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février 2003

On veut protéger les clients dans l’affaire de la prostitution juvénile à Québec.

par Claudette Gagnon, enseignante et chercheuse






Écrits d'Élaine Audet



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Le service de police de la ville de Québec a démantelé, le 17 décembre 2002, un important réseau de prostitution juvénile impliquant 18 jeunes filles et des clients identifiés comme des personnalités du monde des affaires et des communications. La police a rencontré, au total, plus de 40 personnes, proxénètes, adolescentes victimes et clients. Dans un premier temps, six individus associés au gang de rue Wolf Pack, qui dirigeaient le réseau de prostitution, ont été arrêtés et accusés de diverses charges dont celle de proxénétisme et d’avoir tenu une maison de débauche. Des gens d’affaires connus de la région seraient en lien avec le réseau. Un animateur vedette de la station de radio CJMF, Robert Gillet, sera également appelé à comparaître dans cette affaire. D’autre part, 18 jeunes filles âgées entre 13 et 17 ans impliquées dans le réseau ont été interrogées et ont comparu devant le tribunal de la jeunesse. Elles ont toutes été confiées à la Direction de la protection de la jeunesse.

Je me suis levée éberluée, samedi matin, et j’ai été profondément choquée à la lecture d’un article paru dans le journal Le Soleil, de Québec, intitulé : " Prostitution juvénile. Pas toujours d’innocentes victimes ", et signé par Alain Bouchard. Le titre est immensément révélateur de l’objectif du journal qui vise à discréditer à tout prix les victimes adolescentes et à redorer un peu le blason des pauvres clients notoires qui ont abusé d’elles.

Impossible de ne pas remarquer que Le Soleil a enterré toute l’histoire de la prostitution juvénile toute la semaine. Et, le samedi suivant, jour du plus grand tirage, il publie un article d’une page complète dans le premier cahier (A-3) où il tente délibérément, avec l’aide de deux pseudos-expertes en travail de rue, de faire passer les victimes adolescentes pour des profiteuses du système de prostitution.

Pour donner de la crédibilité aux dires des deux travailleuses de rue d’une dizaine d’années d’expérience professionnelle, l’article mentionnait à leur sujet : « Il s’agit ici de deux femmes qui font le métier de secourir les prostitués (es), principalement de la rue. Donc de deux femmes qui ne sont pas précisément leurs ennemies, bien au contraire. » Comment ne pas remarquer qu’on essaie, ici, de convaincre le lecteur ou la lectrice non seulement de l’expertise de ces dames, de leur crédibilité dans le milieu, mais également du dévouement de ces dernières à l’égard des victimes. Non mais ! C’est incroyable ! En réalité, ces femmes sont leurs principales ennemies car, de façon insidieuse, elles utilisent leur statut privilégié auprès de ces adolescentes, pour les poignarder violemment dans le dos et cela, sous prétexte d’une soi-disant protection et d’un soi-disant dévouement.

Comment des femmes, oui des femmes, peuvent-elles ignorer, surtout après dix ans d’expérience auprès d’elles, que ces adolescentes sont des victimes, donc, des filles exploitées, manipulées, abusées, et que plusieurs d’entre elles, auront des séquelles physiques et psychologiques toute leur vie ?????? Les deux pseudos-expertes diront plutôt que toutes les prostituées ont, de toute façon, toujours commencé à l’adolescence, histoire de justifier la normalité des choses, et qu’elles ne sont pas uniquement victimes de leur pratique. En effet, selon ces deux femmes, les adolescentes profitent également d’avantages importants : « La jeune adolescente n’est pas d’abord attirée dans la prostitution par la menace. C’est même le contraire. Elle y est d’abord attirée par le charme, l’argent, le pouvoir, l’amour même. Le phénomène de gang n’est pas que négatif pour elles. Il est même rassurant. Il concourt à donner une identité, une certaine assurance. » Voilà de quoi rassurer tous les parents du Québec, tous les enseignantes et enseignants, ainsi que tous les adultes qui ont à cœur le bonheur et l’épanouissement des adolescentes du Québec !!!

Le ridicule ne s’arrête pas là, chez ces pseudos-expertes. L’une d’elles ajoutera même : « Et dans le cas du Wolf Pack, ça va beaucoup plus loin , explique Geneviève Quinty. L’image de l’amoureux noir fascine, permet à la jeune fille de se démarquer de son milieu. En plus, le gars la dorlote, s’occupe bien d’elle. Elle a l’impression d’être l’heureuse élue. Et si, par hasard, c’est le chef de la bande qui s’intéresse à elle, imaginez l’excitation ! » Que d’avantages à considérer pour nos adolescentes, n’est-ce pas ?

Toujours selon l’article, et les deux pseudos-expertes, peuvent ensuite survenir des menaces : « Mais ce n’est pas le moteur principal du processus en cause, avance Nathalie Fortier. Il y a le statut social, l’argent, bref le pouvoir que ça donne l’impression d’avoir. » On remarque, dans cette dernière citation, que les menaces sont atténuées afin de faire valoir les importants bénéfices de la prostitution juvénile. C’est un détail, quoi ! Puis, on expliquera au lecteur ou à la lectrice, rien de moins, que « le souteneur va même demander à sa protégée de se prostituer par amour pour lui, et il va parfois arriver qu’elle le fasse exactement pour ça. » Vous ne trouvez pas que cela devient plus acceptable qu’une adolescente se prostitue ???? Il en manque peu pour qu’on finisse par le croire !

Les deux comparses, sous la plume d’Alain Bouchard, diront que c’est le propre des adolescents de chercher des défis, de vouloir se démarquer, d’oser des choses risquées, qu’il y a beaucoup d’adrénaline dans la prostitution et que les prostituées ne sont pas les parfaites innocentes qu’on veut bien nous faire croire. C’est à tomber sur le dos !!!! Pire encore, elles diront des jeunes filles qu’elles peuvent même cultiver le fantasme de rencontrer l’homme de leur vie parmi les clients. Le syndrome du film Pretty Woman ! Quelle belle histoire, n’est-ce pas ?

L’article se terminera sur le fait que ces deux femmes aient changé d’opinion au fil des années. Si au départ, selon elles, la prostituée était toujours la victime et le client, le salaud, elles mentionneront que leur jugement s’est modifié avec leur pratique dans le milieu et ajouteront : « Nous pensons que les clients et les proxénètes auraient parfois autant besoin de soins que les prostitués. » Vous avez raison, mesdames, organisons une levée de fonds pour ces pauvres clients, notoires abuseurs, pour leur permettre de comprendre leurs comportements de déchéance.

Laissez-moi vous parler de mon profond dégoût devant toute cette corruption. Je souhaite ardemment que justice se fasse et que les actes criminels, dont ont été victimes plusieurs adolescentes, soient punis comme la loi le prescrit à juste titre. Mais, à la lumière des articles comme celui-ci du Soleil, il semble clair qu’on cherche à étouffer l’affaire et qu’on s’évertue à protéger des têtes. Soyez assuré que, plus jamais, je n’achèterai le journal Le Soleil. De plus, si l’auteur de ce texte, Alain Bouchard, n’a pas déformé les propos des deux travailleuses de rue, je crois qu’il est plus que temps pour elles de se recycler dans un autre domaine. J’ose espérer qu’elles ne choisiront pas un secteur d’emploi relié aux jeunes.

