infligé aux femmes autochtones et aux détenues
Le message des femmes de la République de Guinée
La libération des femmes n’est pas un luxe réservé aux pays riches
Aung San Suu Kyi, 60 ans, toujours assignée à résidence
"Les femmes ne doivent rien, c’est à elles que l’on doit"
Le passé n’est pas un pays étranger
Ce code algérien de la famille vieux de 20 ans, ça suffit !
Assassinat d’une dirigeante syndicale en Colombie
La colère des femmes contre le viol dans le nord-est de l’Inde
La police du Soudan reçoit une formation sur l’aide aux victimes de violences sexuelles
Appel à la solidarité internationale pour le peuple haïtien
Des groupes de femmes demandent la démission de Miriam Tey, directrice de l’Institut de la Femme en Espagne
La directrice de l’Institut de la Femme édite un livre qui fait l’apologie du viol des femmes et des petites filles
En Iran, un texte de loi sur les droits des femmes soulève un tollé







Le Bundelkhand est l’un des endroits les plus pauvres de la région de l’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde. C’est aussi l’un des territoires les plus denses d’un pays déjà largement surpeuplé. Confrontés à des terres infertiles, à une justice corrompue et au système de caste indien, oppressif et archaïque, les habitants du Bundelkhand doivent lutter quotidiennement pour leur survie.

Bref, on ne s’y amuse pas beaucoup. Et ce n’est peut-être pas très surprenant, mais annonçons-le d’emblée : les violences domestiques et la relégation des femmes au rang de citoyens de seconde zone font que l’Inde n’est pas exactement la terre des droits de la femme. Dans cet environnement catastrophique, un groupe d’autodéfense baptisé le Gulabi Gang (gulabi signifie rose) se bat — souvent au sens propre — pour plus d’égalité. Ce gang est constitué de plus de dix mille femmes qui portent toutes le même uniforme, un sari rose. Elles sont expertes dans le maniement du lathi, un bâton de combat indien traditionnel. Trop beau pour être vrai ? On pensait la même chose avant de les rencontrer. Ces femmes épatantes sont de vraies dures. Elles n’hésiteraient pas à vous exploser les genoux d’un coup de bâton.

Fondé il y a deux ans à peine, le gang est déjà sous le coup de nombreuses accusations pour rassemblements illégaux, émeutes, agression d’un représentant de l’État et obstruction à la justice. Sampat Pal Devi, 47 ans, leader du Gulabi Gang, est une femme de caractère, pas du tout découragée par les réquisitoires contre son armée. À peine instruite, mère de cinq enfants, Sampat Devi est devenue une figure messianique dans sa région natale.

« Le mot ‘gang’ ne veut pas forcément dire ‘criminel’, affirme-t-elle, ça peut aussi désigner une équipe. Nous sommes un gang qui œuvre pour la justice. Lors des rassemblements et des manifestations hors de nos villages, nos membres se perdaient souvent dans l’agitation de la foule. Nous avons décidé de nous habiller d’une seule couleur, plus facilement identifiable. Nous ne voulions pas utiliser des couleurs associées à des groupes politiques ou religieux. Nous avons choisi le rose, la couleur de la vie. C’est bien. Ça attire l’attention du Gouvernement. »

Le système de caste plane sur l’Inde comme un nuage noir. Non seulement la plupart des membres du gang sont d’origine pauvre, mais elles font aussi partie de la caste la plus basse, les dalit (intouchables). Quelques mois plus tôt, dans l’Uttar Pradesh, une dalit s’est fait violer par un homme d’une caste supérieure. La police n’a pas daigné enregistrer la plainte. Quand les villageois ont protesté, ils ont été arrêtés et mis en garde à vue. Mené par Sampat Devi, le Gulabi Gang a pris d’assaut le commissariat de police pour exiger la libération des villageois et l’enregistrement de la plainte contre le violeur. Elles s’en sont prises physiquement à un policier quand celui-ci a refusé de se plier à leurs demandes. Une enquête est toujours en cours.


Au mois de juin dernier, les Gulabi ont connu leur plus grand succès. Après avoir reçu des plaintes contre un magasin d’État à bas prix (l’équivalent du welfare aux États-Unis), situé à Attara, qui ne distribue pas correctement les céréales, Sampat Devi et son gang décident de surveiller secrètement les agissements du directeur du magasin. Le gang intercepte deux camions chargés de céréales destinées à l’origine aux personnes sous le seuil de pauvreté, pourtant en route pour être revendues sur le marché. Cette preuve en main, les membres du gang font pression sur les autorités locales pour qu’elles récupèrent les céréales et livrent le directeur à la police, mais une fois encore, la plainte n’est pas enregistrée. Furieuses, les membres du gang attaquent l’un des agents de police. Si aucune plainte formelle n’a été déposée, cet événement a fortement renforcé la crédibilité du gang dans la région.


Plusieurs membres de la communauté locale comparent Sampat Devi à la légendaire Reine de Jhansi, Laxmibai. Ils manifestent leur reconnaissance en apportant leur soutien au gang. Babloo Mishra permet au gang d’utiliser sa maison comme bureau : « Ces femmes sont prêtes à défendre la cause de n’importe qui, tant que c’est justifié, explique-t-il. Elles n’agissent pas uniquement dans l’intérêt du gang. » Mais, même s’il est aidé par des gens comme Mishra, le gang a besoin de financement pour lancer une petite industrie, afin de fournir des emplois aux villageois et villageoises. Sampat Devi rêve de posséder une entreprise textile pour employer les femmes de la région, mais le manque de capitaux est un obstacle sérieux à la réalisation de ses rêves. Beaucoup reste à faire dans la région, et les citoyens et citoyennes comme Sampat Devi contribuent à faire évoluer les choses. Si les plaintes contre le gang sont souvent lancées à la suite de ses opérations illégales, pour Sampat Devi et ses associées, il ne s’agit pas de contourner la loi, mais de résister et de défendre ses droits.

La cheffe et des membres de la Brigade rose


Sampat Pal Devi, 47 ans

Je dirige le Gulabi Gang. J’ai fondé l’association dans les années 1990 mais je l’ai nommée ainsi il y a deux ans. Nous voulons donner plus de pouvoir aux femmes, promouvoir l’éducation des jeunes — surtout des filles — et mettre un frein à la corruption et aux violences domestiques. Tous les jours, je rends visite aux différents membres du gang dans leurs villages. Si nous apprenons qu’il se passe une chose à laquelle nous sommes opposées, nous nous réunissons et décidons d’un plan d’action. Nous demandons d’abord à la police de réagir. Mais comme dans notre pays, le gouvernement n’est jamais en faveur des pauvres, nous finissons souvent par prendre les choses en main. On commence par parler au mari qui bat sa femme. S’il ne comprend pas, nous demandons à son épouse de se joindre à nous quand nous le battons avec nos lathi (bâtons). Nos missions, en cas de problèmes domestiques, ont un taux de réussite de cent pour cent.

C’est le dialogue avec les autorités qui est difficile, parce qu’on ne peut pas toujours recourir à la loi, surtout avec des législateurs aussi corrompus. Nous avons battu des représentants véreux, mais ça n’a servi à rien. Je suis constamment menacée par leurs hommes de main. Un jour, ils sont arrivés à plusieurs et ont menacé de m’abattre, mais les femmes sont venues à mon secours, elles leur ont jeté des briques et ils se sont enfuis. Ils ne sont jamais revenus. Je n’ai peur de personne. Mes femmes sont avec moi, elles sont ma force. Ma famille ne m’a pas toujours soutenue, mais quand j’ai persisté et que j’ai expliqué à mon mari, il a compris. Depuis il me soutient.

Ce que je fais n’est pas facile. Je n’ai pas d’argent. Je me déplace partout sur un vieux vélo. Certains nous aident en faisant de petits dons et des actes de charité. Je veux que ce mouvement continue. Il faudrait trouver de l’aide du côté des organisations internationales ou locales. Je travaille pour le peuple. Je veux créer une petite industrie pour les villageois et villageoises dans le besoin qui travaillent avec moi. Il y a des jeunes filles et des jeunes hommes talentueux, qui savent faire du purin organique, des bougies, des médicaments ayurvédiques et cultiver des cornichons. Ils pourraient vivre décemment. Si j’obtiens des fonds, je pourrai créer un atelier de couture pour les femmes, qui seront en mesure de subvenir aux besoins de leur famille. L’avenir est brillant pour le Gulabi Gang. C’est un mouvement populaire qui va s’étoffer, à condition d’avoir le soutien des autorités locales.

Banhari Devi, 42 ans

Je n’ai pas de travail, pas d’argent, et je compte sur mon fils pour ramener de quoi manger chaque soir, pour qu’on puisse au moins avoir un repas par jour. Sampat Devi est venue à mon secours. Elle est comme le messie, elle se soucie toujours des pauvres. Elle s’est battue pour moi et elle a réussi à me faire obtenir la carte rouge (carte qui prouve qu’on vit en dessous du seuil de pauvreté). Ma famille est très pauvre, et cette carte me donne accès au riz et au blé à bas prix des centres de distribution publics.

J’ai rejoint le gang il y a six mois et depuis, j’ai confiance en moi, je me sens beaucoup plus forte. Quelquefois, nous sommes parties en mission avec le Gulabi Gang, et le Gouvernement nous a menacées. Le fait d’être en groupe nous donne une telle confiance en nous que nous sommes prêtes à combattre les injustices. Quand j’ai rejoint le gang, Sampat Devi nous a présenté les objectifs du groupe. On a appris à se battre au lathi. C’est, à la base, une technique défensive. Nous ne sommes pas un groupe violent, mais si vous nous défiez, nous pouvons le devenir. Nous utilisons d’abord des méthodes pacifiques, mais si elles ne fonctionnent pas, nous nous servons de nos lathi. Le gang a changé ma vie. Je veux y rester jusqu’à ma mort.

Kamat Devi, 48 ans

Ça fait maintenant deux ans que je suis dans le gang. J’ai participé à pratiquement toutes les campagnes récentes. Même si je n’ai pas de rôle défini au sein du gang, je finis toujours par m’occuper des différends domestiques ou de faire l’arbitre dans les disputes entre voisins. Quand nous apprenons qu’il y a une querelle de voisinage, nous nous réunissons, avec Sampat Devi, pour trouver une solution à l’amiable. Ce n’est pas toujours évident, mais les gens respectent le Gulabi Gang parce que nous adoptons toujours une position neutre. Je n’aime pas du tout recourir à la force. J’ai appris à me servir du lathi pour me défendre, pas pour attaquer. Les autres respectent ma position et je peux travailler comme je l’entends, tant que la mission est accomplie. Mon mari possède une petite parcelle de terrain et je l’aide dans les champs. La terre n’est pas assez fertile et il doit parfois chercher du travail journalier en ville, sans pour autant y parvenir à chaque fois. J’ai réussi à obtenir la carte rouge et maintenant, j’ai au moins le droit au riz et au blé à bas prix. Je me demande souvent ce qui nous serait arrivé si je n’étais par membre du Gulabi Gang.

Aarti Devi, 22 ans

Mon père, Chnadra Bhan, est un homme instruit. Bien qu’il soit un dalit, il a obtenu un double master à l’Université. Il a toujours dû se battre pour défendre ses droits et la dignité des villageois locaux. Il y a environ six mois, un homme d’une caste supérieure a violé une dalit. La police a refusé d’enregistrer la plainte. Quand mon père a protesté, on l’a mis en garde à vue avec deux autres personnes. Je suis allée trouver Sampat Devi pour lui demander de l’aide. Ce même jour, j’ai rejoint le gang. Conduites par Sampat, nous avons pris d’assaut le commissariat de police. Nous avons exigé que mon père et les autres villageois soient relâchés. La police refusait toujours d’enregistrer la plainte contre le violeur. Nous avons fini par tabasser un policier à coups de lathi.

Je ne veux pas me coucher devant l’injustice. Mon père est une grande source d’inspiration pour moi, il était très fier quand il m’a vue habillée d’un sari rose, en train de manifester et de crier des slogans avec le reste du Gulabi Gang. Sampat Devi m’a entraînée à manier le lathi. Elle insistait beaucoup, c’était d’abord un moyen de défense, plus qu’une arme d’attaque. J’ai souvent été menacée par les gros bras du Gouvernement et par les autorités, on a déjà braqué un pistolet sur moi. Mais ils ne me font pas peur.

Faire partie du gang me donne de la confiance et de l’assurance. Dans la plupart de nos interventions, nous insistons sur les droits de la femme, la création d’emplois, la promotion de l’éducation, tout ça pour améliorer la condition des pauvres et des nécessiteux. Nous sommes l’avenir du Gulabi Gang. Nous sommes prêtes à tout pour rendre l’égalité et la justice à ceux qui en sont privés.

- Visitez le site du Gulabi Gang !

- Merci à Tlaxcala, un magnifique site de traducteurs et de traductrices que nous vous invitons à lire, de son autorisation pour la reproduction de ce texte sur Sisyphe. Lien de la traduction de l’article publié sur Tlaxcala le 1 janvier 2013.

- Source originale : « A Flux Of Pink Indians : The Fighting Women Of The Gulabi Gang ». Date de parution de l’article original : 02/02/2008.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 janvier 2014


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Sanjit Das, photojournaliste



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2014
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin