| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






samedi 1er décembre 2012

La laïcité est un outil essentiel qui permet aux femmes de continuer d’avancer

par Christiane Pelchat, déléguée générale du Québec à Mexico






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


La religion à l’école n’est pas un remède à la radicalisation
Projet de loi 62 - Une proposition qui ne permet pas de protéger le droit des femmes à l’égalité
Maroc - Interdiction du burkini et offensives islamistes
Burkini, voile : face aux polémiques et aux impasses, il faut relire Simone de Beauvoir
Le burkini est-il le dernier attentat islamiste en France ?
Soirée de solidarité avec Djemila Benhabib, le 12 septembre à Montréal
De l’emploi du terme "islamophobie"
Rimbaud et le burkini
Athlètes voilées aux JO : un petit pas en avant… ou un grand en arrière ?
Soutien à Djemila Benhabib - La liberté d’expression mise à l’épreuve par l’islam politique
Dénuder une Copte, c’est halal !
Lutte à la radicalisation - De la liberté religieuse à l’extrémisme, il n’y a parfois qu’un pas
La liberté d’expression au Québec, un joyau toujours menacé
Les vœux "pieux" des concepteurs du cours Éducation et Culture religieuse (ÉCR)
Sortir du manichéisme. Des roses et du chocolat
Le ministère de l’Immigration refuse d’entendre l’AQNAL à la commission parlementaire sur le projet de loi 77
L’obscurantisme ou les Lumières : le Québec doit choisir
Quel que soit le rôle de l’impérialisme, le groupe armé État islamique est responsable de ses actes
Vous n’avez pas le monopole de la dignité !
L’ennemi, c’est l’islam politique, pas les musulmans
Motion sur l’islamophobie - L’errance de nos élus
Lettre ouverte à Françoise David : "Vous faites des amalgames inacceptables"
Christine Delphy, la supercherie
"One Law for All" demande au gouvernement britannique une enquête sur les tribunaux islamiques
Les beaux malaises face à l’intégrisme
NOUS sommes en train de nous faire massacrer par VOTRE ennemi secondaire !
L’islamisme radical : l’Ailleurs est ici
Après le massacre à Charlie Hebdo, soutenons ceux qui se battent contre la droite religieuse
Plainte à l’ombudsman de Radio-Canada au sujet de l’émission "Enquête" du 27 novembre 2014
Lettre au premier ministre - M. Couillard, un Québec laïque, ça presse !
La laïcité n’est pas derrière mais devant nous et sa défense est plus que nécessaire
La "communauté musulmane" n’existe pas
Soutenons Louise Mailloux ! Protégeons la liberté d’expression
Radio-Canada RDI manipule l’information en faveur de l’islamisme : un exemple
Je croirai les dirigeants islamistes quand...
Des messagères de l’intégrisme islamique
La FIQ prend position en faveur de la Charte de la laïcité québécoise
FFQ et ÉG du féminisme - L’esprit partisan est-il à l’origine d’attaques virulentes contre des féministes ?
Pour une reconnaissance de la laïcité au Québec - Lancement et causerie chez Olivieri
Comment la laïcité peut changer notre monde
Protection de la laïcité : prière de légiférer !
Prédicateurs islamistes à Montréal - Comment pourrais-je me taire ?
Une intégration réussie, c’est l’adhésion à un socle commun enrichi de diversités culturelles
Laïcité et jugement au Saguenay - Pourquoi pas une prière pour Bernard ?
La prière à Saguenay : quelques mensonges du maire Jean Tremblay
Ni Allah, ni Maître. Entrevue avec la réalisatrice Nadia El Fani
Exposition "Et voilà ! Le voile musulman dévoilé !"
Cessons de nommer "islamophobie" et "blasphème" toute critique de l’islam
Gouvernement Harper - Le Bureau des évangéliques
Le nikab, ce cachot pour femmes
Laïcité et diversité - Les angles morts des paradigmes de lecture de la diversité
Les enjeux du refus de la mixité : le contrôle social des femmes
Le niqab au Tribunal : primauté du droit ou de la religion ?