Je tiens à terminer sur un point qui m’apparaît très important. Avez-vous remarqué comment, dans ce texte, on qualifie les adolescentes victimes ? On les appelle des prostituées. Remettons les pendules à l’heure. Quand un adulte réclame des services sexuels à une mineure, qu’il sait délibérément et en toute connaissance de cause qu’elle n’est pas adulte, il n’est rien d’autre qu’un AGRESSEUR, et la loi canadienne est claire à ce sujet. L’excuse du consentement ne tient absolument pas. Bien au contraire,il n’y a pas consentement mais abus lorsque les abuseurs exercent, du fait d’être adultes, une forme d’autorité vis-à-vis de l’adolescente, profitent d’elles pour satisfaire leurs fantaisies sexuelles et leurs perversités. Bref, ces jeunes filles ne sont pas des prostituées, mais des VICTIMES, et les abuseurs ne sont pas seulement des clients ou des proxénètes, ils sont des AGRESSSEURS.

Peut-on parler dans ce contexte d’une société évoluée ? Dans tous les autres domaines, il existe un consensus social sur la responsabilité des adultes envers les mineur-es. Pourquoi en serait-il autrement dans le domaine de l’exploitation sexuelle ? Puisque les jeunes sont plus vulnérables à cet âge, la responsabilité de leurs agresseurs n’est-elle pas plus grande ? Considérant cet article du Soleil et la tournure que semblent prendre les événements dans ce dossier, je suis inquiète pour les enfants de demain.

L’article en question :

« Prostitution juvénile. Pas toujours d’innocentes victimes », par Alain Bouchard

L’auteur de l’article du Soleil est connu pour son soutien au mouvement masculiniste.

Mise en ligne sur Sisyphe en février 2003

Note de Sisyphe

Le Soleil n’a pas voulu publier cette critique.
Pour écrire au Soleil au sujet de cet article :
Alain Dubuc, président-directeur
adubuc@lesoleil.com


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Claudette Gagnon, enseignante et chercheuse

L’auteure a obtenu un doctorat en administration et politique scolaire. Elle est rattachée au Département des fondements et pratiques en éducation, à la Faculté des sciences de l’Éducation de l’Université Laval. Elle détient aussi un Certificat en enseignement collégial et un Baccalauréat en Sciences appliquées de l’Université Laval.
Elle est l’auteure, entre autres, de Pour réussir dès le primaire. Filles et garçons face à l’école, Éditions du Remue-ménage, 1999, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs et revues scientifiques et professionnelles. Elle a mené différentes recherches reliées à ses champs d’intérêts : la réussite scolaire différenciée selon le
sexe et le féminisme. Elle enseigne dans une école secondaire de la région de Québec.



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  • Victime à 17 ans, "travailleuse" à 18 ?
    (1/1) 14 février 2003 , par





  • Victime à 17 ans, "travailleuse" à 18 ?
    14 février 2003 , par   [retour au début des forums]

    Le Soleil vient de franchir une nouvelle étape dans la banalisation de la prostitution. Je suis d’accord avec l’auteure pour dire que les jeunes filles sont en danger. Par contre, là où je suis en désaccord, c’est lorsqu’elle perpétue la dichotomie majeur/mineur, qui selon moi est responsable de la banalisation de la prostitution. Selon cette idée reçue, il y aurait un âge "acceptable" pour acheter un corps de femme et la prostituée de 18 ans serait "consentante". Pourtant, à 18 ans, une femme est-elle davantage "prête" a se prostituer que lorsqu’elle a 17 ans ? L’argument de la maturité sexuelle tient-il vraiment quand on sait que bien des filles de 18 ans n’ont connu souvent que des déceptions sexuelles (déceptions qui les amènent d’ailleurs a concevoir leur sexualité comme un "travail") ou n’ont eu que peu d’exprériences sexuelles ?

    Pour moi, il n’existe pas de frontière réelle entre la prostitution infantile et la prostitution d’adulte puisque la prostituée d’aujourd’hui est souvent l’enfant ou l’adolescente abusée d’hier. Le jour où elle souffle ses 18 bougies, elle ne se transforme pas tout d’un coup en "professionnelle" autonome ! D’ailleurs, la prostitution en soi est le contraire de l’autonomie sexuelle : parce que je n’ai pas de désir et que je ne te choisi pas, je veux que tu me donnes une compensation financière. L’autonomie sexuelle, ce n’est pas recevoir de l’argent, mais vivre sa sexualité en tenant compte de son désir et son plaisir. En ce sens, toute prostitution est éthiquement innacceptable et tout ceux qui tentent de détruire l’autonomie sexuelle d’une femme à travers la marchandisation de son corps agit de façon contraire à l’éthique et aux droits humains.

    De plus, plusieurs études ont démontré qu’il n’existe pas de profil particulier d’amateur de prostituéEs mineurEs. En effet, les pédophiles sont tout simplement des prostituphiles (communément appelés "clients" par une société archaïque qui ne voit pas le mal d’acheter du sexe, c’est-à-dire la société "évoluée" d’aujourd’hui) qui " essaient " parfois ou souvent des enfants et ce, à cause d’une vision malsaine de la sexualité (le goût du " péché "), la peur du sida (en essayant d’acheter les " services " d’un enfant vierge), etc. Comme l’affirme la psychothérapeute Suzanne Képès, " il n’y a aucune différence fondamentale entre le client des adultes et le client des enfants. AUCUNE. C’est une question de degré ". Les gens naïfs ont tendance à se rassurer en se disant qu’ici, ce n’est pas la Thaïlande, qu’il n’y a pas de danger pour les enfants. Pourtant, lorsqu’on observe les annonces classées d’ " escortes " dans les journaux , on y remarque que les jeunes femmes de 18 ans sont les plus en demande, ce qui prouve que la plupart des amateurs de prostituées ont un faible pour la chair tendre et que seule la loi les empêche de prendre des filles plus jeunes. Les bars gays pullulent quant à eux de " jeunes éphèbes " se trémoussant. La sexualité pédophile n’est-elle pas en train, petit à petit, de s’immiscer insidieusement dans notre quotidien ? Quand on sait que les jeunes font l’amour de plus en plus tôt, qui nous dit que l’idée de la " libération sexuelle " des jeunes ne sera pas un jour récupérée par les gens en faveur de la prostitution ? En effet, ils pourront très bien affirmer que, puisque les jeunes de 14-15 ans peuvent être actifs sexuellement, ils pourraient donc devenir prostituéEs comme n’importe qui d’autre. À ce moment-là, l’âge légal s’abaissera encore pour satisfaire la demande des prostituphiles et pour concurrencer le tourisme sexuel des pays plus pauvres et plus " permissifs ".

    Si vous ne vous opposez pas à TOUTE prostitution aujourd’hui, comment vous sentirez-vous demain lorsque vous vous apercevrez que le système force davantage les jeunes à devenir des prostituées plutôt que des écolières ?

    Rhéa Jean

    Maîtrise en Études cinématographiques (Université de Montréal)

    Étudiante au doctorat en Philosophie (Université de Sherbrooke)

    • > Victime à 17 ans, "travailleuse" à 18 ?
      20 février 2003 , par
        [retour au début des forums]

      Bonjour madame,

      Je crois que j’ai été mal interprétée lorsque j’ai abordé la prostitution juvénile versus celle des adultes. Je trouve simplement que la prostitution juvénile est pire que celle des adultes en raison des conséquences négatives qu’elles engendreront chez de très jeunes enfants. Je n’encourage pas pour autant la prostitution d’adultes et je ne la banalise pas du tout. C’est bien le contraire...

      Je crois que les clients et les proxénètes de ces réseaux de prostitution juvénile qui abusent des jeunes parce qu’ils ont le pouvoir, la gloire ou l’argent, et qui détiennent une certaine forme d’autorité sur elles (ne serait-ce que par l’âge) doivent payer de leurs actes devant la justice, et cela, plus fortement...

      Claudette Gagnon, Ph.D.

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