| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






mardi 27 juin 2006

L’envergure de la traite à des fins de prostitution

par Richard Poulin, sociologue






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Des militantes et militants pro-prostitution menacent des survivantes pour les faire taire
Prostitution - La Loi sur la protection des collectivités et des victimes d’exploitation, deux ans plus tard, qu’en-est-il ?
Le prostitueur moderne et sa nounou queer
Aidez-nous à éradiquer la prostitution au Canada
Euro 2016 - Le prix d’une passe n’est pas celui que tu crois
Abolition de la GPA et de la prostitution, même combat contre le patriarcat
Les droits des femmes bafoués, les corps marchandisés
Non au système prostitutionnel ! Une analyse féministe et abolitionniste du système prostitutionnel
Prostitution : L’Assemblée nationale française fidèle à ses convictions
Claudine Legardinier - Prostitution : une guerre contre les femmes
France - Les inégalités femmes-hommes au Sénat font obstruction à la sanction des clients de la prostitution !
Offrir aux hommes handicapés de recourir à la prostitution, une idée ancrée dans la misogynie et le validisme
Lettre ouverte à rabble.ca - La journaliste Meghan Murphy visée par une campagne misogyne du lobby de l’industrie du sexe
Grand Prix de Montréal - La CSN demande l’application de la nouvelle loi fédérale pour contrer la prostitution
Comment la pornographie influence les jeunes consommateurs
"Le commerce du sexe", un film d’Ève Lamont
Réglementer la pornographie ou criminaliser les pornocrates ?
Corps disloqués, âmes brisées : conséquences psychiques et physiques de la prostitution sur les personnes qui la vivent
Prostitution - L’approche de “réduction des méfaits” ne suffit pas pour une analyse pertinente de la prostitution
« Ni client, ni complice ! » - La CLES lance un appel à lutter contre la banalisation de l’exploitation sexuelle
Pénalisation du client de la prostitution ? Les belles histoires de Tonton Robert
Non, Messieurs, la plupart des personnes prostituées ne le sont pas par choix
Le manifeste des 343 bites tellement légères qu’elles se dressent à l’insu de leur cerveau
La cruelle chosification des femmes prostituées et des mères porteuses
Catharine A. MacKinnon - Traite, prostitution, inégalité
Prostitution - Sanctionner les clients et non les prostituées
Prostitution des jeunes - La trahison des adultes
Décriminaliser la prostitution ne peut pas être la solution
Prostitution : une affaire d’hommes ou la fraternité "des salauds"
Loi sur la prostitution en France - « Je ne veux pas d’une société où les femmes ont un prix »
Janice G. Raymond – Prostitution : "Pas un choix, pas un travail"
Elisabeth Badinter et Irène Théry ou la caution intellectuelle du système patriarcal
Les femmes étrangères rêveraient-elles de devenir "putes" ?
Prostitution - La stigmatisation et le mythe entourant le statut de victime
Abolition de la prostitution en France - Le principe est acquis, place à la loi !
Comprendre la prostitution dans l’ensemble des structures de pouvoir fondées sur le genre
L’Irlande pourrait interdire l’achat de sexe
Le prostitueur, "chaînon manquant" de la question prostitutionnelle, selon Victor Malarek
La prostitution, sexualisation du pouvoir
La France envisagerait des sanctions "pédagogiques" pour les prostitueurs
Le Canada ne peut traiter la prostitution comme un filet de sécurité sociale
Les "femmes de réconfort" étaient nécessaires pour maintenir la discipline dans l’armée, selon le maire d’Osaka
Prostitueurs et non-prostitueurs, une étude de Mélissa Farley
Bienvenue dans le monde des prostitueurs
Prostitution - Rendre tabou la notion de victime pour masquer l’existence d’agresseurs
Prostitution en Grande-Bretagne - Un bien étrange syndicat au service des proxénètes
Prostitution et mariage : une assimilation douteuse
La prostitution, le STRASS et la sénatrice - La pertinence de la transparence
Au delà des mythes, légaliser la prostitution est une très mauvaise idée
La Suède malmène l’industrie du sexe et aide les femmes prostituées
Les prostitueurs. Sexe à vendre… Les hommes qui achètent du sexe, un livre de Victor Malarek
"Angel" : Piégée dans un monde de prostitution et de violence
L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi
"Les criminelles" : individualisation et romantisation de la prostitution
Des spécialistes en santé veulent aider les femmes à sortir de l’industrie du sexe… en faisant échec aux prostitueurs
L’Islande songe à interdire la porno diffusée sur Internet
En studio avec Ruth ! "Je crois sincèrement que la traite humaine et la prostitution fonctionnent de pair"
Catalogne - La loi et l’ordre des proxénètes
Qui estime vraiment les personnes prostituées ?
En studio avec Ruth ! "La prostitution est un grand enjeu politique"
L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) et l’Alliance canadienne féministe pour l’action internationale (FAFIA) répondent au rapport Oppal sur les femmes disparues
Colombie-Britannique - L’égalité des femmes et le contexte socio-économique absents du rapport Oppal sur les femmes disparues
Prostitution - Les “progressistes” australiens oscillent entre l’industrie du sexe et les droits des femmes
Prostitution - Le refus d’abolir le système prostitueur est une atteinte aux droits humains
Fantine ou la liberté de se prostituer ?
Première rencontre de l’Association internationale des survivantes unies de la traite à des fins sexuelles (prostitution)
Prostitution - Pourquoi il faut mettre fin à une des plus anciennes violations des droits humains
Carton rouge pour les bordels à vitrine
Prostitution - La réduction des méfaits est-elle ce que nous pouvons faire de mieux pour les personnes prostituées ?
Un traité féministe international pour abolir la prostitution
Prostitution - Coup de tampon réglementariste !
Prostitution et séropositivité - Le Gouvernement grec arrête et emprisonne des femmes pour protéger les hommes
Manifeste contre le système prostitueur
Prostitution en France - Lettre ouverte à M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre
1946-2012 : De la fermeture des maisons closes à la lutte contre le système prostitueur, les abolitionnistes portent progrès et liberté !
Prostitution - Gloria Steinem appuie le modèle nordique
Solidarité avec les prostituées, mais lutte contre la prostitution
Comparaison entre acheteurs et non-acheteurs de sexe dans la région de Boston
8 mars 2012 : Pas d’égalité sans abolition de la prostitution !
La danse contact ou "lap-dance", prologue de la prostitution
Fiers d’aller aux danseuses ! Vraiment ?
Abolitionnistes du système prostitueur : ce que nous sommes, ce que nous voulons !
Les Néerlandais commencent à regretter la légalisation de la prostitution
Prostitution et faux-semblants : une affaire de société, de femmes et d’hommes
Pourquoi la gauche veut-elle faire de la prostitution "un métier comme un autre" ?
Prostitution et "slutwalk" - Bâtir un mouvement féministe progressiste à l’époque individualiste
Prostitution - Il faut rendre illégal l’achat de "services" sexuels en Australie
Le mouvement des femmes n’est pas monochromatique
ZéroMacho - Des hommes contre la prostitution
Prostitution et domination masculine
La vérité sur l’esclavage sexuel planétaire, un livre de Lydia Cacho
Votre voisin est un prostitueur - Une nouvelle recherche
J’ai rien vu
Abolition n’est pas prohibition - Pourquoi la défense de l’avortement diffère de la défense de la prostitution
Prostitution et traite des femmes - Le projet abolitionniste au congrès Mondes des femmes 2011
Congrès international Mondes des femmes 2011 - Compte-rendu des échanges sur l’abolition de la prostitution à l’exposition "Les draps parlent"
Banalisation de l’industrie du sexe et éducation des jeunes
Nous devons sanctionner les acheteurs de la prostitution
Des députés proposent une résolution sur la prostitution réaffirmant la position abolitionniste de la France
Dix raisons de ne pas légaliser la prostitution
Demi Moore s’associe au CNN Freedom Project pour un documentaire saisissant sur le commerce sexuel au Népal
Client de la prostitution : vers une prise de conscience européenne
Lutter pour faire de la prostitution un travail, c’est se tromper de combat
Prostitution et traite des êtres humains, controverses et enjeux
Le système de la prostitution militaire en Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines
Les pratiques des hommes "clients" de la prostitution : influences et orientations pour le travail social
La prostitution comme violence contre les femmes
Le système prostitutionnel, un pilier de l’inégalité sexuelle et des violences envers les femmes
Clients de la prostitution : un "droit de l’homme" heureusement en péril
Prostitution as violence against women
Prostitution - Vive le sexe libre et gratuit !
France - La prostitution n’est pas une fatalité
"Il faut punir les clients des prostituées", selon Roselyne Bachelot. Oui... et dépénaliser les personnes prostituées !
Belgique - Analyse « Prostitution : arguments et opinions »
Prostitution - Le débat entre féministes se poursuit
Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale - Inscription
La tolérance sociale, complice de la violence et de l’exploitation sexuelle
Traite des femmes à des fins sexuelles - Au cœur des réseaux criminels : l’exemple de l’Albanie
S’unir contre la banalisation de la prostitution - Un défi pour la décennie
Moi, si j’étais un homme
Prostitution et traite des êtres humains - Les mensonges du réglementarisme
La députée bloquiste Maria Mourani présente un projet de loi pour accélérer la lutte à la traite des personnes et au proxénétisme
La prostitution menace le patrimoine humain
La série "Maison close" : de la fiction à la réalité
C’est un métier, tout comme le vôtre…
Décriminaliser totalement la prostitution sape le travail pour l’égalité des sexes - Exigeons le changement
"Abolir la prostitution" – Une question en suspens pour le féminisme et pour la gauche
Pays-bas : infirmières ou prostituées ?
Madame Parité commence fort en renvoyant les femmes… au bordel !
Le sexe s’invite à la Coupe du Monde
Feu « Verts » au proxénétisme !
Plus de pornographie à l’Assemblée nationale, mais des assises de la prostitution au Sénat
"Travailleurs du sexe", un documentaire sexiste, réactionnaire et dangereux
Le Mouvement du Nid-France louera un mini-car pour faire visiter les maisons closes
Pour un quartier assiégé, la prostitution est loin d’être un "crime sans victime"
De client prostitueur à homme responsable : une démarche nécessaire
Le "client", premier agent de la prostitution
Proxénétisme et prostitution - Lettre ouverte aux candidat-e-s aux élections européennes de juin 2009
Poser les bases d’une Europe sans prostitution, c’est oser
Le tourisme de prostitution, une industrie mondialisée florissante
Prostitution : la grande promo
Première Journée mondiale contre l’exploitation sexuelle : les raisons d’un engagement
Prostitution et traite des êtres humains, enjeux nationaux et internationaux
Le vagin industriel. Vers une économie politique du sexe commercial mondialisée
S’attaquer au trafic mondial du sexe
Intégrisme islamique et esclavage sexuel en Iran
Le corps des femmes est attaqué. Que fait-on ? On se tient debout et on riposte !
Libre disposition de son corps et liberté de se prostituer
Le refus de la prostitution gagne du terrain
La mode hypersexualisée s’inspire de la pornographie
Le "droit de prostituer" n’est pas un droit de l’homme
"Abolition de la prostitution" - Édito Revue Labrys
Affaire Sneep aux Pays-Bas - Condamnation de deux proxénètes qui ont exploité et maltraité 120 filles de l’Europe du Sud et de l’Est
Le commerce du sexe est florissant en Afghanistan
Sexe et Formule 1
Dossier prostitution - Importants développements à l’échelle internationale
Prostitution - Touche pas à mon client ?
Le Conseil National des Femmes du Luxembourg (CNFL) se prononce en faveur d’une législation agissant directement sur la demande de "services sexuels"
Affaire Spitzer - Le mythe du crime sans victimes
Le Mouvement du Nid inquiet de plusieurs mesures de la politique française sur la prostitution
Le Forum de Vienne sur la traite des êtres humains reste sourd aux voix des victimes
Une politique cohérente contre la violence à l’égard des femmes doit commencer par s’attaquer à la prostitution
Prostitution - À Alger comme en Europe, on esclavagise les femmes
Manifeste des hommes pour l’abolition de la prostitution (Espagne)
Pornographie et fin de la masculinité
Pornographie : "Ça fait mal, tellement mal" ou pourquoi certaines femmes ne veulent pas savoir
Prostitution : les limites du consentement
Prostitution et traite des femmes au Nevada
« Être abolitionniste, c’est défendre la liberté sexuelle ! »
"Rent-A-Wife", c’est discriminatoire !
Après des décennies, les secrets des bordels des camps nazis émergent
Une association féministe espagnole conteste l’expression "travailleuse du sexe"
Le Mouvement du Nid face aux clients prostitueurs
Première Journée mondiale pour un tourisme responsable et respectueux, le 2 juin 2007
Richard Poulin parle de son dernier livre "Abolir la prostitution" - Interview par Sporenda
Police, Justice et acteurs sociaux, quelle coopération ?
Réflexions sur les meurtres de femmes prostituées au Royaume-Uni
Prostitution - Trois femmes et un débat
Déchirées par la guerre, les femmes d’Irak sont la cible des trafiquants du sexe
La prostitution n’est pas un service comme un autre
Entretien avec Coline Serreau sur le film Chaos
Qu’est-ce que la libération ? Le féminisme hier, aujourd’hui et demain
Quand le porno impose sa vision de la sexualité
La prostitution, une arme politique
Prostitution : tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir et qui existe quand même !
La liberté dévoyée
Mondialisation, militarisme et trafic sexuel
Pour que la porno recule
Marchandisation et déshumanisation : l’exemple de la prostitution
Richard Poulin lance un manifeste abolitionniste
Prostitution en Allemagne : Déclaration post-Coupe Mondiale de Football
Prostitution Reform - Stamp out sexual slavery (Angleterre)
La prostitution au XVIIIe siècle, pierre d’achoppement entre politiques locales et pouvoir royal
Campagne contre la traite des blanches de l’Europe de l’Est
Prostitution : les pièges du pragmatisme
L’âge du consentement sexuel à 16 ans : un pis-aller ?
Prostitution : cherchez le client
Enjeux de la prostitution considérée comme "travail du sexe"
Les filles de l’Est
Violence pro-prostitution à la Maison des femmes de Paris
Le discours pro-prostitution : une rhétorique de dominant
"Survivantes" et féministes contre la prostitution
Clients de la prostitution : motivations et déterminants
La législation à l’encontre des prostituées au XVIIIe siècle
Une politique cohérente contre la violence faite aux femmes doit d’abord s’attaquer à la prostitution
La nouvelle industrie du sexe
"Terre promise", un film d’Amos Gitaï sur la traite des femmes
Prostitution : une arme de destruction massive
"Les clients de la prostitution : l’enquête", de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama
Les Philippines contre le trafic sexuel
"Inside deep throat", contribution à la liberté sexuelle ?
La prostitution au XVIIIe siècle : introduction à une liberté superficielle
Femmes à vendre dans les pays baltes
Prostitution et Société No 150
Acheter du sexe n’est pas un sport
Une loi qui jetterait les femmes dans l’industrie du sexe
Casino de Hull - Des "playmates" de Playboy pour faire la promotion des nouvelles machines à sous
Ni coupables, ni victimes : libres ? Oui, libres de toute prostitution
Le système de la prostitution : une violence à l’encontre des femmes
La marchandisation du corps humain est une violation des droits fondamentaux de la personne
Le système de la prostitution au Cambodge : le témoignage de Somaly Mam
Le Mouvement du Nid
Le Mouvement du Nid - Documents sur la prostitution
La banalisation de la prostitution : des choses à savoir
L’Association canadienne des centres contre les agressions sexuelles réclame des politiques contre le commerce du sexe
16 journées d’actions citoyennes pour dire "Non aux violences à l’égard des femmes et à la prostitution ! Oui à la promotion de la dignité humaine !"
Prostitution et travail « invisible » : une assimilation dangereuse
Le risque global d’être convertie en marchandise
Gunilla Ekberg : « Le mieux que nous puissions faire pour nos soeurs prostituées, c’est de les aider à en sortir. »
Prostitution, pornographie et trafic des femmes
Sexe, argent et intégrisme postmoderne
Les politiques européennes et internationales sur la traite des êtres humains encouragent le proxénétisme
Quinze thèses sur le capitalisme et le système prostitutionnel mondial
Le chemin de Buenos Aires : la prostitution, hier et aujourd’hui
Prostitution,
la mondialisation incarnée

Mondialisation des industries du sexe : oppression maximale des femmes et des enfants du Sud, de l’Est, du Sud-Est, etc...
L’hypocrisie a-t-elle un sexe ? Ou comment masquer l’insoutenable réalité de la prostitution
L’importance de ne pas censurer le débat sur la prostitution
Viol et prostitution
Esclavage et prostitution
Journée de formation sur la mondialisation de la prostitution et du trafic sexuel - Documents
Les jeunes et l’industrie du sexe
La marchandisation du sexe : nouvel esclavagisme ?
Le "libre choix" en Allemagne : accepter de se prostituer ou perdre son allocation de chômage ?
La croissance effrénée des industries du sexe : entrevue avec Richard Poulin
Aux pays des tsunamis, le trafic sexuel sévit
Le modèle suédois : une source d’inspiration, non une panacée
Une étude dresse le portrait des prostitueurs ou clients de la prostitution
Prostitution : La nouvelle traite des Noirs
« La mondialisation des industries du sexe » : des faits aux valeurs
Décriminaliser la prostitution a profité aux proxénètes, pas aux personnes prostituées
Occupations militaires - La prostitution érigée en système
Le scandale de l’esclavage sexuel au Kosovo
« Les Yeux secs » et la caméra citoyenne de Narjiss Nejjar
Rapport sur les conséquences de l’industrie du sexe dans l’Union européenne
L’érotisation de la violence et de la subordination
Prostitution : réflexions d’un militant en colère
Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, esclavage, travail forcé, trafic de personnes
Pacte du silence sur les clients de la prostitution
Le débat sur la prostitution : quelle libération sexuelle ?
Des questions à se poser sur la prostitution
Fabrication d’un nouveau mythe sur la prostitution
L’urgence est-elle de faire de la prostitution un métier ?
Je voudrais parler porno
La légalisation de la prostitution, une expérience qui a échoué en Australie
Prostitution, pornographie et capital
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) appelle à la reconnaissance de l’industrie du sexe
Prostitution, trafic sexuel et mondialisation
On s’arrache les actions du premier bordel inscrit en bourse
Il faut stigmatiser le client... il est criminel
La tyrannie du nouvel ordre sexuel
Adulte ou infantile, la prostitution est le contraire de l’autonomie sexuelle
Les enjeux occultés de la prostitution et les conséquences sur les rapports hommes-femmes
Le trafic mondial des femmes et des enfants
Des proxénètes à l’Université ?
La mondialisation des marchés du sexe - I
La mondialisation des marchés du sexe - II
Combattre le système prostitutionnel
Sexe : de l’intimité au « travail sexuel » ou prostituer est-il un droit humain ?
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) appelle à la reconnaissance de l’industrie du sexe. Commentaire.
Pour une critique de la politique pro-prostitution de Cabiria
Prostitution : droits des femmes ou droit aux femmes ?
Faut-il une autorisation pour parler de la prostitution ?
« Le corps est un nouvel instrument d’esclavage » Florence Montreynaud
« La prostitution, ce n’est pas le plus vieux métier du monde, c’est le plus vieux mensonge » (Gunilla Ekberg)
L’idéologie sexiste et la pornographie
Femmes esclaves des bordels du Bangladesh







Dans les réseaux féministes, le débat sur l’envergure de la traite des femmes et des enfants à des fins de prostitution fait surface périodiquement. Des partisan-es de la prostitution comme "travail du sexe" mettent en doute les chiffres avancés par des organisations internationales. Récemment, Nicole Nepton, directrice de Cybersolidaires et des porte-parole de Stella ont contesté les données relatives à ce problème. Richard Poulin, dont les travaux citent souvent les chiffres contestés, répond aux propos des contestataires tout en élargissant la perspective.

Contrairement aux conservateurs, les partisan-es du « travail du sexe » refusent, à juste titre, la criminalisation des personnes prostituées. En cela, ils rejoignent la position abolitionniste. Toutefois, l’opposition à la traite des êtres humains à des fins de prostitution de la part des abolitionnistes est considérée comme une atteinte au droit à la migration des « travailleuses du sexe » qui ont choisi d’exercer ce « travail » à l’étranger. D’où une contestation marquée des données internationales qui estiment l’ampleur de cette traite à plusieurs millions par année. Comme les États réglementaristes, les partisans de la réduction de la prostitution à un « travail » comme un autre considèrent qu’il y a traite des êtres humains uniquement lorsque son caractère est « criminel », c’est-à-dire illégal. La traite légale n’est pas, de leur point de vue, une traite. Autrement dit, une personne qui sait qu’elle sera prostituée dans le pays de destination n’est pas victime d’une traite, même si elle est lourdement « endettée » auprès des trafiquants et des proxénètes et qu’elle doit par conséquent multiplier les passes sans en toucher quelque revenu que ce soit.

Dans ses interventions récentes au sein des réseaux féministes, Nicole Nepton remet en cause l’un des chiffres qui circule depuis quelques années, celui qui estime à quatre millions chaque année le nombre des victimes de la traite des êtres humains, en prétendant que la source du FUNAP (Fond des Nations Unies pour la population) n’est pas valable parce que, entre autres, elle ne définit pas adéquatement la traite. Une telle accusation va de soi pour tout partisan de la prostitution en tant que travail puisque, dans son esprit, seule la traite à des fins de prostitution « forcée » existe en tant que traite.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) affirme, en 2001, qu’environ quatre millions de personnes dans le monde sont victimes de la traite. L’OIM est particulièrement active dans ce dossier. Elle est même en première ligne dans de nombreuses régions de monde. C’est l’organisation qui a le mandat de mettre sur pied des services de retour pour les personnes victimes de la traite internationale et de sensibiliser dans les différents pays « émetteurs » la population aux risques de ladite traite. Le Conseil économique et social des Nations Unies reprend à son compte la même estimation dans un Rapport présenté par la Rapporteuse spéciale, Mme Gabriela Rodríguez Pizarro (E/CN.4/2001/83). L’Office des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime (ONUDC) estime que, dans la décennie quatre-vingt-dix, il y a eu dans en Asie du Sud-Est 33 millions de personnes victimes de la traite des êtres humains, soit 3,3 millions de personnes en moyenne par année pour cette seule région du monde.

Aujourd’hui, les différentes sources gouvernementales et internationales évaluent le nombre des victimes de la traite d’êtres humains dans le monde par année entre 700 000 et quatre millions de personnes. L’estimation la plus prudente et conservatrice est celle du Département d’État américain qui, clairement, souligne qu’il ne tient pas compte de la traite intérieure dans les pays, laquelle est évaluée à des millions de personnes par année. On sait, par exemple, qu’en Thaïlande il y a une importante traite interne des femmes et fillettes du nord vers le sud du pays.

Un rapport daté de 2005 de l’Organisation internationale du travail (OIT) - une organisation favorable à la reconnaissance de la prostitution comme travail du sexe - sur les profits engendrés par la prostitution, la traite et le travail « forcés » évaluent à plus d’un million chaque année le nombre de personnes victimes de la traite « forcée ». Même en ne considérant pas l’ensemble de la traite qu’elle réduit à son seul aspect « forcé », l’enquête réalisée pour l’OIT indique que la traite est un phénomène de masse qui affecte plus d’un million de personnes par année.

Les écarts entre les différentes estimations sont liés au système d’évaluation adopté ainsi qu’à la prise en considération de la traite interne et de la traite internationale ou encore à une définition de la traite limitée (« forcée ») ou étendue (tant « forcée » que « non forcée »). Si la complexité du phénomène rend difficile de le chiffrer, son ampleur n’en reste pas moins édifiante.

Les partisan-es de la prostitution comme travail ne disent rien, par ailleurs, de l’estimation de l’Unicef qui évalue, en 2004, à 1,2 million le nombre d’enfants victimes de la traite chaque année. Cette estimation n’est contestée par personne. Si cette donnée non contestée est fondée, et cela semble être le cas, évidemment la traite globale des êtres humains à des fins de prostitution est plus élevée que celle des seuls enfants. Il faut signaler ici que, pour les différentes organisations internationales, y compris celles favorables à la réglementation de la prostitution, la traite des enfants est, par définition, « forcée », puisque la notion de consentement ne peut s’y appliquer.

En 2006, à partir d’une base de données mise en place dans le cadre du programme global sur la traite des êtres humains, qui centralise les informations issues de plus de cinq cents sources, l’ONUDC estime que 92% des personnes victimes de la traite des êtres humains le sont à des fins de prostitution et que 48% des victimes de cette traite sont des enfants. Selon l’OIT, les femmes et les fillettes constituent, en 2005, 98% des personnes victimes de la traite à des fins d’« exploitation sexuelle ». L’ONUDC estime que la traite des êtres humains affecte « des millions de personnes chaque année ». Quasiment aucun pays du monde n’est épargné : l’organisation recense 127 États comme pays d’origine et 137 comme pays de destination.

Quoi qu’il en soit, au-delà des différentes estimations, la prostitution et la traite à des fins de prostitution sont clairement aujourd’hui des industries de masse qui exploitent des millions de femmes et d’enfants, les déplaçant d’un marché à l’autre, en général des endroits les plus pauvres vers les pays moins pauvres et les pays riches.

Surestimation ou sous-estimation ?

Parce qu’ils refusent la distinction prostitution et traite « forcées », prostitution et traite « volontaires », les abolitionnistes sont souvent accusés de noircir la situation et de dramatiser la question. L’une des preuves montée en épingle est leur utilisation d’estimations qui sont nécessairement « exagérées » ou « biaisées » puisqu’elles incluent les personnes prostituées « consentantes ». En insistant sur leur « exagération », on tente de déconsidérer l’ensemble de leur analyse.

Évidemment, lorsque l’on parle d’estimation, on parle d’extrapolation, à partir d’un certain nombre de cas connus. Il y a plusieurs raisons qui expliquent le manque de données fiables sur la traite des femmes et des enfants à des fins de prostitution. Ce sont souvent les mêmes raisons qui expliquent la méconnaissance de l’industrie de la prostitution au niveau national. Cela étant, en examinant ces raisons, peut-être arriverons-nous, contrairement aux partisan-es de la prostitution comme travail, à penser que les estimations « alarmantes » ou « exagérées » des différentes organisations internationales et des abolitionnistes sont des sous-estimations plutôt que des surestimations de la situation.

1° La traite à des fins « d’exploitation sexuelle » est une activité très souvent clandestine et illégale. Il est donc difficile d’obtenir des données en raison même de cette clandestinité.

2° Une partie de la traite est légale. C’est le cas dans les pays qui, comme le Canada, la Suisse, Chypre, la Slovénie, le Japon, la Corée du Sud, la Thaïlande, le Luxembourg, etc., délivrent des dizaines de milliers de visas d’« artiste » par année pour la danse nue et l’industrie du « divertissement » pour hommes. En 2004, les ambassades suisses ont délivré 5 953 visas « L » destinés aux danseuses de cabaret, moyen privilégié des trafiquants proxénètes pour prostituer les femmes. La même année, la Slovénie a délivré 650 visas, dont une grande majorité aux Ukrainiennes. En 2003, le gouvernement japonais a délivré 55 000 visas à des femmes en provenance des Philippines et, en 2004, 71 084. Plusieurs pays des Caraïbes, dont Sainte-Lucie, les Bahamas, la Jamaïque, le Surinam, délivrent des visas à des « danseuses » pour qu’elles puissent œuvrer dans l’industrie du « divertissement » pour hommes. C’est également le cas des Antilles néerlandaises où la prostitution est réglementée, notamment St. Marteen, Curaçao et Bonaire. Ces personnes ne sont pas comptabilisées dans les statistiques officielles de la traite des êtres humains puisque c’est une activité légale et, par conséquent, elle n’est pas considérée comme faisant partie de la traite des êtres humains qui est, elle, une activité criminelle !

3° Les victimes de la traite à des fins de prostitution sont peu disposées à se rapporter aux autorités du pays de destination et de transit ou sont incapables de le faire par intimidation ou par crainte de représailles ; elles ont également peur de l’expulsion du pays.

4° Combattre la traite des femmes et des enfants à des fins de prostitution n’est pas une des priorités des gouvernements. En conséquence, la recherche dans le domaine n’est pas non plus une priorité. En outre, il y a des gouvernements qui encouragent cette traite à des fins de prostitution. Un exemple parmi d’autres : Le Guide de voyage pour femmes, publié par la GTZ, un organisme technique dépendant du ministère fédéral de la Coopération du gouvernement allemand, donne des conseils aux femmes pour passer les frontières sans problème afin d’intégrer l’industrie de la prostitution.

5° Il y a de nombreux pays qui n’ont pas de lois contre la traite des êtres humains. Il n’y a donc aucune comptabilisation nationale.

6° Enfin, ces données sont l’objet d’enjeux politiques. Pour de nombreuses organisations ainsi que pour les gouvernements réglementaristes, lorsque la traite à des fins « d’exploitation sexuelle » est considérée comme « volontaire », ladite traite n’en est plus une. Ces organisations minimisent donc systématiquement l’importance du phénomène.

Révisionnisme et négationnisme

Du point de vue des partisans de la prostitution en tant que travail, il existe à côté de la prostitution « forcée » qui est, elle, insupportable et constitue une violation des droits humains, une prostitution « volontaire », une prostitution acceptable, respectueuse de l’autonomie des personnes et du droit à disposer de leur corps. Bref, le « droit » d’aliéner son sexe sur le marché de la prostitution fait désormais partie, dans cette ère du capitalisme néolibéral, pour les « souteneurs » de la prostitution en tant que travail, de l’arsenal des droits démocratiques fondamentaux. Il ne s’agit plus de favoriser le « droit » à ne pas être une personne prostituée, mais bien de plaider pour celui à l’être !

La négation de l’ampleur de la traite est étroitement reliée à cette légitimation de la prostitution.

Ce féminisme, d’essence libérale, nommé également par certains « sex-positive », contrairement aux abolitionnistes qui seraient « sex-negative », implique une révision de l’histoire et une négation du caractère structurellement oppressif de la prostitution. Évidemment, si la prostitution est une institution d’oppression des femmes, logiquement, les féministes devraient lutter pour son abolition.

Les exemples récents ne manquent pas en ce qui concerne la révision de l’histoire. Ainsi, l’une des partisanes de la prostitution en tant que travail, Maria Nengeh Mensah, réussit le tour de force dans sa présentation du livre, Dialogues sur la troisième vague féministe (Montréal, Remue-ménage, 2005), de limiter la première vague féministe au mouvement pour le suffrage universel, censurant le fait que cette même vague est à l’origine du mouvement abolitionniste international.

De nouvelles histoires de la prostitution voient le jour : elles réinterprètent cette institution comme un lieu de pouvoir des femmes sur les hommes. Pour tenir un tel discours, il faut systématiquement omettre l’analyse de la prostitution des enfants. Qui pourrait soutenir sans ciller que la prostitution est un lieu de pouvoir des fillettes sur les hommes ? Certains l’ont pourtant déjà fait. Ainsi, au début du XXe siècle, médecins et juristes, qui espéraient l’adoption par le monde entier du système réglementariste, ont convenu à Vienne, haut lieu de la prostitution juvénile, que la fillette exerçait dans la prostitution une séduction propre à l’éternel féminin - ce qu’aujourd’hui certains nomment le « pouvoir sexuel » ou l’empowerment des filles. La pornographie de l’époque, notamment Les mémoires de Joséphine Mutzenbaker (1906), a relayé cette idée, qui est largement présente dans la pornographie contemporaine.

Cette nouvelle « histoire » procède également à une négation de l’existence de la « traite des blanches » ravalée au rang de mythe. Cette traite « fantasmagorique » aurait permis aux abolitionnistes au tournant du XXe siècle de marquer des points dans leur campagne contre la prostitution des femmes. Par conséquent, la nouvelle « histoire » soutient que, depuis plus d’un siècle, les abolitionnistes créent des légendes pour rallier les gouvernements à leur cause. Il n’y aurait pas eu de « traite des blanches » tout simplement parce que les jeunes femmes prostituées déplacées d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre étaient « consentantes ». Or, étrangement, ce « consentement » était acquis particulièrement chez les groupes les plus vulnérables, notamment chez les juives d’Europe orientale qui ont été les proies les plus nombreuses de cette traite. La traite d’aujourd’hui affecte également de façon disproportionnée les femmes et les enfants de minorités ethniques et nationales victimes de discrimination. Le « consentement » semble être essentiellement le fait des femmes les plus précarisées et pauvres.

Prostitution et oppression

Qu’elle soit féminine - fillettes, jeunes filles ou femmes de tous âges - ou masculine - garçons, adolescents, jeunes hommes, travestis, transsexuels -, la prostitution est une institution sociale à l’usage quasi exclusif des hommes. Elle est une industrie essentiellement vouée au plaisir des hommes et à la démonstration de leur supériorité.

Cette industrie offre dans des lieux réglementés ou non un étalage où chaque prostitueur peut faire son choix. Certains, dans leur véhicule, tournent plusieurs fois dans les rues d’un quartier pour jauger de la « marchandise », d’autres se promènent en guignant les femmes en vitrine. Plusieurs assis confortablement dans un bordel ou un club karaoké voient des jeunes femmes défiler devant eux et choisissent le numéro, qui leur convient, accroché au bustier ou sur le maillot de bain. Pour beaucoup de prostitueurs, l’essentiel du plaisir est précisément celui de reluquer, de flairer, de sélectionner et, en définitive, de savoir que « toute cette chair disponible et offerte » est pour eux. Ces hommes, confortés dans leur supériorité humaine, sont enchantés qu’une multitude de femmes jeunes, moins jeunes et très jeunes ou de garçons et d’hommes « féminisés » soient potentiellement à leur service, que l’usage de leur corps soit monnayable. Ils se sentent par conséquent tout-puissants ; ils sont des « dieux », comme le signalent les publicités faisant la promotion du tourisme sexuel en Amérique centrale et aux Caraïbes. Cette toute-puissance, qui est liée à leur pouvoir monétaire, si faible soit-il, est en quelque sorte prouvée non seulement dans l’acte prostitutionnel lui-même, mais également par l’existence même de la prostitution.

Pour ces hommes, les femmes « se livrent » à la prostitution : ce sont des « filles de joie », des femmes de « réconfort », des « filles publiques », un « repos du guerrier », un loisir, une récréation. Elles sont des personnes dominées par leur sexe, des femmes « folles de leur corps », qui ont « choisi » d’être ce qu’elles sont et qui se plaisent dans la prostitution. Ce qui prouve qu’elles leur sont inférieures. Celui qui donne l’argent a un avantage constant sur celui qui donne la marchandise, « ce qui accorde à l’homme une formidable prépondérance » dans la prostitution, arguait Georg Simmel. L’argent est le nœud des choses ; il lie et soumet la personne prostituée au prostitueur, rendant le rapport impersonnel, réifié, et conférant une position de suprématie à celui qui paye. Ce que Françoise Héritier résume par cette formule : « Ce paiement-là n’est pas acte de liberté : il signifie affranchissement de l’homme et asservissement de la femme. »

Le paiement de l’acte sexuel dédouane le prostitueur : la rétribution implique la fin de la responsabilité du payeur et son transfert sur la personne qui perçoit la somme d’argent. Cette dernière est par conséquent la « fautive ». Dans la prostitution, le prostitueur ne recherche pas la réciprocité. Le plaisir mâle est unidirectionnel. C’est précisément la subordination des corps féminins et féminisés qui est source de plaisir.

En général, l’argument que la légalisation ou la décriminalisation est bénéfique aux personnes prostitutées n’est qu’un artifice. On n’a beau prétendre que c’est pour les personnes prostituées que l’on défend la légalisation de la prostitution - jamais les gouvernements qui ont légalisé la prostitution l’ont fait au nom d’arguments favorables aux prostitueurs ou aux proxénètes -, en fait, les raisons sont d’un tout autre ordre : il semble normal à certains qu’une partie de l’humanité soit au service sexuel d’une autre partie de l’humanité. Il leur semble également naturel que l’argent puisse acheter n’importe quoi ou n’importe qui et permettre l’imposition des désirs de celui qui paye à la personne qui est payée.

Le système de la prostitution est une manifestation particulièrement significative de la domination des hommes comme sexe dans la société marchande. La marchandise n’est pas qu’une « chose », même si elle en prend l’apparence, elle est fondamentalement un rapport social. La transformation d’un être humain en marchandise prostitutionnelle signifie non seulement son objectivation ou sa chosification, mais également son inscription dans des rapports de soumission sexiste et de subordination marchande. Comme dans tout rapport de domination, les personnes dominées et exploitées développent des formes de résistance, des stratégies de survie et d’amélioration de leur sort, etc. L’objectivation sexuelle prostitutionnelle n’éradique pas les capacités d’opposition du sujet - la personne prostituée - qui, par définition, est pensant et agissant, mais elle lui impose un cadre social oppressif qui peut et doit être aboli.

Post-scriptum

À écouter les critiques des partisans du « travail du sexe », les abolitionnistes ne tiendraient pas compte de la parole des personnes prostituées. Est-ce vraiment le cas ? D’après la plus récente menée enquête par Farley et Lynne (dans Not for sale, 2004), 95% des personnes prostituées à Vancouver veulent quitter la prostitution. La recherche de Farley et de Lynne a également mis en évidence les besoins immédiats des femmes prostituées en majorité autochtone (52%) à Vancouver. Quelque 82% d’entre elles ont souligné avoir besoin d’un traitement en désintoxication (drogue ou alcool), 66% d’un logement ou d’un lieu sécuritaire, 67% d’une formation professionnelle, 41% de soins médicaux, 49% de cours d’autodéfense, 58% de services de counselling, 33% d’assistance juridique, 12% de services de garde d’enfants et 4% d’un service de protection physique contre les proxénètes. Seulement, 32% d’entre elles se prononçaient pour la légalisation ou la décriminalisation totale de la prostitution. Malgré une importante propagande en faveur de ces options politiques, notamment par les organisations non gouvernementales qui interviennent auprès des personnes prostituées dans le cadre de la prévention des infections sexuellement transmissibles, 68% des personnes prostituées de Vancouver ne voient pas dans la légalisation ou la décriminalisation de la prostitution une solution à leurs problèmes, y compris ceux qui relèvent de leur sécurité physique et sexuelle. Rappelons que c’est dans cette ville que le nombre de personnes prostituées disparues et assassinées est le plus élevé au Canada. Les questions de sécurité y sont donc très importantes, malgré cela, la légalisation ou la décriminalisation totale de la prostitution ne semble pas, aux yeux de la majorité des principales concernées, la solution. Si Nicole Nepton, Stella et autres partisan-es de la prostitution comme travail sont honnêtes en prétendant écouter et relayer la parole des personnes prostituées, alors comment se fait-il qu’elles ne reprennent pas ladite parole ?

- Lire également l’article lié à celui-ci : « Enjeux de la prostitution considérée comme travail du sexe ».

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 juin 2006.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Richard Poulin, sociologue


Sociologue, l’auteur est professeur titulaire à l’université d’Ottawa et associé à l’Institut d’études et de recherches féministes de l’UQÀM, auteur de plusieurs ouvrages sur la prostitution et la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle dont : Enfances dévastées, l’enfer de la prostitution (Ottawa, L’Interligne, 2007), Abolir la prostitution. Manifeste (éditions Sisyphe, Montréal 2006), co-auteur avec Yanick Dulong de Les meurtres en série et de masse, dynamique sociale et politique (éditions Sisyphe, 2009), La mondialisation des industries du sexe (Ottawa, L’Interligne 2004 et Paris, Imago, 2005), et il a coordonné le numéro d’Alternatives Sud, Prostitution, la mondialisation incarnée (Paris, Cetri et Syllepse, vol. XII, n° 3, 2005). Voir plus d’information sur les publications de l’auteur sur le site du Département de sociologie, Université d’Ottawa.



Plan-Liens Forum

  • > L’envergure de la traite à des fins de prostitution
    (1/1) 25 juin 2006 , par





  • > L’envergure de la traite à des fins de prostitution
    25 juin 2006 , par   [retour au début des forums]

    Je voudrais mettre un bémol quant au "dieu-client" :
    les "clients" sont des personnes incapables d’être bien dans leurs relations à autrui et forcément dans leur sexualité. La société leur offre de payer pour "jouer à la sexualité" et ,comme nous sommes dans une pathologie, le jeu est en accord avec ces pathologies : toute la mésestime de lui -même, la haine de lui-même rejailli sur le prostitué pour qui c’est le "rôle" de faire croire à l’illusion de la domination du client. Le client paye pour jouer au dominant, persuadé qu’être dominant est la bonne manière d’être.

    C’est l’exploitation de l’incapacité totale de "l’homme-client" à être bien dans ses relations avec autrui, avec sa sexualité, incapacité, souffrance auxquelles la société donne pour réponse une mise en scène (avec costumes, décors...) où la personne en souffrance est réduite à une sorte de "spectateur-interactif" payant pour participer à l’aggravation de sa souffrance (la prostitution ne résolvant rien chez les clients mais, par voie d’illusion, renforce l’impuissance quand à la capacité d’évoluer vers un mieux être avec autrui !).

    De fait, l’existence de la prostitution entretient la croyance en la satisfaction d’être dominant, entretient les pathologies.

    Je dirais qu’au moins le prostitué est obligé de participer à cette misérable mascarade, le client, lui, paye pour partciper à la mise en scène de sa propre misère.

    • > L’envergure de la traite à des fins de prostitution
      28 juin 2006 , par
        [retour au début des forums]

      >>Les "clients" sont des personnes incapables d’être bien dans leurs relations à autrui et forcément dans leur sexualité.

      Réduire les clients de la prostitution à des handicapés relationnels mals dans leurs peaux est simpliste et inexact .

      >>Le client paye pour jouer au dominant, persuadé qu’être dominant est la bonne manière d’être.

      Le client paye pour assouvir un besoin physiologique et/ou pour son plaisir .
      Tout simplement .
      Je pense que vous mesestimez complètement l’intensité du plaisir sexuel masculin .
      Ce faisant vous sortez ce concept alambiqué .

      >>et ,comme nous sommes dans une pathologie

      Voila le denouement de votre raisonnement bizare : Etre un homme est une maladie !!!!
      Je pense qu’il est urgent pour vous de reconsidérer vos arguments .

      [Répondre à ce message]

      • Homme n’est pas synonyme de prostitueur
        29 juin 2006 , par
          [retour au début des forums]

        Allons donc, essayez-vous de nous faire croire que la sexualité masculine est telle que les hommes sont incapables de nouer des relations normales avec des femmes, en s’engageant dans une relation qui a plus qu’une dimension génitale ?

        Il est urgent pour vous de nous informer mieux et de réfléchir sur la nature et le sens de la sexualité humaine.

        Si les hommes vont voir des prostituées parce que leur sexualité soi-disant irrépressive les y pousse, comment expliquez-vous que la majorité des hommes (79%) ne soient pas des prostitueurs ? La majorité des hommes seraient anormaux, ils refouleraient leur sexualité ? Ces hommes - la majorité - n’aurait pas de plaisir sexuel intense ?

        Si vous vous informez un peu, en écoutant parler les prostitueurs justement, vous constaterez que le recours à la prostitution n’a rien de sexuel dans bien des cas, il relève d’un besoin de dominer, de soumettre, de chosifier. Et parfois, de la haine des femmes ou misogynie.

        Laissez donc de côté la mythologie du XIXe siècle.

        [Répondre à ce message]

        • > Homme est synonyme de prostitueur
          30 juin 2006 , par
            [retour au début des forums]

          >>Allons donc, essayez-vous de nous faire croire que la sexualité masculine est telle que les hommes sont incapables de nouer des relations normales avec des femmes, en s’engageant dans une relation qui a plus qu’une dimension génitale ?
          Les hommes sont évidemment capables de sentiments .

          L’un n’empêche pas l’autre .
          Mais, à votre avis, combien de femmes se sont faites avoir en écoutant les belles paroles d’hommes peu scrupuleux qui ne croyaient
          pas un mot de ce qu’ils disaient ?
          Dans quel but ces hommes là mentent ils ? Pour dominer ou pour assouvir un besoin sexuel ?

          >>Il est urgent pour vous de nous informer mieux et de réfléchir sur la nature et le sens de la sexualité humaine.

          La sexualité humaine, pourvu qu’elle implique des adultes consentants, peut être de toutes natures et avoir tous les sens (et réciproquement).

          >>La majorité des hommes seraient anormaux, ils refouleraient leur sexualité ?

          Parceque la majorité de hommes ont une sexualité satisfaisante .
          Si ce n’est pas le cas, il existe des tas de dérivatifs comme la pornographie .
          Ou alors ils sont tout simplement frustrés .
          De plus, avoir recours à une prostituée est un terrible aveu d’échec pour un homme .
          Il n’est pas facile de franchir le pas .

          >>il relève d’un besoin de dominer, de soumettre, de chosifier.

          Il existe effectivement des hommes qui ont de gros problèmes relationels, existentiels et sociaux .
          Mais je persiste à dire que les raisons du recours à la prostitution sont bien plus simples et prosaïques => la recherche du plaisir et faire
          cesser la frustration provoquée par une abstinence prolongée .
          D’ailleurs si le but des prostitueurs étaient de dominer et de chosifier, comment se fait il qu’au 19eme siècle la prostitution existait alors que la
          soumission de la femme à l’homme était inscrite dans la loi (code Napoléon) ???

          [Répondre à ce message]

          • > Homme est synonyme de prostitueur
            14 août 2007 , par
              [retour au début des forums]

            ’’la recherche du plaisir et faire cesser la frustration provoquée par une abstinence prolongée’’

            Il serait utile de s’informer sur la question des clients en lisant les enquetes sociologiques qui leur ont ete consacrees, plutot que de recycler des mythes ecules comme vous le faites.
            Non, les clients ne sont pas en majorite des celibataires, infirmes, abstinents sans acces aux femmes autre que la prostitution.
            Il y a parmi eux une forte proportion d’hommes vivant en couple, comme dans l’ensemble de la population.
            Ce qui les distingue, c’est qu’ils pensent tous qu’il est normal que les hommes traitent les femmes comme des marchandises, de meme que la seule chose qui distinguait les esclavagistes d’autrefois, c’est leur croyance au droit des blancs de traiter les noirs comme des marchandises.
            Sans vouloir abuser de cette comparaison avec l’esclavage, je cite pour conclure cette phrase d’un historien a propos de l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis ’’l’esclavage fait du blanc le plus pauvre un seigneur’’par rapport aux noirs.
            De meme, la prostitution fait de tout homme un seigneur par rapport aux femmes, car chaque acte prostitutionnel est une reaffirmation/reactualisation de la domination masculine. A noter aussi que la traite des esclaves a ete condamnee et abolie bien avant l’esclavage lui meme.

            [Répondre à ce message]


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2006
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin