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vendredi 22 juillet 2011

Attentats en Norvège - Le massacre des Innocents

par Sabine Aussenac, écrivaine, poète et journaliste






Écrits d'Élaine Audet



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Bon, je sais pas, vous. Moi, j’ai dormi deux heures, d’un sommeil agité et confus.

Bien sûr, la Somalie, tout ça. Et puis chaque catastrophe est atroce, les souffrances ne sont pas quantifiables, entre un crash aérien, un accident, un enlèvement avec démembrement – une nouvelle spécialité hexagonale…

Mais quand même, l’idée de tous ces gamins confrontés à un mixte de Scream et d’Elefant, alors qu’ils étaient juste venus se colleter à des idées en faisant griller des chamallows en bord de fjord, ça me terrifie.

Les chaînes d’info françaises, au réveil, étaient déjà sur le Tour et les bouchons. Par contre, que ce soit Sky, CNN ou les chaînes allemandes, le reste du monde, lui, racontait.

Racontait le calme méthodique d’un seul homme sur cette île d’Utoeya, sa façon d’avoir amadoué les adolescents - car il s’agit d’enfants, d’ados, entre 16 et 22 ans…- puis de les avoir alignés en cercle, et abattus froidement, avant de commencer à les chasser, oui, chasser comme du gibier ; ils ont couru, vers les bosquets, les rochers, certains ont tenté de grimper sur des arbres, d’autres sont partis à la nage.

Mais il en a « eu » plus de 80… Vous imaginez ? Les images sont terribles, on distingue ce matin quelques canots, des tentes abandonnées, des couvertures de survie.

Et tout ça pour assassiner le cœur même de la démocratie.

On parlera peut-être de folie, mais il semblerait que cet homme soit proche des « milieux d’extrême-droite » et qu’il ait voulu, en massacrant ces innocents, faire un exemple. S’attaquer à la liberté d’esprit de son pays. À son pacifisme. À cette Norvège emblématique du Nobel de la Paix.

Je crains fort qu’il ne fasse des émules, et qu’ailleurs dans le monde d’autres illuminés ne se rendent compte combien il est facile de faire sauter un quartier ou de déboulonner toute une colonie.

Car je pense aussi à cette secrétaire d’Oslo, que j’imagine autour de la trentaine, elle venait de poser ses congés, et elle bouclait ses dossiers au ministère, avant de partir avec ses petits-enfants vers l’Atlantique… Ou à ce jeune parlementaire, qui ne votera plus jamais… L’attentat contre le ministère est épouvantable aussi, par son impact énorme, par sa puissance d’action.

Mais l’abjection, je la ressens surtout dans cette attaque physique et déterminée envers ces jeunes gens pleins de fraîcheur et d’idéal, de projets et de joies, qui s’étaient rassemblés dans l’allégresse et la réflexion, dans l’envie de faire bouger les choses, de participer à la marche démocratique de leur temps. (Et je me demande si, en France, nous arriverions à ce chiffre de 700 participants pour un seul parti, quand je repense à mes propres élèves, si peu concernés par le Printemps arabe ou par Fukushima…)

De Beslan aux écoles de Rio, les Bowling for Columbine du réel sont légions, mais cette fusillade là dépasse, par son ampleur et sa préparation, toutes les autres, et confine à ce que nous pensions avoir dépassé depuis la fin du national-socialisme… On peut prononcer le terme d’extermination.

Car cet homme a voulu exterminer, éradiquer, débarrasser un pays de sa jeunesse, de son avenir démocratique. Et il convient de se demander comment de telles idées parviennent, au cœur même de l’Europe, dans un pays où la tolérance est de mise, à faire leur chemin.

Avant qu’il ne soit trop tard, il me paraît urgent de nous retrousser les manches ensemble et sérieusement, d’éclairer, de rassembler, d’éduquer, avant que la violence n’envahisse nos quotidiens de petits Européens tranquilles… Car tout est lié dans notre monde qui paraît devenir fou, des attentats aveugles sur les marchés aux déséquilibrés qui enlèvent et assassinent à qui mieux mieux, de ces images de violence qui tournent en boucle sur le net aux séries TV, faisant une sourde apologie du crime et de l’immonde…De tels événements, mélangeant en quelques heures des images cinématographiques de films d’horreur et celles que l’Europe ne pensait connaître que par les médias, placent soudain nos démocraties au cœur même d’un marché de Bagdad et d’un film à sensation : l’enfer est à nos portes.

Il semblerait que l’Homme, à l’ère où il est enfin devenu capable du meilleur, puisque nous savons soigner, prévenir, guérir, communiquer…, retombe inéluctablement dans le pire, dans l’absurde, dans l’abject.

Je forme pourtant naïvement le vœu que ces jeunes Norvégiens ne soient pas morts pour rien.

Je forme le vœu que dans toute l’Europe, dans le monde entier, des gens se mettent ensemble pour parler, réfléchir, éduquer, éclairer.

Je forme le vœu que ces jeunes ne soient jamais oubliés, que des partis politiques, des rues et des places portent leurs noms, leurs prénoms, que dans un siècle on sache que c’est à partir du 22 juillet 2011 que le monde aura changé, que les hommes se seront mis ensemble pour avancer et pour s’aimer.

« Amis bien-aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douée. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour et l’amitié et la persuasion.

Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.

Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui : je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »

Julos Beaucarne, après la mort de sa femme.

Source : Sabine Aussenac, Le Post, 22 juillet 2011.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 juillet 2011


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Sabine Aussenac, écrivaine, poète et journaliste



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  • Attentats en Norvège - Un étalage malsain
    (1/1) 27 juillet 2011 , par Marc Simard, professeur d’histoire au collège François-Xavier-Garneau





  • Attentats en Norvège - Un étalage malsain
    27 juillet 2011 , par Marc Simard, professeur d’histoire au collège François-Xavier-Garneau   [retour au début des forums]

    Vendredi dernier, alors que les informations et les images en provenance de Norvège ont commencé à circuler sur le web et dans les médias, un sentiment de désespoir et d’impuissance m’a envahi, comme à chacune des tueries dont j’ai été témoin indirect depuis de nombreuses années. Pas seulement à cause de la démence du geste et de la souffrance des victimes et de leurs proches, mais aussi parce que je savais que nous aurions à subir collectivement un matraquage médiatique centré sur la personne du tueur avec photographies, témoignages et documents à l’appui.

    Comme à chacune des fois précédentes, je me suis demandé pourquoi les médias fournissent autant de publicité gratuite à un déséquilibré dont c’est précisément une des motivations principales : faire parler de lui et de ses idées et voir sa face d’illuminé révélée au monde entier.

    Un tel geste devrait être l’occasion pour les médias sérieux et responsables de s’interroger sur leurs pratiques en la matière, sur quatre points précis.

    D’abord, il m’apparaît malsain de publier toutes les photos disponibles de l’halluciné, y compris celles où il endosse son uniforme d’opérette et où il brandit fièrement son arme. Pour une majorité de citoyens, ces images n’auront pas d’autre effet que de satisfaire leur curiosité (malsaine’) ou de susciter une certaine répulsion. Mais elles alimenteront malheureusement les délires des psychopathes en herbe et susciteront vraisemblablement des vocations. Une photo passeport au maximum.

    De même, pourquoi nommer le meurtrier’ En effet, la simple publication de ses initiales et la mention de sa nationalité seraient largement suffisantes et le priveraient de la notoriété à laquelle il aspire.

    De plus, pourquoi publier des extraits de son indigeste galimatias, qui n’a aucune valeur intellectuelle ou même historique’ Un court résumé des motifs absurdes qu’il invoque dépasse déjà largement l’espace auquel l’indigence de sa pensée devrait lui donner droit.

    Enfin, et c’est probablement le plus important, on devrait s’abstenir de ressusciter, à chaque massacre, les auteurs des hécatombes du passé en mentionnant leurs noms et en exhumant leurs photos des archives, où elles devraient se racornir à jamais. Ces bouchers ne sont pas des héros et encore moins des modèles. Qu’on n’ignore ni les gestes ni les victimes, mais qu’on relègue leurs auteurs aux oubliettes de l’histoire. C’est le châtiment le plus approprié (et d’une certaine façon le plus cruel) qu’on puisse leur infliger !

    Les professionnels de l’information devraient centrer leur attention sur les témoignages, les réactions de la population, les analyses des spécialistes et les réponses des autorités. Et laisser aux chacals et aux bouffe-merde les divagations du détraqué et son entreprise d’autopromotion.

    On rétorquera qu’il en va du droit du public à l’information, mais cet argument est un peu court. Qu’on me permette de douter que la photo d’un clown dans un costume d’Halloween constitue une information. Il ne s’agit pas de censure, mais de responsabilisation. Outre la concurrence des médias rivaux, la publication de toutes ces informations est-elle nécessaire ou même utile et n’est-elle pas, dans une certaine mesure, néfaste ? Voilà la question.

    Cyberpresse, opinions.


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