| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






jeudi 6 mars 2008

Je suis féministe !

par Cathy Wong, étudiante en droit






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


#8mars - Les "étincelles" de Sophie Grégoire Trudeau
Désolée, vous n’êtes pas égales
Élaine Audet et Micheline Carrier, récipiendaires du Prix PDF QUÉBEC 2016
Vous avez dit "mauvais genre" ?
Lorraine Pagé trace un tableau de la situation des femmes dans le monde
Sexisme politique, sexe social
Révolution féministe : site féministe universaliste et laïc
Il faut abolir les prisons pour femmes
Le féminisme islamique est-il un pseudo-féminisme ?
Pour un féminisme pluriel
Cachez-moi ce vilain féminisme
Féminisme - Le Groupe des treize veut rencontrer la ministre à la Condition féminine Lise Thériault
Combattre le patriarcat pour la dignité des femmes et le salut du monde
Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal
Banaliser la misogynie, c’est dangereux
Féminisme - Faut-il faire le jeu du "Diviser pour régner" ?
Je suis blanche et vous me le reprochez !
La pensée binaire du féminisme intersectionnel ne peut que mener à l’incohérence
Lutter contre la pauvreté des femmes et la violence des hommes envers elles
"Du pain et des roses" - Le 26 mai 1995, une grande aventure débutait
Portrait des Québécoises en 2015 - L’égalité ? Mon œil !
Je plaide pour un féminisme qui n’essaie pas de s’édulcorer
La Maison de Marthe, première récipiendaire du Prix PDF Québec
Ensemble, réussir la 4ième Marche Mondiale des Femmes ! Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous resterons en marche !
Des "Déchaînées" aux genoux du patriarcat !
L’intervention féministe intersectionnelle – Troquer un idéal pour une idéologie trompeuse ?
Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire
Au cœur de la division du mouvement féministe québécois : deux visions
Désaccord sur le virage de la Fédération des femmes du Québec
Féminisme islamique - Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme
États généraux du féminisme - Des sujets importants écartés : "De qui ou de quoi avons-nous peur ?"
PDF Québec est lancé ! - Une voix pour les droits des femmes
États généraux et FFQ - Un féminisme accusateur source de dissension
Ignorer et défendre la domination masculine : le piège de l’intersectionnalité
Comment les hommes peuvent appuyer le féminisme
Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman
Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité
Les micro-identités et le "libre choix" érigé en système menacent les luttes féministes
La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme
L’écriture équitable - La féminisation des textes est un acte politique
Réfutation de mensonges au sujet d’Andrea Dworkin
Une éducation féministe donne de meilleurs fils
"Rien n’a encore pu me détruire" : entretien avec Catharine A. MacKinnon
France - La mainmise des hommes sur le monde de la radio
États généraux sur le féminisme au Québec/FFQ - Des exclusions fondées sur des motifs idéologiques et des faussetés
Le mouvement des « droits des hommes », la CAFE et l’Université de Toronto
Mensonges patriarcaux - Le mouvement des « droits des hommes » et sa misogynie sur nos campus
Féministes, gare à la dépolitisation ! Les féminismes individualiste et postmoderne
"Les femmes de droite", une oeuvre magistrale d’Andrea Dworkin
"Je suis libre", une incantation magique censée nous libérer des structures oppressives
Trans, queers et libéraux font annuler une conférence féministe radicale à Londres
« Le féminisme ou la mort »
"Des paradis vraiment bizarres" - "Reflets dans un œil d’homme ", un essai de Nancy Huston
Quand les stéréotypes contrôlent nos sens
"Agentivité sexuelle" et appropriation des stratégies sexistes
Cessons de dire que les jeunes femmes ne s’identifient pas au féminisme !
Un grand moment de féminisme en milieu universitaire
Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine
Résistance au sexe en contexte hétérosexuel
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
"Heartbreak", une autobiographie d’Andrea Dworkin
Hockey, suicide et construction sociale de la masculinité
Polémique sur l’enseignement du genre dans les manuels scolaires en France
Le "Gender" à l’américaine - Un verbiage qui noie la réalité du pouvoir patriarcal
2011-2015 - Un plan d’action pour un Québec égalitaire
NousFemmes.org
L’égalité inachevée
Journée internationale des femmes 2011 - Briser le silence sur toutes les formes de sexisme
En France et ailleurs, 2010, une mauvaise année pour les femmes
Ce qu’est le féminisme radical
Polygamie - Le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et “racisées” appuie l’avis du CSF
Il y a trois ans, mon cher Léo...
La Fédération des femmes du Québec représente-t-elle toutes les femmes ?
Tout est rentable dans le corps des femmes... pour ceux qui l’exploitent
Incessante tyrannie
Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions
Le "gender gap" dans les Technologies de l’information et de la communication
La Marche mondiale des femmes dix ans plus tard
Azilda Marchand : une Québécoise qui fut de tous les combats pour les femmes !
Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis ?
Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
Regard sur l’égalité entre les femmes et les hommes : où en sommes-nous au Québec ?
Féminisme en ménopause ?
Ce n’est pas la France des NOBELS !
Écarter d’excellentes candidates en médecine ? Inadmissible !
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
La question des privilèges - Le réalisateur Patric Jean répond à des critiques
Lettre à Patric Jean, réalisateur de "La domination masculine", et à bien d’autres...
Une grande féministe, Laurette Chrétien-Sloan, décédée en décembre 2009
Le travail, tant qu’il nous plaira !
Comme une odeur de misogynie
La patineuse
Invasion du sexisme dans un lycée public
Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions
"Toutes et tous ensemble pour les droits des femmes !"
Cent ans d’antiféminisme
MLF : "Antoinette Fouque a un petit côté sectaire"
Des femmes : Une histoire du MLF de 1968 à 2008
Qui est déconnectée ? Réponse à Nathalie Collard
Manifeste du rassemblement pancanadien des jeunes féministes
Pour une Charte des droits des femmes
Andy Srougi perd sa poursuite en diffamation
La lesbienne dans Le Deuxième Sexe
Le livre noir de la condition des femmes
La percée de la mouvance masculiniste en Occident
Procès du féminisme
Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste
Une critique des pages sur le viol du livre "Le Plaisir de tuer"
Mise au point sur la suspension d’un article critiquant le livre du Dr Michel Dubec
Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical
L’égalité des femmes au Québec, loin de la coupe aux lèvres !
Écoféminisme et économie
Poursuite contre Barbara Legault et la revue "À Bâbord !" - Mise à jour
Biographie de Léo Thiers-Vidal
Vivement le temps de prendre son temps !
Séances d’information pour le projet d’une Politique d’égalité à la Ville de Montréal
Florence Montreynaud fait oeuvre d’amour et de mémoire
Magazines pour filles, changement de ton !
Un 30e anniversaire de la JIF sous la fronde conservatrice
L’égalité des femmes au Québec est-elle plus qu’une façade ?
Colloque sur Antigone
Prostitution et trafic sexuel - Dossier principal sur Sisyphe.org
Golf : "Gentlemen only, ladies forbidden" ?
Méchant ressac ou KIA raison ?
Dégénération de "Mes aïeux", un engouement questionnant
Les « Gender Studies », un gruyère confortable pour les universitaires
Réflexions "scientifiques" du haut du Mont Grey Lock
Madame, s’il vous plaît !
Annie Leclerc, philosophe
Des arguments de poids...
Pour hommes seulement
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Peau d’Âme ou Beautés désespérées ?
Réflexions et questionnement d’une féministe en mutation
Mais pourquoi est-elle si méchante ?
Le concours « Les Jeudis Seins » s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation sociale
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice. Qu’elles vivent !
Jeux olympiques 2006 : félicitations, les filles !
7e Grève mondiale des femmes - Le Venezuela donne l’exemple
Évolution des droits des Québécoises et parcours d’une militante
2005, l’année de l’homme au Québec
Mes "problèmes de sexe" chez le garagiste !
Brèves considérations autour des représentations contemporaines du corps
OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, NON à la décriminalisation de la prostitution
"Femmes, le pouvoir impossible", un livre de Marie-Joseph Bertini
L’AFEAS veut la représentation égalitaire à l’Assemblée nationale du Québec
Elles sont jeunes... eux pas
Dis-moi, « le genre », ça veut dire quoi ?
Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?
Déconstruction du discours masculiniste sur la violence
Les hommes vont mal. Ah bon ?
La face visible d’un nouveau patriarcat
Quelle alternative au patriarcat ?
Le projet de loi du gouvernement Raffarin "relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste et homophobe" est indéfendable
L’influence des groupes de pères séparés sur le droit de la famille en Australie
Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois
Retrouver l’élan du féminisme
Le droit d’éliminer les filles dans l’oeuf ?
Le système patriarcal à la base des inégalités entre les sexes
Des nouvelles des masculinistes
Masculinisme et système de justice : du pleurnichage à l’intimidation
Nouvelle donne féministe : de la résistance à la conquête
Les masculinistes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins
Nouvelles Questions féministes : "À contresens de l’égalité"
S’assumer pour surmonter sa propre violence
Sisyphe, que de rochers il faudra encore rouler !
Coupables...et fières de l’être !
Un rapport de Condition féminine Canada démasque un discours qui nie les inégalités de genre
De la masculinité à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive
Les courants de pensée féministe
Quelques commentaires sur la domination patriarcale
Chroniques plurielles des luttes féministes au Québec
Qu’il est difficile de partir !
Deux cents participantes au premier rassemblement québécois des jeunes féministes
Le féminisme : comprendre, agir, changer
Le féminisme, une fausse route ? Une lutte secondaire ?
À l’ombre du Vaaag : retour sur le Point G
L’identité masculine ne se construit pas contre l’autre
Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe
La misère au masculin
Le Nobel de la paix 2003 à la juriste iranienne Shirin Ebadi
Hommes en désarroi et déroutes de la raison
Le « complot » féministe
Christine de Pisan au coeur d’une querelle antiféministe avant la lettre
Masculinisme et suicide chez les hommes
Le féminisme, chèvre émissaire !
L’autonomie de la FFQ, véritable enjeu de l’élection à la présidence
Les défis du féminisme d’aujourd’hui
Les arguments du discours masculiniste
Nouvelle présidente à la FFQ : changement de cap ?
La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme
Le discours masculiniste dans les forums de discussion







Comment oublier les mots d’une personne s’adressant à moi en me nommant « la féministe enragée » lors d’une discussion fort animée sur l’équité salariale ? Ou ceux d’une personne s’exclamant : « Hein ! Tu es féministe ET tu as un chum !? », comme si le féminisme et l’amour pour les hommes, comme l’huile et l’eau, ne pouvaient jamais se mélanger. « Mon chum est aussi féministe », lui ai-je répondu fermement. De gros yeux confus me fixaient. Elle s’est sûrement imaginée que je sortais avec un martien.

« Si ma mémoire est bonne, j’ai entendu dire que tu t’identifiais ouvertement en tant que féministe. Modérée, j’en suis sûr. » Le sourire aux lèvres, j’ai répondu au commentaire de cet ami de longue date : « Oui, je m’identifie "ouvertement" en tant que féministe. Radicale, bien sûr. C’est drôle, j’ai l’impression de faire un coming out ! »

Combien de fois m’a-t-on dit lors d’un débat enflammé : « Je suis pour l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, pour la liberté des femmes et pour les droits des femmes... mais je ne suis pas féministe ! » ? Curieusement, lorsque je cherche la définition du mot « féminisme » dans mon dictionnaire, je lis : « Attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes ».

Depuis des années, et surtout à l’heure où j’écris ces lignes, le mot « féminisme » est diabolisé, pire même : « être féministe » est devenu un vice. Oui-oui, nous avons tous et toutes vu ces images de femmes « cromagnones » brûlant leur soutien-gorge* et criant des slogans contre le patriarcat et l’oppression. Oui, nous avons tous et toutes, à un moment de notre vie, été coincés dans une conversation interminable avec des féministes détestant profondément tous les hommes respirant le même oxygène qu’elles. Pour vous rafraîchir la mémoire, nous les reconnaissons plus facilement sous les étiquettes de « féministes extrémistes », de « féministes radicales », ou de « féminazis ».

Féministe radicale

Chers lecteurs et chères lectrices, j’ai une révélation à vous faire : je suis une féministe radicale ! Oui, je suis une féministe radicale, vous avez bien lu ! Mais, n’arrêtez pas de lire tout de suite ! Je le suis, ni parce que je crois que les soutiens-gorge devraient finir leur vie carbonisés - de toute façon, ils coûtent beaucoup trop chers pour être brûlés ! -, ni parce que j’estime que le poil me va mieux qu’à la majorité du genre masculin. En fait, l’expression « féministe radicale », qui a souvent été directement associée aux féministes extrémistes et violentes pour discréditer l’ensemble des mouvements féministes, a impérieusement besoin d’être redéfinie. Il est temps de rendre justice à ce mouvement.

Le féminisme radical, celui que je connais et que je défends, est un mouvement qui vise à abolir les rôles stéréotypés et sexistes de nos sociétés pour obtenir des changements dans nos relations humaines, tant sur le plan politique, économique, social ou affectif. Par exemple, c’est grâce aux féministes radicales qu’aujourd’hui le viol et les agressions sexuelles sont dénoncés et criminalisés de façon plus efficace.

Je suis une féministe radicale, car chaque jour je remets en question les rôles sexuels qui caractérisent encore une grande partie de notre société. Qu’il soit question des difficultés que rencontrent quotidiennement les femmes oeuvrant dans des métiers non traditionnels - les policières ou travailleuses de la construction par exemple -, ou du phénomène croissant des jeunes femmes assujettissant leur corps à un régime alimentaire mortel ou passant sous le bistouri pour mieux copier un idéal imposé et construit du corps féminin (mise à jour : aujourd’hui, la mode est aux chirurgies vaginales visant à reproduire les organes génitaux d’une fillette vierge), je constate à quel point les femmes vivent encore dans une société qui les oblige à « se prouver » pour être acceptées, à se refaire et se défaire pour être contemplées, convoîtées et consommées.

Gratitude envers les féministes qui m’ont précédée

Je suis par-dessus tout une féministe - point final -, car j’ai énormément de respect et de gratitude envers toutes les féministes qui m’ont précédée et qui m’ont permis d’entreprendre la vie riche que j’ai la chance de mener aujourd’hui. En pouvant exercer mon droit de vote, étudier dans l’institution universitaire et le domaine de mon choix, jouir d’une liberté financière, disposer librement de mon corps ou avoir le choix de rester à la maison ou de poursuivre une carrière internationale, je peux difficilement imaginer à quel point j’ai une redevance envers les millions de femmes qui se sont battues quotidiennement afin de m’assurer et d’assurer à leurs filles et petites-filles de meilleures conditions de vie. Ma dette envers ces féministes est énorme.

Je pense à Thérèse Casgrain, Simone Monet-Chartrand, Eleanor Roosevelt, Marie Gérin-Lajoie, Claire L’Heureux-Dubé, et à tant d’autres. Toutes ces femmes ont cru en un monde meilleur pour leurs consœurs et leurs filles et ont dédié leur vie à la cause de l’égalité et de la justice. Oui, ma dette est immense envers ces elles. Et au nom de toutes ces femmes, j’ai le devoir d’assurer les mêmes droits et libertés pour les filles et les femmes des générations futures, et ce, où que ce soit.
Partout dans le monde, bien avant la découverte du feu, les femmes étaient déjà la proie des pires bêtises de notre histoire. Quatre cent mille années plus tard, combien de femmes ont été et sont encore victimes de traite, d’abus sexuels ou de mutilations génitales ? Comptons-nous le nombre de femmes qui n’ont toujours pas accès à l’éducation à ce jour ? La pauvreté est un mot qui se conjugue encore au féminin, parce que ce sont majoritairement les femmes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Quand pourront-elles écrire leur propre histoire ?

« Never again ! », crions-nous à la fin de chacune de ces tragédies. Combien de fois devrons-nous encore le crier pour que l’égalité devienne réalité ? En lisant les rapports de l’ONU sur la situation des femmes dans les pays du tiers-monde, je croirais lire des textes d’il y a plus d’un siècle. Comme ce discours d’un certain Émile Marlot, député de 1896 à 1906, qui se prononça ouvertement contre la participation de la femme en politique car « elle oublierait fatalement ses devoirs de mère et d’épouse, si elle abandonnait le foyer pour courir à la tribune [...]. On a donc parfaitement raison d’exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d’esprit, ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. »

En lisant cet extrait, je jubile à l’idée de ne pas devoir écouter cet homme m’attribuer ce « peu de maturité d’esprit » uniquement parce que je suis une femme. Toutefois, cette mentalité demeure une réalité quotidienne sur une grande partie de la planète. Comme plusieurs autres jeunes Québécoises et Québécois de ma génération, je considère que l’égalité entre les sexes est acquise lorsque je regarde toutes les causes gagnées par les féministes qui m’ont précédées au Québec. Cependant, contrairement à plusieurs jeunes femmes et hommes de mon âge, je ne considère pas que le féminisme soit un mouvement « préhistorique et dépassé » dont on n’a plus besoin.

La misogynie, toujours présente

Les messages misogynes sont toujours présents au sein de notre société, mais d’une manière beaucoup plus subtile. Nous n’avons qu’à feuilleter les magazines pour jeunes femmes, qu’à admirer les publicités de vêtements dans les centres commerciaux de Montréal, qu’à regarder les MTV Awards, les vidéoclips de musique dite « populaire » ou simplement qu’à suivre les dernières tendances vestimentaires pour constater que le modèle culturel féminin proposé aux femmes d’aujourd’hui est encore réduit à son pouvoir de séduction et à son image. Nous voulons être convoitées... à tout prix !

« Les injections pour sculpter mon corps : du Botox pour les seins et de l’acide hyaluronique pour modeler les fesses, ça vous étonne ? C’est la dernière tendance en chirurgie : les hot shots promettent de nous sculpter un corps de déesse », peut-on lire dans un article du magazine Clin d’œil du mois d’avril 2006 ; « Man this hoe you can have her, when I’m done I ain’t gon keep her », chante Fifty Cent dans sa populaire chanson « P.I.M.P. » (mot anglophone signifiant « proxénètes »). Cette information quotidienne que nous absorbons fonde nos croyances, bâtit nos valeurs et constitue notre identité. Après, l’on se demande pourquoi tant de filles et de femmes vivent des troubles alimentaires - l’anorexie et la boulimie, pour n’en citer que quelques exemples - à partir de l’âge de 8 ans, pour certaines. L’on se demande pourquoi les jeunes femmes ont tant de problèmes d’estime personnelle, les poussant parfois à l’auto-destruction et à la marchandisation de leur propre corps, dans l’unique but d’être contemplées et valorisées. L’on se demande aussi pourquoi les femmes investissent tant d’énergie à se maquiller, se coiffer, faire des retouches à leur maquillage, s’observer devant le miroir et se comparer entre elles. La réponse est simple : « Sois belle et tais-toi ! » La pression sociale exercée sur les femmes les réduit au silence et fait en sorte qu’elles accordent une importance démesurée à leur apparence.

Questionnement sur le sens du “Girl Power“

Je me questionne souvent sur la réelle signification du Girl Power  !. Sommes-nous réellement dans une société égalitaire où les femmes ont du « pouvoir », lorsqu’une personnalité publique telle que Alice Panakian, Miss Univers Canada 2006, affirme dans le journal Métro du 28 février 2007 : « Je suis féministe » ? En lisant la citation de notre beauté canadienne dans le journal, je ne peux m’empêcher d’entendre la mélodie de la fameuse chanson de Britney Spears « I’m a slave for you »... mais avec les mots « slave » et « feminist » en alternance. Nous croyons posséder la clé de la liberté des femmes en affirmant que l’égalité est acquise chez nous et en faisant la guerre au nom de la libération des femmes en Afghanistan. De quel droit pouvons-nous critiquer leurs normes vestimentaires et leur imposer notre vision impérialiste de la liberté, lorsque les femmes d’ici sont encore couronnées Miss Canada pour être les meilleures à calquer un archétype corporel sculpté à l’Américaine - à peine représentatif de 4 % de la population - emprisonnant ainsi éternellement des millions d’autres femmes dans la maigreur, la jalousie et le bas-estime d’elles-mêmes ? Pour l’instant, je préfère croire que les concours de beauté, comme les publicités de vêtements, de cosmétiques et les revues féminines, n’ont qu’une seule fonction : propager une conception monolithique de la beauté féminine afin de restreindre le pouvoir des femmes à la séduction et à leur capacité de bien entretenir leur corps. Vive le Girl Power !.

« Tu exagères ! », pensez-vous sûrement. Je le pensais aussi avant d’avoir mis la main sur le livre de Jack Holland, Misogyny : The World’s Oldest Prejudice. Cet auteur affirme que dans l’histoire de l’humanité, les seuls « domaines professionnels » où les femmes ont toujours eu plus de succès et un salaire plus élevé que celui des hommes sont le « travail du sexe » et le mannequinat. Pour cette raison et malgré le fait que je sois consciente que les femmes occupent une place de plus en plus importante dans les milieux juridiques et médicaux, je demeure affligée par le fait que cette réalité ne s’applique pas dans la quasi-totalité des autres domaines, où il reste encore beaucoup de travail à faire.

Or, ce « travail à faire » ne dépend pas uniquement de la volonté féminine. Même si la présence des hommes est minoritaire au sein du mouvement féministe, leur participation n’est pas négligeable. Au lieu de percevoir le féminisme comme étant une menace, les hommes devraient le voir comme une occasion de se libérer eux-mêmes de leur carcan. Après tout, le féminisme vise à briser les rôles sexuels, tant ceux des femmes que ceux des hommes. Dans mon monde idéal, les hommes n’auraient plus besoin de se montrer virils, forts, musclés et dépourvus d’émotion pour être de « vrais hommes ». Et lorsqu’ils feraient le choix de ne pas l’être, ils ne seraient plus traités de « fillettes », de « fifis » ou de « pédés ». Surtout, dans mon monde idéal, la cause première de mortalité chez les hommes entre 20 et 45 ans ne serait plus le suicide, car les hommes sauraient assumer leurs erreurs et confier leurs émotions. Mais ce monde idéal, il nous faut le construire ensemble.

Féministe critique

Depuis le début de mon article, je vante le mouvement féministe comme une croyante vanterait sa propre religion. Toutefois, contrairement à certains croyants religieux, je reste très critique face à ma « religion », et surtout, très ouverte aux nombreux reproches qu’on lui sert. J’ai toujours cru qu’un mouvement devait frôler l’extrémisme pour se faire entendre, et ce, en commettant des erreurs. Le féminisme n’a pas été épargné et je serai toujours la première à faire le point pour l’améliorer. Par contre, je suis incapable de réduire ma vision du féminisme à ses erreurs. Je suis pleinement consciente des raisons faisant en sorte que je puisse aujourd’hui me concentrer à étudier dans le domaine de mon choix au lieu de devoir descendre dans les rues pour obtenir mon droit de vote ou celui de me faire avorter librement : des milliers de femmes l’ont fait pour moi.

Aujourd’hui, ces femmes sont peut-être perçues comme étant des féministes « extrémistes et enragées », mais il ne faut pas négliger toutes leurs contributions en considérant les réalités discriminatoires dans lesquelles elles vivaient quotidiennement. Surtout, il ne faut jamais oublier toutes les critiques qu’elles ont eu à subir de la part de leur entourage, des hommes et des femmes, pour avoir crié haut et fort « je suis féministe », au nom de leurs filles et petites-filles. Certaines de ces féministes n’ont sûrement jamais vu le jour où leurs petites-filles ont déposé leur vote dans l’urne et où elles étaient fièrement assises sur les bancs de l’université de leur choix. Mais ces féministes, dites « extrémistes », sont la raison pour laquelle nous pouvons toutes aujourd’hui goûter un peu plus à la liberté et à l’égalité.

« La planète a besoin des vertus féministes », affirme, dans Le Devoir du 18 mai 2007, Pierre Maraval, photographe de l’exposition Mille femmes Montréal 2007, projet auquel j’ai eu la chance de participer. Malgré les controverses liées au féminisme, il est réconfortant de se faire rappeler par un homme que, sans ce mouvement, la moitié de la planète serait encore réduite au silence.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 1er mars 2008

* NDLR : allusion à un événement qui se serait produit aux États-Unis dans les années 1970. Un groupe féministe aurait manifesté en brûlant des soutiens-gorge pour affirmer l’autonomie des femmes. Les images télévisées de cette première manif (qui a pu être imitée ensuite, je n’en sais rien), que je n’ai pour ma part jamais vues, auraient été le fruit d’un montage en studio destiné à ridiculiser les féministes. On répète depuis cet exemple (légende ?) comme s’il était avéré et preuve du radicalisme de certaines féministes. Même si cet événement était avéré, en quoi brûler des soutien-gorge est-il un geste radical (à comparer, par exemple, à tous les meurtres de femmes dans le monde) ? Je ne suis pas de celles qui auraient vu des "femmes cromagnones brûlant leur soutien-gorge", ni même une "femme cromagnone" en quelle que circonstance que ce soit. (Micheline Carrier)


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Cathy Wong, étudiante en droit

JPEG - 6.2 ko
Photo : Pierre Maraval, Projet Mille Femmes


L’auteure est actuellement à sa dernière année d’étude en droit à l’Université du Québec à Montréal. Militante féministe, elle a organisé des événements pour célébrer la Journée internationale des femmes, dont la conférence "Égalité, acquise ?" en 2006 et le colloque "Agissons ensemble !" en 2007. On peut lire le blogue bilingue de Cathy Wong : "This is What a Feminist Looks Like".



Plan-Liens Forum

  • Je suis féministe !
    (1/2) 17 septembre 2008 , par

  • > Bonjour au Québec !
    (2/2) 5 mars 2008 , par





  • Je suis féministe !
    17 septembre 2008 , par   [retour au début des forums]
    féministe enragée

    Compte-tenu de la façon dont les femmes ont été et sont encore, malgré les progrés récents,traitées pendant des siècles par les hommes, dans le déni de leur statut d’humain à part entière, dans l’enfermement social et souvent dans la violence, ce qui est extraordinaire c’est que les féministes soient aussi pacifiques et aussi peu haineuses.

    En tant qu’homme, j’estime que les femmes féministes sont en réalité très modérées dans un tel contexte et, au contraire, très réceptives et positives vis-à-vis des hommes qui font un peu de chemin vers elles et qui acceptent de remettre en cause leur suprématie illusoire et de faire un effort vers l’égalité.

    En résumé, je suis aussi, très modestement et très imparfaitement, un féministe enragé !

    > Bonjour au Québec !
    5 mars 2008 , par   [retour au début des forums]

    Je viens de lire votre article, je m’y retrouve en grande partie. Je suis française, je vais de temps en temps au Canada, au Québec aussi, j’aime bien votre façon de voir les choses.
    Je me heurte assez souvent aux mêmes difficultés que vous, en France le féminisme n’est plus à la mode, je suis cependant assez âgée (75 ans) pour me souvenir des combats, des procès (Bobigny) des années 70... de ce que nous avons gagné.
    Complètement d’accord aussi sur votre analyse des magazines de mode, de beauté, etc... je ne les lis pas, mais je sais que dans notre société aujourd’hui, une femme doit d’abord séduire, il n’est que de voir sur les murs et les panneaux d’affichage les publicités de femmes "à poil" pour vendre des lingeries, mais aussi tout autre chose. Je proteste souvent...
    Comme disait une de mes amies qui avait créé un collectif d’associations de femmes, le féminisme est un humanisme. Espérons que nous arriverons à faire passer cette idée. Mais je crois que je ne le verrai pas.

    • > Bonjour au Québec !
      6 mai 2008 , par
        [retour au début des forums]

      tout à fait d’accord , je tiens à agir selon mes convictions aussi j’ai deux enfants, l’ainée née en 1995 porte mon nom,le deuxième né en 1999 porte celui de son père ;ce choix pour une certaine équité ,seul possibilité en 1995 pour transmettre son nom ne pas se marier et reconnaitre l’enfant 5 minutes avant le papa ;C’est difficile tous les jours’ reprendre les gens et les corriger mais je crois que c’est en agissant que les choses peuvent changer...

      [Répondre à ce message]


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2008
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin