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jeudi 11 mars 2010


Cent ans de luttes pour les droits des femmes
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



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Elizabeth Cady Stanton (1815-1902)
Trois mousquetaires au féminin, intrépides, déterminées, brillantes, telles sont les trois militantes américaines Susan B. Anthony (1820-1906), Elizabeth Cady Stanton (1815-1902) et Matilda Joslyn Gage (1826-1898). Lors d’une réunion historique à Seneca Falls en 1848, elles fondent l’Association nationale pour le suffrage des femmes et réclament également l’accès à l’éducation et à tous les emplois, le contrôle de leur corps, le droit de signer des documents juridiques, d’administrer leurs épargnes et leurs propriétés. Elles ne veulent rien de moins que changer le monde, et, pour ce faire, lient étroitement l’égalité de droit des femmes à la justice sociale et à l’abolition de l’esclavage.

Ces trois amies, si différentes et si proches à la fois, ont, parallèlement à leur inlassable militantisme, écrit une histoire du suffrage des femmes en six volumes, énorme somme de documentation, couvrant tout le mouvement des femmes pour le droit de vote jusqu’au tournant du siècle. L’amitié exemplaire, unissant Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton pendant cinquante ans, donne tort aux préjugés voulant que des femmes soient incapables de travailler ensemble sans rivalités ni conflits. Stanton écrit :

    « Nous avons immédiatement été amies en pensée et en compréhension, nous ne faisons qu’une, et dans la division du travail, nous nous complétons parfaitement. Pour écrire, nous réussissons mieux ensemble que chacune de notre côté. Alors qu’elle est lente et analytique, je suis rapide et synthétique. [...] Comparant leur relation à celle "de mari et femme" elle affirme qu’il n’y a pas eu une heure de jalousie, d’envie ou de rupture dans leur amitié. Nuit après nuit, devant les flammes d’un vieux foyer, nous avons comploté et planifié l’agitation à venir » (1).

Dès sa plus tendre enfance, Elizabeth Cady Stanton prend conscience de l’injustice dont les femmes sont victimes. L’événement déclencheur de sa prise de conscience est la mort de son frère, dont son père ne se remettra jamais. Elle avait alors onze ans. Dès lors, elle s’applique à remplacer le garçon que son père aurait voulu. Elle s’occupe des chevaux et devient une écuyère hors pair. Mais, lorsqu’elle remporte le premier prix de grec, plus qu’inusité pour une femme de son époque, son père a pour unique réaction de regretter qu’elle ne soit pas un garçon. La conscience que seul le sexe détermine la valeur d’un être fait très tôt d’elle une radicale.

Stanton pense que, même si les femmes accomplissaient la même chose que les hommes, dans n’importe quel domaine, leurs conditions ne se transformeraient pas fondamentalement. Avocate passionnée des droits des femmes, elle sait qu’un véritable changement viendra seulement quand chaque femme prendra conscience que ce n’est ni la nature, ni Dieu, ni les extra-terrestres qui sont responsables de ses conditions de vie et de son exclusion sociale, mais des hommes, depuis toujours, et personne d’autre. Constat difficile et douloureux, puisque chaque femme est intimement liée à plusieurs hommes : père, frère, mari, fils, ami, compagnon de travail, etc.

Comment réagir ? Pour Stanton, la création entre femmes de liens indéfectibles, la libération de toute dépendance et de toute peur des hommes constituent les premiers pas vers l’autonomie absolue. Ne reculant devant aucune forme d’intimidation, elle appelle chaque femme à l’insoumission, à l’estime de soi, à la valorisation de ses propres besoins, à l’abandon du sacrifice, de l’effacement de soi, de la culpabilité, l’invitant à exprimer sa juste colère. Rien ne peut la faire reculer, pas même les menaces de son père de la déshériter. Avec six enfants et un mari, en plus d’écrire abondamment, elle prononce des conférences critiquant le mariage et prône l’adoption d’une nouvelle loi sur le divorce. La source principale de son énergie lui vient de l’amitié des femmes qui l’entourent et de l’aide inconditionnelle de la part de Susan B. Anthony, toujours prête à s’occuper des enfants pendant qu’elle lui écrit des discours.

Elle sait que le succès de leurs revendications ne peut leur venir d’une attitude plus déférente envers les hommes ou d’une soudaine générosité de la part de ces derniers. Elle est fermement convaincue que les femmes ne peuvent compter que sur elles-mêmes. "L’accès des femmes à tous les domaines est la plus grande révolution que le monde ait jamais connue ou connaîtra jamais. Faire qu’elle arrive n’est pas un jeu d’enfants. Toi et moi n’avons pas oublié la lutte, des deux dernières décennies, avec les moqueries, les persécutions, les dénonciations, les calomnies et l’amertume pour lot", écrit-elle à son amie.

L’énergie de cette femme, aujourd’hui méconnue hors des États-Unis, s’avère sans limites. Ses analyses, ses critiques et ses propositions novatrices restent valables. Jamais satisfaite de ses contributions à la lutte, elle se lance avec sept autres femmes, dont Matilda Gage, dans la révision de la Bible qu’elle considère à juste titre comme l’une des principales armes du patriarcat contre les femmes. Selon elle, "on a interprété la Bible de façon à justifier l’intempérance, l’esclavage, la peine de mort et l’assujettissement des femmes".

Stanton veut que les femmes pensent par elles-mêmes et voient le monde, non pas en fonction des hommes, mais d’elles-mêmes. Il lui semble important de les convaincre que la Bible ne représente pas la parole de Dieu, mais une série d’écrits d’hommes, une compilation de la mythologie et de l’histoire hébraïques. Pour Stanton, la Bible constitue le reflet d’anciennes attitudes patriarcales auxquelles les hommes n’ont jamais renoncé.

Elle a 83 ans quand le livre paraît et ne semble toujours pas près de se ranger et d’en finir avec cette folie de jeunesse que serait son féminisme. Stanton est remarquable en raison de sa haute estime de soi, de son ouverture d’esprit, de sa capacité de changer, de repenser, de réanalyser. Face à sa nature flamboyante, ses ennemis parlent de complexe de supériorité, de narcissisme et d’élitisme. Ils ignorent que le secret de son incroyable force provient des femmes qui l’ont soutenue tout au long de sa vie. En 1869, elle écrit à Susan B. Anthony qu’"aucun pouvoir au ciel, en enfer ou sur terre ne peut nous séparer, parce que nos cœurs sont mariés éternellement ensemble".

Il est impossible de parler aussi longuement de Susan B. Anthony et de Matilda J. Gage sans répéter plus ou moins les mêmes choses qu’à propos d’Elizabeth Cady Stanton. Qu’il suffise d’ajouter qu’Anthony reste célibataire par choix. Pour elle, si on se marie avec un pauvre, on devient une femme de peine (dans tous les sens du terme) ; si c’est avec un riche, on devient une poupée. Cette perspective ne l’intéresse absolument pas. Pour elle, son choix est politique parce qu’il lui est impossible de concevoir que l’homme aimé, décrit dans la Constitution comme homme blanc, citoyen américain de souche, en pleine possession de soi et éligible au poste de président de la grande République, puisse unir sa destinée par mariage à une esclave politique, de surcroît une paria.

Sachant que faire du célibat un mode de vie positif pour les femmes ébranle les fondements du patriarcat, elle ne manque jamais de défier les préjugés en se présentant comme une célibataire heureuse. Il est intéressant de noter qu’il existe encore dans la littérature très peu de portraits de femmes célibataires. Judy Chicago réserve à Anthony un couvert à son Dinner Party et résume ainsi l’admiration qu’elle suscite toujours : "La vie d’Anthony est devenue une légende qui nous inspire toutes. Pour moi, elle est la reine de la table, celle qui s’est tenue fermement debout durant cinquante ans et qui – avec son amie Elizabeth Cady Stanton – a dirigé la révolution dès 1848 (2)."

Matilda J. Gage représente le meilleur exemple de la façon dont les historiens ont ignoré l’expérience des femmes, cette femme géniale n’ayant jamais existée pour eux. Mary Daly, probablement la première à l’avoir découverte, demeure pleine d’admiration pour cette écrivaine érudite, passionnée, audacieuse, intelligente et fière d’être femme (3). Pour Daly, les historiens ont ignoré le travail de Gage parce qu’elle a choisi une perspective gynocentrique. Après avoir critiqué l’entrée que lui consacre Notable American Women, où l’on fait beaucoup plus mention de l’influence de son père et de son mari que de son œuvre, Daly ajoute : "on nous informe que Gage n’a jamais égalé les réalisations d’Elizabeth Cady Stanton et de Susan B. Anthony et c’est littéralement vrai. Gage était une penseuse révolutionnaire qui n’a pas ’égalé’ mais plutôt dépassé de loin ces réformistes par l’originalité et la créativité de sa pensée."

En plus de ses nombreux discours, elle est aussi l’auteure de deux chapitres du premier volume de History of Women Suffrage et d’une somme féministe, Woman, Church and State. Sa documentation sur les réalisations passées des femmes ne représente pas un simple ajout à son analyse des institutions patriarcales, mais elle en constitue une part essentielle, la preuve que les hommes n’ont jamais cessé de voler le travail des femmes et de s’en servir à leurs propres fins. Non contents de profiter du travail gratuit ou moindrement rémunéré des femmes, ils leur ont également volé leur énergie créatrice, spirituelle et intellectuelle.

Son radicalisme et son absence totale de compromis éloignent d’elle des femmes qui cherchent à éviter la confrontation et préfèrent miser sur la persuasion pour obtenir les réformes souhaitées. Dans les années 1880, Susan B. Anthony accepte de travailler avec des organisations de chrétiennes conservatrices et se dissocie de Gage.

Une vingtaine d’années après les Américaines, le Québec aura aussi son propre trio d’intrépides avec Thérèse Casgrain, Marie Gérin-Lajoie et Idola Saint-Jean. Les époques changent, mais les luttes féministes pour la justice et l’égalité dans la différence continuent. En ce 8 mars 2010, comme nos prédécessoeurs pour le droit de vote, nous devons nous unir pour obtenir la parité dans tous les domaines.

* Extrait du livre d’Élaine Audet, Le cœur pensant – Courtepointe de l’amitié entre femmes, Québec, Loup de Gouttière, 2000. Sisyphe a acquis les droits de distribution de ce livre en 2008. Pour en savoir plus et commander Le cœur pensant, cliquer ici.

Notes

1. Pour les citations, Dale Spender, Women of Ideas and What Men Have Done to them, Londres, Routledge, 1982.
2. Judy Chicago, The Dinner Party, a Symbol of Our Heritage, New York, Anchor Books, 1979.
3. Mary Daly, Gyn/Ecology, Boston, Beacon Press, 1990.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 3 mars 2010


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Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
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