Canada - Le niqab au Tribunal - Une répétition de l’affaire Personne ?
Plaidoyer en faveur des droits universels - L’universalisme menace-t-il la diversité culturelle ?
Pour une perspective laïque et féministe du monde
L’innocence de l’Occident ou la liberté d’expression menacée
La laïcité est un facteur d’intégration et d’émancipation
La sexualité dans l’islam : une arme politique
La Coalition Laïcité Québec demande aux candidat-es de se prononcer sur la laïcité
Les participantes aux États généraux sur le féminisme demandent d’agir contre les intégrismes religieux
La oumma couve dans le ventre des femmes
Non à la souveraineté multiculturaliste de Québec solidaire
Le niqab devant les tribunaux - Les raisonnements douteux du Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes
Polygamie - La liberté de religion comporte des limites
Charia au Québec - Des propos qui méritent d’être dénoncés
Djemila Benhabib – Une pensée articulée et un ardent plaidoyer contre l’islamisme politique
Paris - L’extrême-droite catholique manifeste contre la christianophobie et les islamistes sont à ses côtés
« Vers l’obscurantisme » islamiste ? La députée Fatima Houda-Pepin s’inquiète pour la Tunisie et, surtout, pour la Libye
Procès de la famille Shafia - La jeune fille de 13 ans était derrière le volant, selon la preuve policière
Une propagandiste de l’islamisme bientôt collaboratrice de Radio-Canada
La laïcité, facteur d’intégration dans la société québécoise
La nécessaire laïcisation de l’éducation au Québec
Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes
Le Mouvement laïque québécois et les symboles religieux autres que chrétiens
La laïcité sans compromis quant aux droits des femmes
La police de Toronto banalise les menaces de mort d’une intégriste islamiste contre Tarek Fatah
Lettre pour la pluralité des voix en matière d’islam et POUR la liberté de conscience !
Motion contre le kirpan - Le Québec et le multiculturalisme
Beaucoup de musulmans tentent de masquer des vérités laides : "Oui, l’islam permet au mari de battre sa femme"
Religion dans les garderies au Québec - Le commerce des petites âmes
Les enjeux de la laïcité selon la revue Spirale. Un dossier à consanguinité élevée !
Déclaration du Manifeste des libertés à propos des récents attentats contre des citoyens de confession chrétienne d’Irak et d’Égypte
Les musulmans du Québec
Prix Droits et Libertés - La Commission des droits de la personne erre plus que jamais
Guy Rocher - La laïcité tout court
La laïcité a-t-elle tué l’athéisme ?
"Une femme en colère", de Wassyla Tamzali
Une femme devenue prêtre
Le respect des convictions, fondement de la neutralité de l’État et de la laïcité
S’opposer à Hassan Al-Banna et aux Frères musulmans ne constitue pas du racisme
Vatican - Silences déplorables, condamnations impitoyables
Les adieux au cardinal Ouellet - Le « sacré » peut-il tout excuser ?
L’Afeas prend position pour une Charte de la laïcité, un système de santé public et des soins palliatifs accessibles
Jugement Dugré - Le cours Éthique et culture religieuse devant la Cour supérieure
Phyllis Lambert et Serge Joyal défendent les Frères Musulmans au détriment de la liberté
Jugement sur le cours Éthique et de culture religieuse - Au royaume de la confusion
La protection juridique de la laïcité : essentielle au maintien de la cohésion sociale
Cours Éthique et culture religieuse - L’éthique, la culture et le juge
Cours d’éthique et de culture religieuse - La Cour supérieure du Québec exempte le collège privé Loyola
L’intégrisme religieux menace-t-il nos droits ?
Colloque Égalité et Laïcité, quelles perspectives ?
Voile intégral en France : un projet de loi d’interdiction totale présenté en mai
Tariq Ramadan et un radicalisme qui ne dit pas son nom
Tariq le terrible
Église catholique - Le mur du silence
Laïcité - Un manifeste tendancieux
Pour un Québec laïque et pluraliste
Laïcité au Québec - Protéger les valeurs fondamentales propres à l’Occident démocratique
Accommodements pour motifs religieux - Où loge l’intolérance ?
Lettre à Télé-Québec au sujet du documentaire "Mes sœurs mulsulmanes"
Québec - Un féminisme de plus en plus gangrené par le relativisme
L’égalité d’abord, la liberté religieuse ensuite
Le manifeste des pluralistes : un manifeste raciste et antiféministe
La France et la burqa - Une audace à saluer
Manifeste pour le respect du principe de l’égalité entre les hommes et les femmes
Écoles privées - Le retour tranquille de la religion
Féministes en mal de laïcité
Interdiction du voile intégral au Canada - Lettre ouverte à Michael Ignatieff, chef du Parti libéral
Quand religion et égalité des femmes font les manchettes
Tolérance ou laïcité
Laïcité au Québec - Le pluralisme comme incantation
Port des signes religieux dans la fonction publique - En réponse au Manifeste pour un Québec pluraliste : Pour une laïcité active et positive
Laïcité – Le pari risqué de Québec solidaire et de la Fédération des femmes du Québec
Demander une charte de la laïcité, c’est faire appel à la conscience individuelle et collective
La laïcité et le voile... Osons dire les vraies choses
La laïcité est une exigence démocratique
Laïcité et droits des femmes : trois questions à Chahla Chafiq
Appel à soutenir le Bureau Laïque International
La présidente de Regards de femmes, Michèle Vianès, a reçu les insignes de la Légion d’Honneur. Son allocution
Projet de loi 16 - La conquête de l’égalité, un vrai rocher de Sisyphe
Projet de loi 16 - La CSN réclame toujours une charte de la laïcité
Projet de loi 16 - Pour la FTQ, ce projet de loi doit être retiré
Le SFPQ demande au gouvernement de surseoir au projet de loi 16 et d’adopter une charte de la laïcité
 Seule une charte de la laïcité permettra de poser les balises des accommodements raisonnables
Les accommodements religieux et le projet de loi 16
Interview avec Djemila Benhabib
Livre : "Ma Vie à contre-Coran", une femme témoigne sur les islamistes
Les femmes se souviennent du rôle répressif de l’Église au Québec
L’angle politique du débat sur la laïcité
Le féminisme vu par Mgr Louis-Adolphe Paquet en 1919
Laïcité et égalité : quel projet pour le Québec ?
Québec - Signes religieux dans les services publics : "La FFQ ne me représente pas"
Vingt ans de combat contre le voile : 1989-2009
Islamisme radical : soutenir une "victime" favorable à l’obscurantisme fanatique ?
La légitimité du féminisme laïque
L’après-discours d’Obama - Les femmes, boucs émissaires
France - Le Collectif pour la promotion de la laïcité veut faire annuler le décret imposé par Nicolas Sarkozy en faveur du Vatican
Nous avions jadis les mêmes ennemis : le patriarcat et les lois divines
Femmes sous lois musulmanes (WLUML) demande la révocation de la Résolution de l’ONU sur "la diffamation des religions"
"Aucune religion ne prône l’égalité entre les hommes et les femmes" - Talisma Nasreen
Une Église machiste et autoritaire
Lettre au président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec
Dieu existe et il est partout
"Ma vie à contre-coran", de Djemila Benhabib
Quand on préfère les cierges aux lumières...
Défendre les droits des femmes face au fondamentalisme religieux : une exigence démocratique
S’indigner au lieu de se résigner devant le fondamentalisme islamiste
Des religions pour quel dialogue ?
Quand la religion freine l’intégration des femmes
Les valeurs communes du Québec : pour les personnes immigrantes seulement ?
Le rapport Bouchard-Taylor est insensible à l’égalité des sexes
L’autodiscrimination, "jackpot" pour les intégristes
Démocratie et égalité des sexes : fine analyse et synthèse remarquable
Création du réseau À HAUTE VOIX pour interpeller les élus
Pourquoi nous ne souhaitons pas la bienvenue au pape
Fanny Truchelut doit être relaxée
Laïcité et résistances démocratiques
L’idée de Dieu est un "produit des faiblesses humaines", la Bible, "plutôt enfantine" (Albert Einstein)
Le corps des femmes, lieu commun
Y aurait-il des femmes plus aptes à la liberté que d’autres ? Réponse à Françoise David
Rapport Bouchard-Taylor - Un rendez-vous manqué pour les femmes
Laïcité et accommodements raisonnables au Québec
Rapport Bouchard-Taylor - L’art "scientifique" de noyer le poisson
Des féministes dans la fosse aux lionnes de la Commission Bouchard-Taylor
L’égalité entre les femmes et les hommes mise entre parenthèses
Un féminisme non interventionniste face à l’extrémisme religieux
La mort d’Aqsa Parvez, attribuée à son père, est le résultat d’un choc culturel
Les lois officielles et les lois du ciel
Accommodements raisonnables. Droit à la différence et non différence des droits
Accommodements et cultures - La laïcité pour éviter la fragmentation de la société
Religions, femmes et fondamentalismes
"Accommodements raisonnables" - Affirmer nos valeurs fondamentales pour mieux vivre la pluralité
Maintenir notre engagement envers toutes les Aqsa Parvez
Les extrémismes religieux et les droits des femmes
ONU - Vers un délit de "diffamation des religions"
Les accommodements religieux - Conflit de droits ou conflit de lois ?
Du voile et du viol
Laïcité : l’école et les enfants d’abord !
Le marketing du voile islamique
Éloge de la lâcheté - Lettre du Conseil du statut de la femme à "La Presse"
Yolande Geadah reçoit le Prix Condorcet 2007 du Mouvement laïque québécois
Conflit de droits : dilemme pour les juges ou simple mécanique juridique ?
Est-ce de l’islamophobie de critiquer l’intégrisme islamiste ?
Les accommodements raisonnables : quoi, comment, jusqu’où ?
La justice à l’épreuve de la diversité culturelle
Projet de loi 195 sur l’identité québécoise, présenté par Pauline Marois à l’Assemblée nationale du Québec
Lapidation de Ghofrane en France
La laïcité est l’affaire des femmes - Appel contre les résolutions de l’ONU sur la "diffamation des religions"
Synthèse des réflexions sur la question des accommodements raisonnables et les différences
Pourquoi l’ajout du droit à l’égalité entre les femmes et les hommes à la Charte québécoise énerve-t-il tant ?
L’affaire Truchelut - "Tu n’es pas maître dans ta maison quand nous y sommes."
Tolérer l’intolérable au nom de la diversité culturelle est une forme de colonialisme
Ayaan Hirsi Ali : l’errance d’une femme qui a osé parler
50 ans de droits des femmes en Europe : Où sommes-nous arrivées ?
Une comparaison réductrice de Christine Delphy
Les "différences culturelles" peuvent-elles excuser le sexisme ?
Le vote à visage découvert
C’est quoi être accommodant et raisonnable ?
La laïcité est l’affaire des femmes - Appel contre les résolutions de l’ONU sur la "diffamation des religions"
"Accommodements raisonnables" - Affirmer nos valeurs fondamentales pour mieux vivre la pluralité
Commission Bouchard-Taylor - Consultation publique sur les pratiques d’accommodement : citoyens et citoyennes pourront choisir entre plusieurs modes de participation
Accommodements pour obligations religieuses - Pour qui ? Pourquoi ?
Pratiques d’accommodements - La Commission Bouchard-Taylor consultera les citoyens et les citoyennes en septembre prochain
Les droits des femmes devant les fondamentalismes religieux
ONU - Vers un délit de "diffamation des religions"
Démocratie et obligations religieuses - L’impasse ?
Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles - Cherchez l’erreur
L’anecdote ou le fait de société
Les accommodants
Renforcer le caractère laïc de nos démocraties
Les limites de la tolérance et de l’accommodement







Christiane Pelchat est co-récipiendaire, avec Caroline Beauchamp, du prix Condorcet-Dessaules 2012. Elle a été présidente du Conseil du statut de la femme du Québec pendant 5 ans et occupe depuis 2011 le poste de Déléguée générale du Québec au Mexique. Le 18 novembre dernier, à la remise du prix par le Mouvement Laïque du Québec, une amie de l’auteure a prononcé en son absence l’allocution ci-dessous préparée par Mme Pelchat.

Je suis très honorée et touchée de recevoir le prix Condorcet-Dessaules décerné par le Mouvement laïque du Québec, avec ma collègue et maintenant amie, Caroline Beauchamp.

D’emblée, j’aimerais dédier ce prix à chacune des membres du Conseil du statut de la femme du Québec qui ont siégé avec moi de 2006 à 2011. Les membres du CSF sont nommées en vertu de la loi du CSF qui prévoit que le gouvernement désigne des femmes qui représentent tous les milieux de notre société : le milieu syndical, le mouvement féministe, le milieu universitaire, le secteur économique en plus des femmes déléguées par les ministères partenaires.

Le rôle des membres est de donner des orientations et d’adopter des recherches, des avis destinés à l’État pour enrayer la discrimination systémique dont sont l’objet les Québécoises encore aujourd’hui. Sans l’inspiration et sans l’appui des membres du CSF, la trilogie portant sur le thème Égalité des femmes et libertés de religion n’aurait pas vu le jour.
Il y a longtemps que le CSF le dit : laïcité rime avec égalité de même qu’égalité rime avec laïcité. Les femmes savent depuis toujours que devant Dieu, les humains ne sont pas tous égaux. En fait, l’existence même du Conseil est due aux demandes des féministes, dont plusieurs suffragettes ayant lutté contre le clergé catholique pour l’obtention du droit de vote. Il n’est pas inutile de le rappeler : le Conseil du statut de la femme est né dans la foulée de la séparation de l’État et du religieux, séparation qui a permis la « libération » de la femme au sens propre.

Dès le premier mois de mon arrivée au Conseil, j’ai été amenée à me pencher sur les menaces au droit des femmes à l’égalité engendrées par les accommodements raisonnables accordés en vertu de la liberté de religion.

Ma réflexion n’était pas complétée et je savais que nous assistions, et ce n’est pas banal de le rappeler, au débat « droits individuels » versus « droits collectifs ». La question qui se posait était de savoir si une personne pouvait refuser de recevoir des services publics rendus par une femme au nom de sa liberté de religion.

Une tendance certaine était en train de se dessiner. Un homme pouvait demander de ne pas être servi par une femme comme examinatrice pour son permis de conduire parce que sa religion l’empêche d’être seul avec elle dans un espace fermé.
De plus en plus, au nom de l’équilibre des droits, de la non-hiérarchisation des droits - et du relativisme culturel -, devions-nous accommoder ces hommes et remplacer la femme par un homme pour donner le service. « Mais qu’est-ce que ça fait ? », entendions-nous de la part d’intellectuels, de députés, de chroniqueurs, pire, de juristes.

Devant les risques d’un retour en arrière et devant l’atteinte aux principes de l’égalité entre les femmes et les hommes, les membres du Conseil m’ont donné le mandat de rédiger un avis pour demander au gouvernement de protéger le droit à l’égalité et le droit à la dignité humaine.

C’est ainsi que la juriste Caroline Beauchamp a été retenue pour rédiger le premier avis du Conseil intitulé Droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et liberté religieuse (Avis sur l’égalité). Nous avons eu aussi le privilège de travailler avec le professeur Henri Brun, constitutionnaliste et expert en interprétation de nos Chartes que je remercie de tout cœur.

J’aimerais rappeler les principaux enjeux de cet avis qui nous ont amenées à la rédaction de l’avis sur la laïcité. Grâce à une analyse historique, sociale et juridique, le Conseil a fait la démonstration que le droit à l’égalité entre les sexes ne peut être compromis au nom de la liberté de religion. Le CSF a expliqué comment la valeur d’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondatrice de notre société et du vivre-ensemble, au même titre que la promotion et la protection du fait français et de la séparation de la religion et l’État.

Nous avons établi que l’égalité entre les femmes et les hommes, valeur et droit collectif, peut être un frein au droit individuel de la liberté de la religion au même titre que la primauté du fait français et la protection de la langue française permettent de limiter la liberté d’expression et d’imposer la fréquentation de l’école en français, d’imposer le français comme langue de travail, langue d’administration publique, et d’obliger l’affichage commercial uniquement en français. Ainsi, l’égalité des femmes ne peut être bafouée par un accommodement raisonnable.

Nous avons donc demandé une modification à la Charte québécoise pour que soit affirmé que l’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale et structurante pour notre société. Comme le dit le professeur Charles Taylor : « L’État est l’expression politique d’un peuple, il doit pouvoir trouver un équilibre entre l’intérêt général et les droits des particuliers. »

Il revient au législateur et au gouvernement d’exprimer la volonté politique du peuple.

C’est ainsi que la ministre de la Condition féminine de l’époque, Christine St-Pierre, a déposé et fait adopter le projet de loi 63 qui, pour la première fois, introduisait le mot « femme » dans la Charte québécoise des droits et libertés par la modification du préambule de la charte.

Aujourd‘hui, son préambule affirme notamment ceci :

Considérant que le respect de la dignité de l‘être humain, l‘égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix.

Et l’article 50.1 a été ajouté afin de préciser que les
« droits et libertés énoncés dans la présente charte sont garantis également aux femmes et aux hommes ».

Nous étions et nous sommes toujours convaincues que ces modifications à notre charte soutiendront la volonté du gouvernement d’interdire une atteinte à l’égalité des sexes par un accommodement raisonnable au nom de la liberté de la religion.

L’avis sur la laïcité a aussi été précédé d’un autre avis touchant l’égalité des femmes, cette fois en regard de la polygamie au Canada. Cet avis, sous la plume de Yolande Geadah, illustre éloquemment combien la polygamie est un système qui avilit les femmes et aussi porte atteinte aux droits des enfants. Cet avis a été déposé à la Cour suprême de la Colombie-Britannique dans le cadre de la requête des mormons pour faire invalider l’interdiction de la polygamie au Canada.

On peut dire que ces deux avis ont mis la table pour le dernier avis sur la question intitulé : Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.
Pour la première fois, dans le contexte québécois, un avis étoffé vient expliciter comment la religion et l’égalité des femmes sont antinomiques. Nous avons repris l’exemple de la conquête du droit de vote des Québécoises pour montrer combien religion et égalité ne font pas bon ménage. La volonté du clergé québécois de garder les femmes dans une situation d’infériorité, de servante de la famille et de les cantonner dans l’espace privé s’est exprimée avec force lors du combat des femmes durant plus de 30 ans pour obtenir le droit de vote. Cet épisode de l’histoire des droits des femmes est encore très frais dans la mémoire de plusieurs femmes et hommes du Québec et traduit éloquemment les résistances auxquelles se butent les femmes qui se battent pour leurs droits.

Nous avons aussi illustré que de tout temps, les trois religions monothéistes basées sur le modèle patriarcal ont - et c’est toujours le cas aujourd’hui - infériorisé les femmes et considéré que le seul rôle de la femme est celui de reproductrice de la race humaine. Même l’ancien président Jimmy Carter, pourtant un baptiste très croyant, affirme que « les religions sont l’une des principales causes des atteintes aux droits des femmes ».

J’aimerais citer un extrait de l’avis du CSF, que je remercie au passage de m’avoir autorisée à citer certains de ses écrits :

« La distinction et la hiérarchisation entre les sexes sont bien présentes dans les trois religions monothéistes. Ce message de l’infériorité des femmes a été transmis à partir des textes fondateurs – la Bible et le Coran – qui ont fait l’objet de multiples interprétations. Ces interprétations portent aussi la trace des connaissances et de la culture de l’époque. On y retrouve entre autres une vision du monde et une représentation du rôle de l’homme et de la femme, en particulier à travers l’image masculine de Dieu, l’interprétation du récit de la création et de celui du péché originel qui marqueront profondément la place et le traitement réservés aux femmes. Le discours religieux demeure incapable de concevoir que l’homme et la femme puissent remplir des fonctions identiques. Les différences biologiques seraient voulues par Dieu, et justifient le maintien de rôles sociaux distincts. Encore en 1988, l’Église catholique définit la femme essentiellement par sa capacité de mettre au monde un enfant.

Dans une lettre rédigée avant qu’il ne devienne pape, le Cardinal Ratzinger mentionnait que la femme, bien qu’égale à l’homme, a un rôle différent et ne peut revendiquer une réelle égalité :
« Une première tendance souligne fortement la condition de subordination de la femme, dans le but de susciter une attitude de contestation.
[…]
La femme garde l’intuition profonde que le meilleur de sa vie est fait d’activités ordonnées à l’éveil de l’autre, à sa croissance, à sa protection, malgré le fait qu’un certain discours féministe revendique les exigences « pour elle-même ».
[…]
[Ce] que l’on nomme « féminité » est plus qu’un simple attribut du sexe féminin. Le mot désigne en effet la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui. »

Nous le savons, aucune religion ne traite les femmes sur le même pied que les hommes. Cette seule démonstration devrait suffire à ce que nous puissions vivre dans une société où la séparation du religieux et de l’État est complétée et où la dignité humaine est reconnue également aux femmes et hommes.

L’avis sur la laïcité demande au gouvernement de modifier la Charte québécoise pour y inclure le principe de laïcité et de ce fait d’évacuer le nouveau concept de laïcité ouverte que nous avons qualifié de laïcité ouverte à l’atteinte aux droits des femmes.

Pour nous, le maintien du statu quo ouvre la porte aux manifestations religieuses sexistes et discriminatoires au sein de l’État. Le statu quo permet aussi une atteinte à la liberté de conscience et aussi à la liberté de religion.

Dans cet avis, nous avons aussi expliqué comment la laïcité ouverte porte atteinte aux valeurs de la société québécoise qui s’affirment et se déploient à travers la politique interculturelle adoptée par le gouvernent depuis les années 1970. La politique interculturelle a été adoptée en réaction à l’adoption par le gouvernement canadien de la politique multiculturelle qui veut que toutes les cultures soient égales au Canada. L’interculturalisme au contraire postule que le Québec est garant de valeurs et de droits collectifs qui rassemblent et favorisent le vivre-ensemble. Ces valeurs que, je le rappelle ici, sont la protection du français comme langue commune, la laïcité et l’égalité entre les femmes et les hommes, ces valeurs, dis-je, sont également réitérées depuis quarante ans par les autorités publiques de toutes tendances politiques.

À l’opposé, la politique du multiculturalisme a pour effet que les humains sont identifiés en fonction de leur rattachement à une culture particulière.

Pour que les valeurs soutenues par la politique interculturelle québécoise soient bien comprises et adoptées par les nouveaux arrivants, le gouvernement a élaboré un contrat moral à leur intention. En effet, depuis 2008, les candidates et candidats à l’immigration doivent signer une déclaration par laquelle ils s’engagent à adhérer aux principales valeurs communes du Québec qui, outre la langue française, sont énoncées ainsi :

« Le Québec est une société libre et démocratique.
Les pouvoirs politiques et religieux au Québec sont séparés.
Le Québec est une société pluraliste.
La société québécoise est basée sur la primauté du droit.
Les femmes et les hommes ont les mêmes droits.
L’exercice des droits et libertés de la personne doit se faire dans le respect de ceux d’autrui et du bien-être général. »

L’État québécois doit parachever la laïcité en marche depuis cinquante ans en enchâssant ce principe dans la Charte québécoise et en se dotant d’une loi déployant cette laïcité. Ce faisant, le gouvernement se donne l’outil pour vraiment protéger l’égalité des femmes, pour protéger la liberté de conscience et de religion et pour donner de la crédibilité au contrat moral qu’il demande aux nouveaux arrivants de signer pour favoriser le vivre- ensemble dans cette société d’accueil.

Les mesures que l’on propose pour donner vie à la laïcité comme mode d‘organisation entre les principes de liberté de conscience, séparation de l’Église et de l’État, d‘égalité entre les citoyennes et citoyens, ne sont pas les seules que devrait prévoir le gouvernement.

Nous souhaitons que soit interdit le port des signes religieux par les fonctionnaires de l’État et nous souhaitons aussi des changements au cours d’Éthique et culture religieuse pour que l’État, enfin, se soustraie de l’enseignement du religieux.

La séparation de l’État et de la religion commande au gouvernement de ne pas s’associer au religieux afin de justement respecter la liberté de conscience et de religion. Accepter que durant leurs heures de travail des fonctionnaires portent des signes religieux, c’est associer l’État au religieux et enfreindre la liberté de religion au même titre que de faire la prière aux conseils de ville, qui a été jugé comme enfreignant la liberté de conscience et religion.

Aussi, pour respecter l’égalité des sexes comme fondement de la justice et de la liberté et de la paix comme le prévoit maintenant la Charte des droits et libertés, nous ne pouvons permettre le port de signes religieux ostentatoires par les fonctionnaires a fortiori s’ils sont eux-mêmes signe de l’infériorité des femmes et qu’ils perpétuent cette infériorisation.

Recevoir un tel prix est un honneur et j’en remercie le Mouvement Laïque du Québec. Je suis très heureuse de le partager aujourd’hui avec Caroline Beauchamp et je tiens à le dédier également aux membres du Conseil du statut de la femme.

Je crois que toutes ces petites pierres que les femmes posent jour après jour, année après année, siècle après siècle, nous ont amenées quand même pas mal loin. La laïcité est un outil essentiel pour permettre aux femmes de continuer d’avancer ici, mais également partout dans le monde. C’est aussi à toutes ces femmes qui luttent ailleurs contre les discriminations, parfois au péril de leur vie, que je dédie ce prix Condorcet-Dessaules.

- Mme Pelchat tient à remercier le Conseil du statut de la femme qui l’a autorisée à utiliser plusieurs extraits de ses documents.

Avis Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle des femmes et des hommes, Conseil du statut de la femme, Gouvernement du Québec, 2011.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 21 novembre 2012


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Christiane Pelchat, déléguée générale du Québec à Mexico



Plan-Liens Forum

  • La laïcité est un outil essentiel qui permet aux femmes de continuer d’avancer
    (1/1) 24 novembre 2012 , par Minona





  • La laïcité est un outil essentiel qui permet aux femmes de continuer d’avancer
    24 novembre 2012 , par Minona   [retour au début des forums]

    On a donné aux convictions religieuses un statut privilégié, comme si elles étaient plus importantes que toute autre type de conviction. C’est au point que l’on permet aux représentants de l’état d’arborer un symbole religieux alors qu’on leur interdit d’afficher leurs convictions politiques.

    Même les enseignants dispensant le cours d’ECR peuvent le faire, alors que le programme du cours mentionne pourtant à trois reprises que l’enseignant a le devoir de ne pas exprimer ses propres convictions religieuses :

    (...)

    Puisque ces disciplines renvoient à des dynamiques personnelles et familiales complexes et parfois délicates, un devoir supplémentaire de réserve et de respect s’impose au personnel enseignant, qui ne doit pas faire valoir ses croyances ni ses points de vue".

    (...)

    Dans ce contexte, il lui faut comprendre l’importance de conserver une distance critique à l’égard de sa propre vision du monde, notamment de ses convictions, de ses valeurs et de ses croyances.

    (...)

    Pour favoriser chez les élèves une réflexion sur des questions éthiques ou une compréhension du phénomène religieux, l’enseignant fait preuve d’un jugement professionnel empreint d’objectivité et d’impartialité. Ainsi, pour ne pas influencer les élèves dans l’élaboration de leur point de vue, il s’abstient de donner le sien."

    https://www7.mels.gouv.qc.ca/DC/ECR/

    Comment un élève, un patient ou une personne recevant un service de l’état peut-il se sentir totalement à l’aise devant un(e) enseignant(e), un membre du personnel hospitalier d’un établissement médical ou un(e) fonctionnaire qui affiche son appartenance à une religion qui, par exemple, condamne l’homosexualité, le sexe hors-mariage, le divorce ou simplement le fait de pratiquer une autre religion ? Comment peuvent-elles être certaines d’être traitées avec impartialité par cette personne ?

    Toutes les personnes pratiquant une même religion n’adhèrent pas nécessairement à l’ensemble des règles de celle-ci mais il est impossible de le savoir en les regardant (ni même en discutant avec elles puisqu’elles ont tout le loisir de mentir). C’est pourquoi l’affichage d’une stricte neutralité religieuse est essentielle dans tout les lieux relevant de l’état.


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2012
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin