| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






lundi 8 septembre 2008

Le "droit de prostituer" n’est pas un droit de l’homme

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Le prostitueur moderne et sa nounou queer
Aidez-nous à éradiquer la prostitution au Canada
Euro 2016 - Le prix d’une passe n’est pas celui que tu crois
Abolition de la GPA et de la prostitution, même combat contre le patriarcat
Les droits des femmes bafoués, les corps marchandisés
Non au système prostitutionnel ! Une analyse féministe et abolitionniste du système prostitutionnel
Prostitution : L’Assemblée nationale française fidèle à ses convictions
Claudine Legardinier - Prostitution : une guerre contre les femmes
France - Les inégalités femmes-hommes au Sénat font obstruction à la sanction des clients de la prostitution !
Offrir aux hommes handicapés de recourir à la prostitution, une idée ancrée dans la misogynie et le validisme
Lettre ouverte à rabble.ca - La journaliste Meghan Murphy visée par une campagne misogyne du lobby de l’industrie du sexe
Grand Prix de Montréal - La CSN demande l’application de la nouvelle loi fédérale pour contrer la prostitution
Comment la pornographie influence les jeunes consommateurs
"Le commerce du sexe", un film d’Ève Lamont
Réglementer la pornographie ou criminaliser les pornocrates ?
Corps disloqués, âmes brisées : conséquences psychiques et physiques de la prostitution sur les personnes qui la vivent
Prostitution - L’approche de “réduction des méfaits” ne suffit pas pour une analyse pertinente de la prostitution
« Ni client, ni complice ! » - La CLES lance un appel à lutter contre la banalisation de l’exploitation sexuelle
Pénalisation du client de la prostitution ? Les belles histoires de Tonton Robert
Non, Messieurs, la plupart des personnes prostituées ne le sont pas par choix
Le manifeste des 343 bites tellement légères qu’elles se dressent à l’insu de leur cerveau
La cruelle chosification des femmes prostituées et des mères porteuses
Catharine A. MacKinnon - Traite, prostitution, inégalité
Prostitution - Sanctionner les clients et non les prostituées
Prostitution des jeunes - La trahison des adultes
Décriminaliser la prostitution ne peut pas être la solution
Prostitution : une affaire d’hommes ou la fraternité "des salauds"
Loi sur la prostitution en France - « Je ne veux pas d’une société où les femmes ont un prix »
Janice G. Raymond – Prostitution : "Pas un choix, pas un travail"
Elisabeth Badinter et Irène Théry ou la caution intellectuelle du système patriarcal
Les femmes étrangères rêveraient-elles de devenir "putes" ?
Prostitution - La stigmatisation et le mythe entourant le statut de victime
Abolition de la prostitution en France - Le principe est acquis, place à la loi !
Comprendre la prostitution dans l’ensemble des structures de pouvoir fondées sur le genre
L’Irlande pourrait interdire l’achat de sexe
Le prostitueur, "chaînon manquant" de la question prostitutionnelle, selon Victor Malarek
La prostitution, sexualisation du pouvoir
La France envisagerait des sanctions "pédagogiques" pour les prostitueurs
Le Canada ne peut traiter la prostitution comme un filet de sécurité sociale
Les "femmes de réconfort" étaient nécessaires pour maintenir la discipline dans l’armée, selon le maire d’Osaka
Prostitueurs et non-prostitueurs, une étude de Mélissa Farley
Bienvenue dans le monde des prostitueurs
Prostitution - Rendre tabou la notion de victime pour masquer l’existence d’agresseurs
Prostitution en Grande-Bretagne - Un bien étrange syndicat au service des proxénètes
Prostitution et mariage : une assimilation douteuse
La prostitution, le STRASS et la sénatrice - La pertinence de la transparence
Au delà des mythes, légaliser la prostitution est une très mauvaise idée
La Suède malmène l’industrie du sexe et aide les femmes prostituées
Les prostitueurs. Sexe à vendre… Les hommes qui achètent du sexe, un livre de Victor Malarek
"Angel" : Piégée dans un monde de prostitution et de violence
L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi
"Les criminelles" : individualisation et romantisation de la prostitution
Des spécialistes en santé veulent aider les femmes à sortir de l’industrie du sexe… en faisant échec aux prostitueurs
L’Islande songe à interdire la porno diffusée sur Internet
En studio avec Ruth ! "Je crois sincèrement que la traite humaine et la prostitution fonctionnent de pair"
Catalogne - La loi et l’ordre des proxénètes
Qui estime vraiment les personnes prostituées ?
En studio avec Ruth ! "La prostitution est un grand enjeu politique"
L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) et l’Alliance canadienne féministe pour l’action internationale (FAFIA) répondent au rapport Oppal sur les femmes disparues
Colombie-Britannique - L’égalité des femmes et le contexte socio-économique absents du rapport Oppal sur les femmes disparues
Prostitution - Les “progressistes” australiens oscillent entre l’industrie du sexe et les droits des femmes
Prostitution - Le refus d’abolir le système prostitueur est une atteinte aux droits humains
Fantine ou la liberté de se prostituer ?
Première rencontre de l’Association internationale des survivantes unies de la traite à des fins sexuelles (prostitution)
Prostitution - Pourquoi il faut mettre fin à une des plus anciennes violations des droits humains
Carton rouge pour les bordels à vitrine
Prostitution - La réduction des méfaits est-elle ce que nous pouvons faire de mieux pour les personnes prostituées ?
Un traité féministe international pour abolir la prostitution
Prostitution - Coup de tampon réglementariste !
Prostitution et séropositivité - Le Gouvernement grec arrête et emprisonne des femmes pour protéger les hommes
Manifeste contre le système prostitueur
Prostitution en France - Lettre ouverte à M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre
1946-2012 : De la fermeture des maisons closes à la lutte contre le système prostitueur, les abolitionnistes portent progrès et liberté !
Prostitution - Gloria Steinem appuie le modèle nordique
Solidarité avec les prostituées, mais lutte contre la prostitution
Comparaison entre acheteurs et non-acheteurs de sexe dans la région de Boston
8 mars 2012 : Pas d’égalité sans abolition de la prostitution !
La danse contact ou "lap-dance", prologue de la prostitution
Fiers d’aller aux danseuses ! Vraiment ?
Abolitionnistes du système prostitueur : ce que nous sommes, ce que nous voulons !
Les Néerlandais commencent à regretter la légalisation de la prostitution
Prostitution et faux-semblants : une affaire de société, de femmes et d’hommes
Pourquoi la gauche veut-elle faire de la prostitution "un métier comme un autre" ?
Prostitution et "slutwalk" - Bâtir un mouvement féministe progressiste à l’époque individualiste
Prostitution - Il faut rendre illégal l’achat de "services" sexuels en Australie
Le mouvement des femmes n’est pas monochromatique
ZéroMacho - Des hommes contre la prostitution
Prostitution et domination masculine
La vérité sur l’esclavage sexuel planétaire, un livre de Lydia Cacho
Votre voisin est un prostitueur - Une nouvelle recherche
J’ai rien vu
Abolition n’est pas prohibition - Pourquoi la défense de l’avortement diffère de la défense de la prostitution
Prostitution et traite des femmes - Le projet abolitionniste au congrès Mondes des femmes 2011
Congrès international Mondes des femmes 2011 - Compte-rendu des échanges sur l’abolition de la prostitution à l’exposition "Les draps parlent"
Banalisation de l’industrie du sexe et éducation des jeunes
Nous devons sanctionner les acheteurs de la prostitution
Des députés proposent une résolution sur la prostitution réaffirmant la position abolitionniste de la France
Dix raisons de ne pas légaliser la prostitution
Demi Moore s’associe au CNN Freedom Project pour un documentaire saisissant sur le commerce sexuel au Népal
Client de la prostitution : vers une prise de conscience européenne
Lutter pour faire de la prostitution un travail, c’est se tromper de combat
Prostitution et traite des êtres humains, controverses et enjeux
Le système de la prostitution militaire en Corée du Sud, en Thaïlande et aux Philippines
Les pratiques des hommes "clients" de la prostitution : influences et orientations pour le travail social
La prostitution comme violence contre les femmes
Le système prostitutionnel, un pilier de l’inégalité sexuelle et des violences envers les femmes
Clients de la prostitution : un "droit de l’homme" heureusement en péril
Prostitution as violence against women
Prostitution - Vive le sexe libre et gratuit !
France - La prostitution n’est pas une fatalité
"Il faut punir les clients des prostituées", selon Roselyne Bachelot. Oui... et dépénaliser les personnes prostituées !
Belgique - Analyse « Prostitution : arguments et opinions »
Prostitution - Le débat entre féministes se poursuit
Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale - Inscription
La tolérance sociale, complice de la violence et de l’exploitation sexuelle
Traite des femmes à des fins sexuelles - Au cœur des réseaux criminels : l’exemple de l’Albanie
S’unir contre la banalisation de la prostitution - Un défi pour la décennie
Moi, si j’étais un homme
Prostitution et traite des êtres humains - Les mensonges du réglementarisme
La députée bloquiste Maria Mourani présente un projet de loi pour accélérer la lutte à la traite des personnes et au proxénétisme
La prostitution menace le patrimoine humain
La série "Maison close" : de la fiction à la réalité
C’est un métier, tout comme le vôtre…
Décriminaliser totalement la prostitution sape le travail pour l’égalité des sexes - Exigeons le changement
"Abolir la prostitution" – Une question en suspens pour le féminisme et pour la gauche
Pays-bas : infirmières ou prostituées ?
Madame Parité commence fort en renvoyant les femmes… au bordel !
Le sexe s’invite à la Coupe du Monde
Feu « Verts » au proxénétisme !
Plus de pornographie à l’Assemblée nationale, mais des assises de la prostitution au Sénat
"Travailleurs du sexe", un documentaire sexiste, réactionnaire et dangereux
Le Mouvement du Nid-France louera un mini-car pour faire visiter les maisons closes
Pour un quartier assiégé, la prostitution est loin d’être un "crime sans victime"
De client prostitueur à homme responsable : une démarche nécessaire
Le "client", premier agent de la prostitution
Proxénétisme et prostitution - Lettre ouverte aux candidat-e-s aux élections européennes de juin 2009
Poser les bases d’une Europe sans prostitution, c’est oser
Le tourisme de prostitution, une industrie mondialisée florissante
Prostitution : la grande promo
Première Journée mondiale contre l’exploitation sexuelle : les raisons d’un engagement
Prostitution et traite des êtres humains, enjeux nationaux et internationaux
Le vagin industriel. Vers une économie politique du sexe commercial mondialisée
S’attaquer au trafic mondial du sexe
Intégrisme islamique et esclavage sexuel en Iran
Le corps des femmes est attaqué. Que fait-on ? On se tient debout et on riposte !
Libre disposition de son corps et liberté de se prostituer
Le refus de la prostitution gagne du terrain
La mode hypersexualisée s’inspire de la pornographie
"Abolition de la prostitution" - Édito Revue Labrys
Affaire Sneep aux Pays-Bas - Condamnation de deux proxénètes qui ont exploité et maltraité 120 filles de l’Europe du Sud et de l’Est
Le commerce du sexe est florissant en Afghanistan
Sexe et Formule 1
Dossier prostitution - Importants développements à l’échelle internationale
Prostitution - Touche pas à mon client ?
Le Conseil National des Femmes du Luxembourg (CNFL) se prononce en faveur d’une législation agissant directement sur la demande de "services sexuels"
Affaire Spitzer - Le mythe du crime sans victimes
Le Mouvement du Nid inquiet de plusieurs mesures de la politique française sur la prostitution
Le Forum de Vienne sur la traite des êtres humains reste sourd aux voix des victimes
Une politique cohérente contre la violence à l’égard des femmes doit commencer par s’attaquer à la prostitution
Prostitution - À Alger comme en Europe, on esclavagise les femmes
Manifeste des hommes pour l’abolition de la prostitution (Espagne)
Pornographie et fin de la masculinité
Pornographie : "Ça fait mal, tellement mal" ou pourquoi certaines femmes ne veulent pas savoir
Prostitution : les limites du consentement
Prostitution et traite des femmes au Nevada
« Être abolitionniste, c’est défendre la liberté sexuelle ! »
"Rent-A-Wife", c’est discriminatoire !
Après des décennies, les secrets des bordels des camps nazis émergent
Une association féministe espagnole conteste l’expression "travailleuse du sexe"
Le Mouvement du Nid face aux clients prostitueurs
Première Journée mondiale pour un tourisme responsable et respectueux, le 2 juin 2007
Richard Poulin parle de son dernier livre "Abolir la prostitution" - Interview par Sporenda
Police, Justice et acteurs sociaux, quelle coopération ?
Réflexions sur les meurtres de femmes prostituées au Royaume-Uni
Prostitution - Trois femmes et un débat
Déchirées par la guerre, les femmes d’Irak sont la cible des trafiquants du sexe
La prostitution n’est pas un service comme un autre
Entretien avec Coline Serreau sur le film Chaos
Qu’est-ce que la libération ? Le féminisme hier, aujourd’hui et demain
Quand le porno impose sa vision de la sexualité
La prostitution, une arme politique
Prostitution : tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir et qui existe quand même !
La liberté dévoyée
Mondialisation, militarisme et trafic sexuel
Pour que la porno recule
Marchandisation et déshumanisation : l’exemple de la prostitution
Richard Poulin lance un manifeste abolitionniste
Prostitution en Allemagne : Déclaration post-Coupe Mondiale de Football
Prostitution Reform - Stamp out sexual slavery (Angleterre)
La prostitution au XVIIIe siècle, pierre d’achoppement entre politiques locales et pouvoir royal
Campagne contre la traite des blanches de l’Europe de l’Est
Prostitution : les pièges du pragmatisme
L’âge du consentement sexuel à 16 ans : un pis-aller ?
Prostitution : cherchez le client
Enjeux de la prostitution considérée comme "travail du sexe"
L’envergure de la traite à des fins de prostitution
Les filles de l’Est
Violence pro-prostitution à la Maison des femmes de Paris
Le discours pro-prostitution : une rhétorique de dominant
"Survivantes" et féministes contre la prostitution
Clients de la prostitution : motivations et déterminants
La législation à l’encontre des prostituées au XVIIIe siècle
Une politique cohérente contre la violence faite aux femmes doit d’abord s’attaquer à la prostitution
La nouvelle industrie du sexe
"Terre promise", un film d’Amos Gitaï sur la traite des femmes
Prostitution : une arme de destruction massive
"Les clients de la prostitution : l’enquête", de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama
Les Philippines contre le trafic sexuel
"Inside deep throat", contribution à la liberté sexuelle ?
La prostitution au XVIIIe siècle : introduction à une liberté superficielle
Femmes à vendre dans les pays baltes
Prostitution et Société No 150
Acheter du sexe n’est pas un sport
Une loi qui jetterait les femmes dans l’industrie du sexe
Casino de Hull - Des "playmates" de Playboy pour faire la promotion des nouvelles machines à sous
Ni coupables, ni victimes : libres ? Oui, libres de toute prostitution
Le système de la prostitution : une violence à l’encontre des femmes
La marchandisation du corps humain est une violation des droits fondamentaux de la personne
Le système de la prostitution au Cambodge : le témoignage de Somaly Mam
Le Mouvement du Nid
Le Mouvement du Nid - Documents sur la prostitution
La banalisation de la prostitution : des choses à savoir
L’Association canadienne des centres contre les agressions sexuelles réclame des politiques contre le commerce du sexe
16 journées d’actions citoyennes pour dire "Non aux violences à l’égard des femmes et à la prostitution ! Oui à la promotion de la dignité humaine !"
Prostitution et travail « invisible » : une assimilation dangereuse
Le risque global d’être convertie en marchandise
Gunilla Ekberg : « Le mieux que nous puissions faire pour nos soeurs prostituées, c’est de les aider à en sortir. »
Prostitution, pornographie et trafic des femmes
Sexe, argent et intégrisme postmoderne
Les politiques européennes et internationales sur la traite des êtres humains encouragent le proxénétisme
Quinze thèses sur le capitalisme et le système prostitutionnel mondial
Le chemin de Buenos Aires : la prostitution, hier et aujourd’hui
Prostitution,
la mondialisation incarnée

Mondialisation des industries du sexe : oppression maximale des femmes et des enfants du Sud, de l’Est, du Sud-Est, etc...
L’hypocrisie a-t-elle un sexe ? Ou comment masquer l’insoutenable réalité de la prostitution
L’importance de ne pas censurer le débat sur la prostitution
Viol et prostitution
Esclavage et prostitution
Journée de formation sur la mondialisation de la prostitution et du trafic sexuel - Documents
Les jeunes et l’industrie du sexe
La marchandisation du sexe : nouvel esclavagisme ?
Le "libre choix" en Allemagne : accepter de se prostituer ou perdre son allocation de chômage ?
La croissance effrénée des industries du sexe : entrevue avec Richard Poulin
Aux pays des tsunamis, le trafic sexuel sévit
Le modèle suédois : une source d’inspiration, non une panacée
Une étude dresse le portrait des prostitueurs ou clients de la prostitution
Prostitution : La nouvelle traite des Noirs
« La mondialisation des industries du sexe » : des faits aux valeurs
Décriminaliser la prostitution a profité aux proxénètes, pas aux personnes prostituées
Occupations militaires - La prostitution érigée en système
Le scandale de l’esclavage sexuel au Kosovo
« Les Yeux secs » et la caméra citoyenne de Narjiss Nejjar
Rapport sur les conséquences de l’industrie du sexe dans l’Union européenne
L’érotisation de la violence et de la subordination
Prostitution : réflexions d’un militant en colère
Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, esclavage, travail forcé, trafic de personnes
Pacte du silence sur les clients de la prostitution
Le débat sur la prostitution : quelle libération sexuelle ?
Des questions à se poser sur la prostitution
Fabrication d’un nouveau mythe sur la prostitution
L’urgence est-elle de faire de la prostitution un métier ?
Je voudrais parler porno
La légalisation de la prostitution, une expérience qui a échoué en Australie
Prostitution, pornographie et capital
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) appelle à la reconnaissance de l’industrie du sexe
Prostitution, trafic sexuel et mondialisation
On s’arrache les actions du premier bordel inscrit en bourse
Il faut stigmatiser le client... il est criminel
La tyrannie du nouvel ordre sexuel
Adulte ou infantile, la prostitution est le contraire de l’autonomie sexuelle
Les enjeux occultés de la prostitution et les conséquences sur les rapports hommes-femmes
Le trafic mondial des femmes et des enfants
Des proxénètes à l’Université ?
La mondialisation des marchés du sexe - I
La mondialisation des marchés du sexe - II
Combattre le système prostitutionnel
Sexe : de l’intimité au « travail sexuel » ou prostituer est-il un droit humain ?
L’Organisation Internationale du Travail (OIT) appelle à la reconnaissance de l’industrie du sexe. Commentaire.
Pour une critique de la politique pro-prostitution de Cabiria
Prostitution : droits des femmes ou droit aux femmes ?
Faut-il une autorisation pour parler de la prostitution ?
« Le corps est un nouvel instrument d’esclavage » Florence Montreynaud
« La prostitution, ce n’est pas le plus vieux métier du monde, c’est le plus vieux mensonge » (Gunilla Ekberg)
L’idéologie sexiste et la pornographie
Femmes esclaves des bordels du Bangladesh







Nous publions ci-dessous une version abrégée d’un article d’Élaine Audet, paru dans l’important dossier sur la prostitution de Labrys, une revue féministe académique et engagée, multidisciplinaire, multilingue, gratuite, publiée deux fois par an depuis 6 ans. On y trouve des articles de Janice Raymond, Sheila Jeffreys, Marie-Victoire Louis, Lyne Kurtzman et Matiada Ngalikpima. (Sisyphe)

Aujourd’hui, beaucoup de progressistes, adversaires du néolibéralisme, réclament la décriminalisation de la prostitution, défendent l’impunité des « clients » et la liberté de vendre et d’acheter l’accès au corps des femmes. Le silence face à la mondialisation de l’esclavage sexuel des femmes et des fillettes laisse la voie libre à l’expansion illimitée des industries du sexe et au renforcement des rapports sexuels de domination qui en sont indissociables. Le patriarcat s’y ressource et y trouve de nouveaux arguments pour perpétuer la subordination des femmes, tout en prétendant que l’égalité entre les sexes est atteinte. On met de l’avant « le droit de SE prostituer », alors qu’il s’agit plutôt du droit des hommes de prostituer des femmes, des enfants et, de plus en plus, des garçons et d’autres hommes qu’on traite comme des femmes.

En Suède, lors de la lutte pour l’abolition de la prostitution à la fin des années ’90, on avait placardé partout des affiches qui, au lieu de montrer l’image habituelle d’une femme aguichante penchée à la fenêtre d’une auto, renversait l’angle de vue en montrant le visage de l’homme qui s’apprête à payer pour violer l’intimité d’une inconnue. J’aimerais, à mon tour, retourner l’objectif vers ces hommes qui trouvent normal de prostituer des êtres humains au nom de leurs prétendus besoins sexuels irrépressibles, vers ces prostitueurs anonymes, invisibles (maris, pères, frères, fils, collègues), sans qui la prostitution n’existerait plus. […]

Ces hommes qui prostituent des femmes

On dispose de bien peu d’études sur les « clients » de la prostitution. Elles constitueraient environ 1 % de toutes les études sur ce sujet (1). C’est la première fois que les hommes, bien qu’au cœur d’un problème, recueillent si peu d’attention, ce qui démontre, en réalité, l’étendue de leur solidarité pour occulter le rôle peu reluisant qu’ils jouent en tant que proxénètes ou prostitueurs. Si le rôle du « client » dans le commerce du sexe a été si rarement abordé, c’est que l’idée fondamentale qu’un groupe de femmes doive être accessible aux besoins sexuels des hommes est demeurée ancrée dans toutes les sociétés patriarcales à travers l’histoire. Ainsi, le « client » est toujours resté anonyme et invisible. La seule image du « client » qui prévaut se construit autour d’une vision de la sexualité masculine biologiquement déterminée à laquelle on ne pourrait rien changer. Cette approche nie le fait que la sexualité est construite socialement et culturellement, et que c’est seulement dans cette perspective qu’elle peut devenir compréhensible et que l’on peut commencer à agir sur elle.

Alors que les premières grandes enquêtes sur la sexualité (Kinsey en 1948, Simon en 1972) établissaient à un sur deux le nombre d’hommes ayant déjà payé pour un acte sexuel, des recherches plus récentes (MacLeod et al, 2008 ; Legardinier et Boumama, 2006 ; Dufour, 2005 ; Månsson, 2002) parlent de 15 à 20 % de la population masculine, entre 35 et 50 ans, la plupart ayant déjà prostitué des femmes avant d’atteindre l’âge de 25 ans.

On remarque que ces hommes regardent régulièrement des vidéos pornographiques, qu’ils ont souvent fait partie des forces armées et que plusieurs ont été agressés physiquement ou sexuellement dans leur enfance. La plupart fréquentent des bordels, salons de massages, agences d’escortes et bars de danseuses nues, plus de la moitié sollicitent des femmes dans la rue et ont recours à la prostitution lors de leurs voyages à l’étranger. L’Internet permet d’observer un maillage de liens homosociaux entre ceux qui fréquentent certains sites pour échanger et se vendre des informations à propos de leurs expériences, leurs contacts et leurs transactions avec les femmes qu’ils prostituent dans leur pays ou à l’étranger. De telles alliances constituent à n’en pas douter un renforcement des privilèges sexistes, qui justifient et banalisent le libre accès aux corps des prostituées.

Les plus ardents défenseurs de la prostitution sont ceux qui valorisent davantage la domination des femmes et qui éprouvent méfiance et ressentiment à leur égard. Il est intéressant de noter que les hommes qui prostituent régulièrement des femmes avouent avoir aussi agressé sexuellement des femmes non-prostituées, alors qu’on retrouve moins souvent une telle incidence chez les « clients » occasionnels de la prostitution.
Les hommes justifient le recours à la prostitution de la même façon qu’ils justifient la violence physique envers les femmes. S’ils les battent, c’est qu’elles l’ont cherché. Ils se justifient également en disant que les femmes qu’ils prostituent s’enrichissent à leurs dépens ou, au pire, qu’elles font simplement un travail déplaisant, mais nécessaire, comme le travail en usine. D’autres invoquent le simple fait d’être des hommes pour justifier leur violence. En battant ou en prostituant les femmes, ils cherchent à restaurer leur domination sur elles. « Les hommes pensent que, s’ils peuvent acheter une femme en prostitution et la traiter comme un objet, ils peuvent faire la même chose à d’autres femmes », reconnaît l’un d’eux (2).
Les « clients » aiment croire que le droit au viol qu’ils achètent est un simple contrat entre adultes consentants. Ils défendent le « droit » des femmes de vendre des services sexuels, transformant ainsi l’institution intrinsèquement nocive de la prostitution en un droit fondamental pour les femmes prostituées. Pourtant, la majorité des femmes prostituées affirment clairement qu’elles préfèrent le « droit » de ne plus être prostituées. Il serait intéressant de voir combien d’entre eux accepteraient que leurs filles soient prostituées.
Ceux qui prostituent des femmes prétendent qu’ils peuvent ainsi apprendre à devenir de meilleurs amants, même si c’est le contraire qui est vrai, puisque les femmes prostituées entraînent les hommes à éjaculer rapidement afin de diminuer le traumatisme provoqué par la pénétration non-désirée de leur corps. Les hommes se font accroire que la moitié des fois, les femmes prostituées réagissent positivement durant la passe, alors que si l’on pose la question à ces dernières, seulement 9% d’entre elles disent avoir éprouvé un sentiment positif (MacLeod et al, 2008).
Dans une enquête sur les « clients » de la prostitution en France, Claudine Legardinier et Saïd Bouamama (3) montrent la responsabilité de ces derniers dans la montée de la traite à des fins de prostitution, du tourisme sexuel, des violences contre les femmes et, surtout, dans le maintien de l’inégalité entre les sexes. Cette enquête remet vigoureusement en question les modèles éducatifs et sociaux de production de la masculinité et de la féminité qui continuent à socialiser différemment les hommes et les femmes, en enseignant aux garçons le refus de toute frustration face à des besoins, qualifiés d’irrépressibles, qui requièrent une satisfaction immédiate, alors qu’on apprend aux filles la nécessité de s’en accommoder.

Les hommes qui prostituent des femmes ont une vision essentiellement mercantile de la sexualité, où le sexe est comparable à un produit de consommation plutôt qu’à une relation intime. Le sexe est avant tout perçu comme une nécessité physique irrésistible. Une telle perception remonte à l’idéologie patriarcale archaïque qui défend la prostitution hétérosexuelle comme un phénomène naturel inévitable. De plus en plus de prostitueurs pensent que les femmes sont responsables de leur propre dépendance à la prostitution. Les exigences féministes d’autonomie et d’égalité vont à l’encontre des fantasmes masculins de domination, du discours pornographique ambiant sur la sexualité et du modèle dominant de masculinité que la société continue à entretenir et à véhiculer.

La plupart des hommes expriment la nostalgie d’une époque disparue où "chacun était à sa place", et la "complémentarité" socialement valorisée. On doit interpréter ces réactions comme l’expression d’un véritable sentiment de perte, qui se traduit par le besoin de compensation ou de défoulement agressif envers les femmes. Dans un tel contexte, le recours à la prostitution constitue une forme de résistance au courant féministe qui a « rendu illégitime l’idée d’inégalité en raison du sexe » et une tentative de restaurer ou renforcer la suprématie masculine sur les femmes.

Dans son livre consacré à la parole de 20 femmes prostituées, l’anthropologue Rose Dufour (4) a aussi recueilli les témoignages de 64 hommes qui prostituent des femmes dans la ville de Québec. La prostitution est légale au Canada, mais la sollicitation pour offrir ou recevoir des services sexuels et les lieux d’exercice de la prostitution sont illégaux. En réalité, peu d’hommes sont poursuivis pour sollicitation ou proxénétisme, comparativement au nombre de femmes qui sont pénalisées, et les lieux de prostitution prolifèrent : agences d’escortes, salons de massages, bars de danseuses nues, et une quarantaine d’appartements utilisés à cet effet, etc. Comme les prostitueurs écossais, français ou suédois, ceux de Québec se considèrent « des bons gars avec des besoins normaux » ! La majorité de ces hommes se disent satisfaits de leur apparence physique et la moitié avoue avoir « une libido supérieure à la normale ». Plus de la moitié, 56%, achètent régulièrement des femmes une fois par semaine, à tous les quinze jours ou une fois par mois

Plusieurs de ces prostitueurs pensent que « si toutes les femmes faisaient attention à leur homme, il n’y aurait pas besoin de prostituées ». Dufour remarque qu’Ils sont très discrets sur les comportements avilissants et violents qu’ils font subir aux femmes prostituées. C’est surtout par les petites annonces des journaux qu’ils les contactent. L’un d’eux qualifie le Journal de Québec de « plus grand pimp » dans cette ville. Internet est aussi un outil important pour la prostitution. Ils pensent que les femmes « font ça pour la drogue », « on leur avance 500 piastres [$] de coke en partant, puis là, les filles sont embarquées dans le système ».

Ils soulignent que ce ne sont pas toutes les femmes qui acceptent la sodomie ou l’éjaculation faciale. Quand elles le font, ils disent qu’elles se dégradent. « Elle n’a plus aucun respect d’elle-même », constatent-ils. Et eux ? Ils ne se posent jamais de questions sur leur propre comportement. Même quand on leur parle des raisons qui amènent une femme à être prostituée, ils continuent à croire que c’est dans leur nature, qu’elles aiment le sexe. Et, pour eux, tout leur est permis, du moment qu’ils paient. Tout au long des entrevues, aucun d’entre eux ne manifeste d’intérêt pour les femmes qu’il prostitue. « C’est purement sexuel », affirment-ils. Quand la chercheuse demande à l’un d’eux s’il a des besoins particuliers de domination, il répond : « Non, non des fellations […], d’après moi, c’est des relations saines que je leur demande. » Le seul fait qui les dérange n’est pas de payer pour prostituer un être humain, mais le prix que cela leur coûte à la longue. Certains d’entre eux évoquent aussi le danger de fréquenter le milieu de la prostitution qu’ils estiment lié aux bandes criminalisées, donc au crime organisé. Une telle recherche confirme l’existence, dans une ville gouvernementale comme Québec, d’un important marché du sexe, très diversifié et accessible.
Le chercheur suédois Sven Axel Månsson (5), l’un des premiers à avoir étudié les motivations des « clients », dégonfle au passage quelques mythes chers aux prostitueurs, dont celui selon lequel la prostitution sauve des couples. Les chiffres montrent au contraire qu’il y a plus de divorces et de ruptures d’unions libres parmi les hommes qui ont des rapports avec les prostituées. Quant au mythe selon lequel la prostitution serait une solution pour les hommes seuls, il y a en réalité davantage d’hommes qui paient pour avoir des relations sexuelles parmi ceux qui ont de nombreuses partenaires sexuelles. Même chose pour le mythe si répandu des hommes qui, par nature, auraient des désirs sexuels irrépressibles. Difficile de défendre encore une telle théorie depuis que les sciences sociales ont démontré que la sexualité, tout autant que la différence des sexes, est socialement construite. On peut en dire autant d’un autre mythe qui a la vie dure, celui de la prostitution comme antidote contre le viol. Pourtant, les recherches les plus récentes démontrent qu’il y a davantage de viols là où la prostitution est légale comme, par exemple, dans l’État du Nevada aux États-Unis qui possède le plus haut taux de viols par rapport aux autres États où la prostitution est illégale (MacLeod et al, 2008).

À mesure que s’intensifient les protestations féministes, les pressions de l’industrie du sexe et des groupes qui en défendent aveuglément les intérêts se font plus fortes dans toutes les instances sociales. On exige de laisser aux lois du marché le soin de réglementer l’offre et la demande de femmes et d’enfants à des fins sexuelles. Dans cette société néolibérale, l’argent seul compte et donne tous les droits. Le rôle des « clients » dans la perpétuation du système prostitutionnel est le secret le mieux gardé. Rien n’est fait pour les responsabiliser. Ils aiment s’imaginer que les femmes se prostituent par goût et par choix et sont horrifiés quand ils découvrent les violences qu’elles ont subies, quand ils entendent qu’elles les haïssent et que seul leur argent les intéresse.
[…]
Dans la majorité des pays, à droite comme à gauche et même au sein du mouvement des femmes, on ne considère pas la prostitution comme un phénomène suffisamment grave pour que son abolition devienne une priorité. La soumission à la violence et à l’esclavage semble être devenue un choix acceptable et plausible conformément aux valeurs sexistes promues par la pornographie et la culture néolibérale pour laquelle seule compte la rentabilité.

Au nom des prétendus besoins sexuels impératifs des hommes, sommes-nous en train d’envisager la prostitution comme un métier acceptable pour les filles ? Va-t-on ajouter aux programmes scolaires des cours d’apprentissage de la prostitution pour enseigner aux femmes à mieux répondre aux fantasmes des « clients », à se transformer en de simples marchandises malléables et interchangeables entre leurs mains, et à satisfaire ainsi aux exigences croissantes d’une industrie mondialisée qui rapporte désormais au crime organisé et aux proxénètes plus que la vente des armes et de la drogue ?

Une telle possibilité n’est peut-être pas si lointaine puisque, avec l’aval de du Service aux collectivités de l’UQAM, Stella, un groupe de Montréal qui travaille auprès des personnes prostituées et qui fait la promotion de la prostitution en tant que travail, a déjà organisé une formation intitulée « Travail du sexe : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir et n’avez jamais osé demander », le 17 novembre 2006, à l’UQÀM. Cette formation s’adressait prioritairement aux groupes de femmes, aux personnes des milieux communautaires, du réseau des services sociaux et de santé, aux services de police (6). Les liens entre l’École de travail social de l’UQÀM et le groupe Stella ne sont pas nouveaux puisque, en 2006, Stella a bénéficié du support logistique de l’UQÀM pour l’organisation du Forum XXX, d’une durée de 4 jours, pour laquelle il s’est vu attribuer une somme de 270 000$ par l’Agence de santé publique du Canada. Les organisatrices de Stella avaient spécifié que ne pouvaient participer à ce Forum que les personnes qui défendaient la prostitution comme profession et sa décriminalisation totale, y compris celle des prostitueurs et des proxénètes (7).

En Suisse, l’intégration sociale de la prostitution est encore plus avancée. Des agences spécialisées en services sexuels cherchent à développer une nouvelle clientèle auprès des personnes handicapées. Ce proxénétisme nouveau genre, déguisé en service de santé, annonce ainsi ses "soins" : "Après évaluation de sa demande, la personne en situation de handicap bénéficie d’un rendez-vous d’une heure, dans un lieu garantissant l’intimité, pour un prix fixe, quelles que soient les attentes" (8). Combien de temps faudra-t-il pour que l’amour ne soit plus qu’un souvenir remplacé par le "droit au plaisir" pour toutes et tous ? À prix fixe et à la carte !

Le droit des femmes de ne pas être prostituées

Au Québec, le Regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) considère que « la prostitution relève de l’exploitation sexuelle des femmes et ne peut, d’aucune manière, être considérée comme un travail légitime ou comme une façon acceptable d’accéder à l’autonomie économique ». Les CALACS et la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), créée en 2005, affirment avec force que la prostitution constitue une forme de violence envers les femmes et une violation des droits humains fondamentaux. Au Canada, des groupes de femmes comme Ex-Prostitutes Against Legislated Sexual Servitude (XPALSS) et l’Aboriginal Women’s Action Network (AWAN), la Canadian Association of Sexual Assault Centres (CASAC). s’opposent à la notion de « travail du sexe », à la légalisation de la prostitution, et à l’ouverture de bordels pour la tenue des Jeux olympiques à Vancouver en 2010.
Les survivantes de la prostitution et celles qui continuent à être prostituées commencent à se regrouper et à créer des lieux où elles peuvent se rencontrer, parler de leur vie et chercher ensemble les moyens de s’en sortir. Il est difficile de briser le silence, dans un milieu où le crime organisé impose sa loi, et de surmonter la peur, la honte et la dissociation émotionnelle dans laquelle les femmes prostituées sont emmurées. « Leur silence, comme celui des femmes battues, ne sauraient être interprété comme un consentement à être prostituées » (9), même si les chantres de la légalisation s’en autorisent pour prétendre parler au nom de toutes. Il faut lire et entendre leurs témoignages pour comprendre à quel point cela peut être insultant et blessant pour elles quand on qualifie leur enfer de simple métier comme un autre :

    Un homme paye pour te pénétrer, et après celui-ci, un autre et encore un autre. Tu te sens réduite à des orifices. Ce n’est pas drôle se faire pénétrer par tant d’hommes, dans le vagin, dans la bouche et l’anus. C’est dégeulasse, son sperme qui coule au coin de ta bouche et qui te donne envie de vomir. Sans égard à toi, ils te pénètrent avec leurs mains, des objets, leur pénis. Parfois, ils t’insultent. Parfois, ils te frappent. En tout temps, tu dois faire semblant de jouir et d’aimer ça. Lui, tu le trouves gentil, parce qu’il ne t’a pas pissé dessus, parce qu’il t’a dit que tu es belle, parce qu’il n’a pas baissé le prix prétextant que tu as des bourrelets. Mais, en même temps, tu le sais qu’il est comme les autres, qu’il paye parce qu’il n’a rien à foutre de toi, parce qu’il paye l’accès à ton corps pour se faire plaisir et que tu dois toujours faire semblant d’aimer ça (10).

    Je suis une ex, j’ai commencé à 13 ans initiée par mon petit ami de 20 ans qui avait besoin d’argent pour sa dope et ses études. En réalité j’ai commencé avant si on compte la fin du primaire où des gars nous obligeaient à leur faire des pipes pour ne pas être autrement "taxées". […] Vous comparez ça avec le travail en usine, le mariage, etc. Déconnage. En usine, vous êtes libre de partir, dans le mariage aussi, le divorce existe mais dans la prostitution, souvent vous n’êtes pas libres parce que votre vie appartient à d’autres ou qu’on vous tient par la drogue ou la menace de violence (11).


Au Québec, il y a un consensus pour que tous les niveaux de gouvernement cessent de traiter les femmes prostituées comme des criminelles et leur fournissent l’accès aux services sanitaires, sociaux, juridiques et policiers qu’elles réclament, à des refuges d’urgence et à des abris à long terme, que les auteurs de violence à leur égard soient poursuivis au criminel, que les policiers soient là pour les protéger et non pour les harceler et leur distribuer des contraventions. Là où il y a débat, c’est sur la décriminalisation tant des « clients » que des proxénètes. Il ne s’agit pas de lutter contre les femmes prostituées, mais contre la prostitution.

Il est impératif de tout mettre en œuvre pour changer les mentalités à long terme, tant chez les hommes que chez les femmes, afin qu’on cesse de banaliser la prostitution comme on le fait présentement, sous prétexte de respecter les libertés sexuelles. Il s’agit de sensibiliser tous les milieux et toutes les couches sociales, en commençant par les jeunes, aux effets néfastes de la prostitution et au fait que cette activité porte atteinte à l’intégrité humaine.

Quoi qu’en disent les groupes réclamant la décriminalisation de la prostitution, celle-ci n’est pas « le plus vieux métier du monde » et n’a pas toujours existée. Les femmes ont, longtemps avant, inventé l’agriculture, et exercé, entre autres métiers, ceux de guérisseuses et de sages-femmes. On fait habituellement remonter l’existence du mariage monogamique et de la prostitution à environ 3000 ans, lors de l’instauration du patriarcat et de la propriété privée qui ont marqué l’appropriation des femmes par les hommes (12). Mais, tout ce qui a un commencement a nécessairement une fin : il est donc possible, contrairement à ce que prétend la propagande sur l’inéluctabilité de la prostitution, d’imaginer un monde où des femmes et des hommes auront fait en sorte que la prostitution n’existe plus.

Lire l’article intégral ici.

Notes
1. PERKINS, Roberta (1991), « Pimps and Patrons : the “Boys” in the Business », Working girls : Prostitutes, their Life and Social Control, Canberra, Australian Institute of Criminology.
2. MACLEOD, Jan, Melissa FARLEY, Lynn ANDERSON, Jacqueline GOLDING (2008). Challenging Men’s Demand for Prostitution in Scotland. A Research Report Based on Interviews with 110 Men Who Bought Women in Prostitution, Glasgow, Women’s Support Project.
3. LEGARDINIER, Claudine et Saïd BOUAMAMA (2006). Les « clients » de la prostitution - l’enquête, Paris, Presses de la Renaissance.
4. DUFOUR, Rose (2004), Je vous salue…Le point zéro de la prostitution, Sainte-Foy, Éditions Multimondes.
5. MÅNSSON, Sven-Axel (2003) (trad. Malka Marcovich), Les pratiques des hommes « clients » de la prostitution : influences : orientations pour le travail social, [site visité le 15 juin 2004].
6. POPOVIC, Ana (2006). L’UQÀM est-elle complice de l’industrie du sexe ?, [site visité le 27 juin 2008].
7. CARRIER, Micheline (2005), $270 000 au groupe Stella pour une rencontre de 4 jours sur le « travail du sexe, Montréal, Sisyphe, le 5 mai 2005, [site visité le 23 mai 2005].
8. SIGNORELL, Mathieu (2008). "Le droit au plaisir", Le Courrier, [site visité le 1er juin 2008],
9. FARLEY, Melissa, Jacqueline LYNNE, & Ann J. COTTON (2005). « Prostitution in Vancouver : Violence and the Colonization of First Nations Women”, Journal of Transcultural Psychiatry, Vol. 42(2).
10. POPOVIC, Ana et Carole LIZÉE (2006). Au-delà du discours sur la prostitution, la vie réelle des femmes prostituées, [site visité le 2 juin 2008].
11. SYLVIANE (2005). ], Toute vérité est bonne à dire : témoignage de Sylviane sur son expérience de la prostitution, [site visité le 2 juin 2008.
12. O’BRIEN, Mary (1987), La dialectique de la reproduction, Montréal, Éditions du remue-ménage.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 11 août 2008.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.


Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
les critiques et se procurer les livres d’Élaine Audet
ICI.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2008
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin