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mercredi 20 avril 2011

L’industrie mondiale du sexe et ses complices entravent l’autonomie de toutes les femmes

par Lee Lakeman, Vancouver Rape Relief Center






Écrits d'Élaine Audet



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Allocution donnée au Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale organisé par la CLES en mars 2011 à Montréal.

Je tiens à joindre ma voix aux accusations portées ici contre l’industrie mondiale du sexe.

De fait, à partir de ma longue expérience de travail contre la violence sexiste, j’observe que l’industrie du sexe est coupable d’une prise de pouvoir qui étend son emprise sur notre gouvernement, sur notre collectivité et sur nos vies.

Pour s’en faire une idée, il faut considérer non seulement les actes individuels d’exploitation sexuelle et les prostitueurs individuels, mais aussi une industrie mondiale du sexe.

Observer les quantités incroyables d’hommes en cause : selon certaines statistiques, un homme sur sept achète régulièrement du sexe. Observer que les hommes de tous les pays et de toutes les classes sociales achètent du sexe.

Nous savons que les hommes de l’hémisphère Nord et de l’Occident en achètent partout dans le monde, à des femmes de toutes les classes et de toutes les races, parce qu’ils ont les moyens et le pouvoir de le faire impunément.

Il existe une hiérarchie d’exploitation qui est surtout basée sur l’appartenance de sexe, de classe et de race, et donc une hiérarchie de responsabilité basée sur cette même distribution hiérarchique.

La quantité de profits tirée de l’exploitation dans l’industrie du sexe dépasse l’entendement et demeure insondable ; les torts infligés sont inouïs, en dépit de ce que nous savons et entendons ici. Cette industrie est un système et non seulement un assemblage d’individus ou d’actes individuels d’exploitation ; c’est un casse-tête de relations humaines destructives et de processus antisociaux.

Je dis que la prostitution, la traite est surtout analysable comme une violence anti-femmes, c’est-à-dire un mécanisme de contrôle qui assujettit l’ensemble des femmes aux plans social, économique, civil et politique. Comme d’autres formes de violence anti-femmes, la prostitution, la traite est une force qui découle d’actes physiques individuels posés par chaque homme contre chaque femme.

Mais l’agrégat ou la somme des éléments individuels, forts de la collusion de tous les autres, devient une chose beaucoup plus imposante, un ensemble complexe de relations humaines, une structure plus lourde, une force de répression plus formidable.

La violence anti-femmes est un système

Quarante années à observer et combattre la violence et le viol conjugaux nous ont appris que chaque acte de violence sexiste se combine aux autres pour créer une force qui terrorise non seulement cette femme battue, violée ou prostituée présentement et à l’avenir, mais fait de sa subjugation un exemple par lequel terroriser même les femmes qui n’ont pas été attaquées, n’ont pas été battues ou violées cette fois-ci, n’ont pas été cette fois-ci jetées à genoux.

C’est ce que fait chaque acte réussi de violence contre une femme ou une fille.

Chaque réitération patriarcale de ce récit de subjugation devient une histoire nous invitant toutes à la prudence, un avertissement appuyé, un signal qu’en cas de transgression, nous pourrions devenir la prochaine à être battue ou violée, ou à voir nos enfants séduits, ou à être vendues, nous ou nos filles.
Nous observons également que les femmes qui sont piégées par l’âge, par le mariage, par des handicaps ou la maladie, par la pauvreté et le racisme sont plus vulnérables aux hommes qui souhaitent s’en prendre à elles. Elles ont moins de voies d’échappement, moins de protecteurs, moins de mesures de sécurité, peu d’accès à la justice. Ce sont donc souvent ces femmes-là qui sont choisies pour cette violence sexiste.

Les femmes laissées avec des personnes à charge ; les vieilles, les jeunes, les malades et celles qui sont dépendantes seront choisies parce que les hommes connaissent et exploitent le fait que beaucoup d’entre elles endureront la violence anti-femmes plutôt que d’abandonner leurs responsabilités envers les personnes qui dépendent d’elles. Ce facteur est aussi vrai en prostitution que dans d’autres formes de violence sexiste, de l’inceste à la violence envers les femmes âgées.

Nous savons aussi que chaque acte de violence anti-femmes punit les femmes pour leurs actes de liberté. « Tu agis comme une lesbienne », dira-t-il ou « tu fais ta salope » ou « tu n’aurais pas dû te montrer en public » ou « sortir le soir » ou « t’habiller comme ça » ou « flirter » ou « être aussi bitch, agressive ». « Tu es une mauvaise mère », dira-t-il lorsqu’elle refuse de se soumettre devant ses enfants, ou « tu es une fille désobéissante » quand elle divulgue son inceste. « Tu aurais pu être en sécurité » si seulement tu avais travaillé pour un pimp ou pris suffisamment de temps pour l’observer, l’agresseur, par la fenêtre de son auto ou « engagé un garde du corps », « travaillé à l’intérieur » et fait ce qu’on te disait.

Seule, nous luttons contre chaque homme en position inégale de force physique, économique et sociale.

C’est de toutes ces manières que la violence anti-femmes constitue une force qui les contrôle une par une et les empêche d’exercer leur liberté.

Aucune femme ne devrait vivre dans l’esclavage de la dépendance

Beaucoup de femmes se voient forcées d’abdiquer leur accès à la sphère publique, y compris leur accès aux ressources publiques et à une vie publique et donc politique.

La violence anti-femmes est aussi une force qui empêche les femmes de se rassembler et d’agir en groupe pour progresser. Rassemblées dans la vie publique, nous posons des revendications dans nos communautés et aux urnes électorales. Nous pouvons réclamer que les revendications territoriales autochtones soient résolues, que la police réponde aussi rapidement aux appels des femmes pauvres qu’à ceux des femmes riches, que les hommes partagent les soins aux personnes dans la sphère privée, mais qu’ils partagent également la revendication de garderies publiques, de soins de santé publics et d’un système d’éducation public. Nous pouvons revendiquer que les hommes partagent la richesse de la planète en assurant des revenus décents garantis à chacune de nous, pour qu’aucune femme ne vive dans l’esclavage de la dépendance. Collectivement, nous pouvons insister pour que les frontières permettent aux femmes d’émigrer et pour que les ressources naturelles cessent d’être soumises à l’exploitation et à la destruction par les entreprises. Collectivement nous pouvons faire appliquer des lois qui interdisent aux hommes d’exploiter les femmes et les enfants où que ce soit.

La violence anti-femmes, y compris dans la prostitution, empêche individuellement et collectivement les femmes d’accéder à la liberté, de créer de la liberté, de lutter pour la liberté. La violence anti-femmes, y compris la prostitution, est à la fois une cause et un résultat de l’oppression des femmes et nous devons l’abolir.

Qu’est-ce que l’industrie du sexe au-delà de la violence de chaque homme ?

Le défi lancé à cette industrie implique des travailleuses volontaires, des clients, des promoteurs, des propriétaires et des agents de développement. Il met en lumière les relations humaines débilitantes et les processus socio-économiques criminellement destructeurs dont les femmes sont le matériau brut et les prostituées sont les produits, où l’hypersexualisation des fillettes est un processus industriel nécessaire et où les relations sexuelles entre êtres humains sont réduites au modèle économique brut de personnes qui vendent et de personnes qui achètent.

Mais les processus sociaux comprennent aussi des observatrices et des témoins ; les fillettes qui nous regardent reçoivent le message de ce qu’elles peuvent attendre d’actes de liberté, de relations sexuelles ; elles sont averties du type de relations sexuelles et économiques et sociales qui les attendent. Elles et nous devenons les personnes prostituées.

En dépit du féminisme, la libération des femmes n’est pas encore advenue.
Nous vivons toutes encore dans le ventre de la bête qu’est le patriarcat. Dans le processus de colonisation qui se poursuit avec la prostitution et la traite, les filles et les femmes autochtones sont servies comme autant de cibles à la rage sexualisée des hommes, aussi bien dans les réserves qu’à l’extérieur. Chassées de leur maison et de leur territoire par l’inceste, la violence conjugale et le viol, les femmes autochtones sont amenées par camion et ghettoïsées dans les quartiers appauvris des villes, ceux dévolus à la prostitution, où elles sont forcées à vivre en public et trop souvent mises à la merci des prostitueurs qui y traînent en voiture, condamnées au statut de « femmes de la rue », ayant plus de valeur mortes que vives.

Dans le travail de libération que nous menons depuis quatre décennies, nous du mouvement féministe avons créé pour beaucoup de femmes des possibilités d’instruction et d’emplois, des droits à une libre sexualité et à une liberté de procréation. Mais nous n’avons pas réussi à amener les hommes qui sont dans nos vies, que ce soit au Québec ou au Canada, à partager également le travail de prendre soin de nos parents, de nos enfants, de prendre soin les uns des autres ou de la collectivité.

Juste au moment où nous accomplissions ces quelques changements pour certaines femmes, le patriarcat est revenu à la charge avec un violent retour du bâton de la domination masculine, une mondialisation plus intense du capital et une nouvelle vague de l’impérialisme international qui ont fait disparaître tout autant de possibilités. En nous transférant les pertes qu’ils subissaient, les hommes ont aussi élargi un précipice de différences économiques entre les femmes.

Alors que nous, les femmes du Canada et du Québec, devenions moins tolérantes du sexisme, moins contraintes dans nos choix, les hommes qui sont dans nos vies ont refusé plus audacieusement de se rallier à la transformation sociale vers une égalité publique, des ménages égalitaires et une sexualité égalitaire.

Ils exigent encore que les femmes, n’importe quelle femme mais des femmes sous contrôle sexiste, prennent soin des bébés, des personnes âgées, des malades, du foyer et des besoins affectifs et sexuels fantasmés par les hommes.

Incapable de nous contraindre davantage en raison de la nécessité de notre travail hors du foyer et de notre résistance en tant que mouvement des femmes, ils ont prêté leurs voix, leur soutien politique et leurs votes au racket soutenu par le gouvernement de la prostitution et de la traite. Plutôt que changer, ils colonisent les femmes des Premières nations et importent des femmes du tiers monde pour leur déléguer ces actes de travail et de soumission.

Ce sont les programmes de « travailleuse invitée » et de « travailleuse domestique », où des bonnes d’enfants philippines et des ménagères latina et des préposées aux soins antillaises dans les hospices travaillent sans parité de salaire, sans les droits d’une citoyenne ou d’un avenir à titre de Canadienne, mais travaillent également sous la menace constante de l’exploitation sexuelle.

Elles font la part des hommes du travail de soin, et parfois aussi notre part, pour pouvoir envoyer leur chèque de paie à leurs enfants dans des pays dont les entreprises transnationales et les bandes criminelles continuent à piller et à exporter les ressources, dont parfois même les femmes.

Nous voyons les danseuses érotiques de l’Europe de l’Est, les travailleuses asiatiques en salons de massage et les escortes noires en sachant que les plus pauvres des femmes nées parmi nous ainsi que ces femmes importées et racisées se font imposer les actes répugnants de nourrir les égos masculins et de satisfaire une sexualité masculine tordue à laquelle nous-mêmes avons à peine ou partiellement échappé.

La mainmise des profiteurs sur notre gouvernement

La traite sexuelle aux fins de prostitution est maintenant une forme de commerce international dont les profits dépassent la traite de main-d’œuvre à rabais ; elle contribue à l’économie de plusieurs pays et la supplante souvent.

L’industrie du sexe fait cause commune avec d’autres systèmes lucratifs mondiaux du patriarcat. Ces systèmes concourent à réduire et à miner toute capacité pour nos gouvernements de réglementer et limiter, de contrôler ou de rejeter l’iniquité du capitalisme et la cruauté de la violence anti-femmes. Le néolibéralisme achète nos gouvernements et les reconfigure de manière à servir les profiteurs et non les femmes. Depuis 1995 au Canada, par à-coups mais systématiquement, les forces de la grande entreprise ont dicté leurs choix à nos gouvernements et les ont restructurés.

Le contrôle et l’accessibilité de barèmes décents d’aide sociale nous ont échappé, tout comme nous avons perdu des politiques humaines d’aide sociale, des critères intelligents et progressistes d’immigration, des droits du travail, des salaires adéquats, la sécurité de nos pensions, nos programmes d’aide juridique et de garderies, des foyers pour personnes âgées et des budgets pour les groupes de femmes.

Au lieu de la sécurité du revenu, on nous offre aujourd’hui de décriminaliser la prostitution.

Le gouvernement refuse de plus en plus de protéger les femmes de la violence sexiste en nous disant qu’en cette époque de privatisation, le gouvernement n’a aucune obligation de protéger les gens, et qu’au contraire, la liberté exige que chaque femme engage ses propres agents de sécurité, puis qu’elle engage ensuite des avocats afin d’intenter des poursuites pour pallier l’échec de cette privatisation de la protection contre la violence anti-femmes.

Le gouvernement nous dit et dicte aux tribunaux qu’il revient à chaque femme, isolément, de choisir un conjoint sécuritaire, un emploi sécuritaire et un endroit sécuritaire où vivre, bref de créer elle-même des conditions sécuritaires comme si nous pouvions nous défendre nous-mêmes des hommes qui choisiront de vendre à d’autres hommes de la violence sexiste comme gratification, et comme si nous pouvions détecter quand et lequel des hommes choisira de nous violer, nous battre ou nous tuer.

L’idéologie et la propagande de l’industrie du sexe

Le patriarcat, y compris le capitalisme, fonctionne également comme une religion et fait cause commune avec d’autres religions, du fait de gouverner à l’aide d’idées et de grand-prêtres en plus de le faire avec de l’argent et de la force brute.

Cette religion partage avec presque toutes les autres religions certaines idées communes : que les femmes ont moins de valeur, que les femmes et la sexualité des femmes doivent être contrôlées, que les hommes sont supérieurs et que les personnes subjuguées ont choisi leur condition, de sorte que les personnes qui sont au bas de l’échelle choisissent d’être au bas de l’échelle.

Dans la plus récente version du patriarcat, la version néolibérale, nous vivons un attachement quasi-religieux à l’individualisme concurrentiel, aux principes de chacune et chacun pour soi et de l’avarice comme normale, aux critères des profits de l’entreprise et du produit national brut comme seule mesure de la richesse et du bien-être de la collectivité. Nous vivons un délire écologique mondial qui atteint un niveau sans précédent.

Il est impossible de cloisonner et de détruire certaines parties du monde tout en en protégeant d’autres, impossible d’exploiter les femmes d’une partie du monde sans contaminer les rapports sociaux ailleurs.

L’exploitation des territoires et des ressources où vivent d’autres femmes les forcent à émigrer de leurs terres natales au Nord et en périphérie du Canada, ainsi que des régions les plus pauvres d’Afrique, d’Asie, des Antilles et de l’Amérique du Sud.

N’importe quelle carte de la traite des femmes et du tourisme sexuel vous démontrera que ces pratiques misent non seulement sur la domination des femmes par les hommes mais également sur des situations où la population est pauvre, pauvre au-delà de tout espoir.

Les capitalistes du patriarcat exigent des gouvernements locaux qu’ils participent à la subjugation des femmes et à l’accumulation des profits en adoptant des lois et des politiques en ce sens.

Le gouvernement conservateur Harper et chaque administration provinciale et municipale continuent, de concert avec d’autres forces patriarcales, à refuser de protéger les femmes de la violence, notamment en refusant de restreindre l’industrie du sexe. À ce jour, aucun parti politique provincial ou fédéral n’a pris parti pour l’abolition de cette forme de violence anti-femmes. Ils n’entravent ni la prostitution au pays, ni la traite internationale des femmes et des filles à des fins de prostitution.

Ils nous répètent, de manière honteuse, que la pénalisation des femmes pour le « crime » de pauvreté d’être prostituée – à l’échelle internationale ou nationale – est une affaire de « maintien de l’ordre public » tandis que la décriminalisation de l’industrie internationale du sexe est une opération justifiable au plan commercial.

Tout comme les actes de violence individuelle comptent, les actes de résistance individuelle comptent aussi. C’est ce que nous apprennent les témoignages individuels des femmes qui sont ici.

L’héroïsme qu’il y a à narrer sa vie de femme comme le récit d’une victoire a de la valeur pour le reste d’entre nous. Chaque femme qui a échappé ou qui a survécu à l’industrie du sexe et qui ose prendre la parole une fois et une fois encore crée une force, une force libératrice, et chacune d’entre nous qui redit son histoire et la nôtre comme un récit de dignité et d’héroïsme contribue à générer cette force.

L’humiliation que l’on ressent dans l’état de subjugation peut être rendue plus supportable par la compassion, mais elle est totalement transformée dans la solidarité d’une action libératrice.

De façon similaire, l’humiliation que l’on ressent à constater la subjugation des femmes est transformée du fait d’assister et de participer à leur libération.

J’accuse

J’accuse le patriarcat, sous sa forme de l’industrie mondiale du sexe, d’être en collusion avec des hommes individuels pour dominer et écraser des femmes individuelles dans notre recherche de sûreté, de sécurité et de liberté.

J’accuse l’industrie du sexe de dominer, d’écraser et de saper la solidarité que nous avons générée dans nos communautés avec une propagande commerciale insensée sur les choix des femmes et les droits des hommes.

Je les accuse de mentir pour camoufler le pouvoir en publiant et en diffusant de la propagande défaitiste sur la soi-disant impuissance du gouvernement à instaurer des mesures allant au-delà du maintien de l’exploitation, au-delà de la loi du commerce.

J’accuse l’industrie internationale du sexe de saper, de dominer et d’écraser le peu de démocratie que les femmes ont réussi à obtenir des gouvernements.

Ils dérogent aux instruments internationaux et à des ententes comme l’Accord de Palerme.

Le mouvement international des femmes et les hommes de bonne volonté veulent s’assurer mutuellement d’une protection des femmes et des filles face à l’exploitation commerciale et face à la négligence où l’État laisse les femmes, et ils veulent confirmer au sein de la population ordinaire que les femmes ont un droit naturel et choisi à vivre dans la paix et la liberté.

La violence anti-femmes, y compris la prostitution, sera abolie.

Traduction : Martin Dufresne et Michèle Briand

Version originale anglaise.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 18 avril 2011.


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Lee Lakeman, Vancouver Rape Relief Center

Représentante régionale pour la Colombie-Britannique et le Yukon de l’Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel. Elle travaille auprès des victimes de viol et d’agressions sexuelles depuis 1973. Elle fait partie de l’organe national de décision de la CASAC, qui comprend les CALACS du Québec et d’autres centres. Le Comité canadien de la Marche des femmes l’a élue au Comité international chargé de discuter la question de la prostitution.



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