| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






dimanche 4 septembre 2005


Note de lecture
"Femmes, le pouvoir impossible", un livre de Marie-Joseph Bertini

par Sandrine Basilico, Université de Nice






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


#8mars - Les "étincelles" de Sophie Grégoire Trudeau
Désolée, vous n’êtes pas égales
Élaine Audet et Micheline Carrier, récipiendaires du Prix PDF QUÉBEC 2016
Vous avez dit "mauvais genre" ?
Lorraine Pagé trace un tableau de la situation des femmes dans le monde
Sexisme politique, sexe social
Révolution féministe : site féministe universaliste et laïc
Il faut abolir les prisons pour femmes
Le féminisme islamique est-il un pseudo-féminisme ?
Pour un féminisme pluriel
Cachez-moi ce vilain féminisme
Féminisme - Le Groupe des treize veut rencontrer la ministre à la Condition féminine Lise Thériault
Combattre le patriarcat pour la dignité des femmes et le salut du monde
Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal
Banaliser la misogynie, c’est dangereux
Féminisme - Faut-il faire le jeu du "Diviser pour régner" ?
Je suis blanche et vous me le reprochez !
La pensée binaire du féminisme intersectionnel ne peut que mener à l’incohérence
Lutter contre la pauvreté des femmes et la violence des hommes envers elles
"Du pain et des roses" - Le 26 mai 1995, une grande aventure débutait
Portrait des Québécoises en 2015 - L’égalité ? Mon œil !
Je plaide pour un féminisme qui n’essaie pas de s’édulcorer
La Maison de Marthe, première récipiendaire du Prix PDF Québec
Ensemble, réussir la 4ième Marche Mondiale des Femmes ! Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous resterons en marche !
Des "Déchaînées" aux genoux du patriarcat !
L’intervention féministe intersectionnelle – Troquer un idéal pour une idéologie trompeuse ?
Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire
Au cœur de la division du mouvement féministe québécois : deux visions
Désaccord sur le virage de la Fédération des femmes du Québec
Féminisme islamique - Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme
États généraux du féminisme - Des sujets importants écartés : "De qui ou de quoi avons-nous peur ?"
PDF Québec est lancé ! - Une voix pour les droits des femmes
États généraux et FFQ - Un féminisme accusateur source de dissension
Ignorer et défendre la domination masculine : le piège de l’intersectionnalité
Comment les hommes peuvent appuyer le féminisme
Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman
Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité
Les micro-identités et le "libre choix" érigé en système menacent les luttes féministes
La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme
L’écriture équitable - La féminisation des textes est un acte politique
Réfutation de mensonges au sujet d’Andrea Dworkin
Une éducation féministe donne de meilleurs fils
"Rien n’a encore pu me détruire" : entretien avec Catharine A. MacKinnon
France - La mainmise des hommes sur le monde de la radio
États généraux sur le féminisme au Québec/FFQ - Des exclusions fondées sur des motifs idéologiques et des faussetés
Le mouvement des « droits des hommes », la CAFE et l’Université de Toronto
Mensonges patriarcaux - Le mouvement des « droits des hommes » et sa misogynie sur nos campus
Féministes, gare à la dépolitisation ! Les féminismes individualiste et postmoderne
"Les femmes de droite", une oeuvre magistrale d’Andrea Dworkin
"Je suis libre", une incantation magique censée nous libérer des structures oppressives
Trans, queers et libéraux font annuler une conférence féministe radicale à Londres
« Le féminisme ou la mort »
"Des paradis vraiment bizarres" - "Reflets dans un œil d’homme ", un essai de Nancy Huston
Quand les stéréotypes contrôlent nos sens
"Agentivité sexuelle" et appropriation des stratégies sexistes
Cessons de dire que les jeunes femmes ne s’identifient pas au féminisme !
Un grand moment de féminisme en milieu universitaire
Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine
Résistance au sexe en contexte hétérosexuel
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
"Heartbreak", une autobiographie d’Andrea Dworkin
Hockey, suicide et construction sociale de la masculinité
Polémique sur l’enseignement du genre dans les manuels scolaires en France
Le "Gender" à l’américaine - Un verbiage qui noie la réalité du pouvoir patriarcal
2011-2015 - Un plan d’action pour un Québec égalitaire
NousFemmes.org
L’égalité inachevée
Journée internationale des femmes 2011 - Briser le silence sur toutes les formes de sexisme
En France et ailleurs, 2010, une mauvaise année pour les femmes
Ce qu’est le féminisme radical
Polygamie - Le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et “racisées” appuie l’avis du CSF
Il y a trois ans, mon cher Léo...
La Fédération des femmes du Québec représente-t-elle toutes les femmes ?
Tout est rentable dans le corps des femmes... pour ceux qui l’exploitent
Incessante tyrannie
Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions
Le "gender gap" dans les Technologies de l’information et de la communication
La Marche mondiale des femmes dix ans plus tard
Azilda Marchand : une Québécoise qui fut de tous les combats pour les femmes !
Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis ?
Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
Regard sur l’égalité entre les femmes et les hommes : où en sommes-nous au Québec ?
Féminisme en ménopause ?
Ce n’est pas la France des NOBELS !
Écarter d’excellentes candidates en médecine ? Inadmissible !
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
La question des privilèges - Le réalisateur Patric Jean répond à des critiques
Lettre à Patric Jean, réalisateur de "La domination masculine", et à bien d’autres...
Une grande féministe, Laurette Chrétien-Sloan, décédée en décembre 2009
Le travail, tant qu’il nous plaira !
Comme une odeur de misogynie
La patineuse
Invasion du sexisme dans un lycée public
Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions
"Toutes et tous ensemble pour les droits des femmes !"
Cent ans d’antiféminisme
MLF : "Antoinette Fouque a un petit côté sectaire"
Des femmes : Une histoire du MLF de 1968 à 2008
Qui est déconnectée ? Réponse à Nathalie Collard
Manifeste du rassemblement pancanadien des jeunes féministes
Pour une Charte des droits des femmes
Andy Srougi perd sa poursuite en diffamation
La lesbienne dans Le Deuxième Sexe
Le livre noir de la condition des femmes
La percée de la mouvance masculiniste en Occident
Procès du féminisme
Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste
Une critique des pages sur le viol du livre "Le Plaisir de tuer"
Mise au point sur la suspension d’un article critiquant le livre du Dr Michel Dubec
Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical
L’égalité des femmes au Québec, loin de la coupe aux lèvres !
Je suis féministe !
Écoféminisme et économie
Poursuite contre Barbara Legault et la revue "À Bâbord !" - Mise à jour
Biographie de Léo Thiers-Vidal
Vivement le temps de prendre son temps !
Séances d’information pour le projet d’une Politique d’égalité à la Ville de Montréal
Florence Montreynaud fait oeuvre d’amour et de mémoire
Magazines pour filles, changement de ton !
Un 30e anniversaire de la JIF sous la fronde conservatrice
L’égalité des femmes au Québec est-elle plus qu’une façade ?
Colloque sur Antigone
Prostitution et trafic sexuel - Dossier principal sur Sisyphe.org
Golf : "Gentlemen only, ladies forbidden" ?
Méchant ressac ou KIA raison ?
Dégénération de "Mes aïeux", un engouement questionnant
Les « Gender Studies », un gruyère confortable pour les universitaires
Réflexions "scientifiques" du haut du Mont Grey Lock
Madame, s’il vous plaît !
Annie Leclerc, philosophe
Des arguments de poids...
Pour hommes seulement
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Peau d’Âme ou Beautés désespérées ?
Réflexions et questionnement d’une féministe en mutation
Mais pourquoi est-elle si méchante ?
Le concours « Les Jeudis Seins » s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation sociale
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice. Qu’elles vivent !
Jeux olympiques 2006 : félicitations, les filles !
7e Grève mondiale des femmes - Le Venezuela donne l’exemple
Évolution des droits des Québécoises et parcours d’une militante
2005, l’année de l’homme au Québec
Mes "problèmes de sexe" chez le garagiste !
Brèves considérations autour des représentations contemporaines du corps
OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, NON à la décriminalisation de la prostitution
L’AFEAS veut la représentation égalitaire à l’Assemblée nationale du Québec
Elles sont jeunes... eux pas
Dis-moi, « le genre », ça veut dire quoi ?
Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?
Déconstruction du discours masculiniste sur la violence
Les hommes vont mal. Ah bon ?
La face visible d’un nouveau patriarcat
Quelle alternative au patriarcat ?
Le projet de loi du gouvernement Raffarin "relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste et homophobe" est indéfendable
L’influence des groupes de pères séparés sur le droit de la famille en Australie
Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois
Retrouver l’élan du féminisme
Le droit d’éliminer les filles dans l’oeuf ?
Le système patriarcal à la base des inégalités entre les sexes
Des nouvelles des masculinistes
Masculinisme et système de justice : du pleurnichage à l’intimidation
Nouvelle donne féministe : de la résistance à la conquête
Les masculinistes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins
Nouvelles Questions féministes : "À contresens de l’égalité"
S’assumer pour surmonter sa propre violence
Sisyphe, que de rochers il faudra encore rouler !
Coupables...et fières de l’être !
Un rapport de Condition féminine Canada démasque un discours qui nie les inégalités de genre
De la masculinité à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive
Les courants de pensée féministe
Quelques commentaires sur la domination patriarcale
Chroniques plurielles des luttes féministes au Québec
Qu’il est difficile de partir !
Deux cents participantes au premier rassemblement québécois des jeunes féministes
Le féminisme : comprendre, agir, changer
Le féminisme, une fausse route ? Une lutte secondaire ?
À l’ombre du Vaaag : retour sur le Point G
L’identité masculine ne se construit pas contre l’autre
Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe
La misère au masculin
Le Nobel de la paix 2003 à la juriste iranienne Shirin Ebadi
Hommes en désarroi et déroutes de la raison
Le « complot » féministe
Christine de Pisan au coeur d’une querelle antiféministe avant la lettre
Masculinisme et suicide chez les hommes
Le féminisme, chèvre émissaire !
L’autonomie de la FFQ, véritable enjeu de l’élection à la présidence
Les défis du féminisme d’aujourd’hui
Les arguments du discours masculiniste
Nouvelle présidente à la FFQ : changement de cap ?
La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme
Le discours masculiniste dans les forums de discussion







L’auteure commente le livre de Marie-Joseph Bertini, Femmes, le pouvoir impossible, Paris, Pauvert/Fayard, 2002, 252 p. La situation décrite est toujours actuelle.

C’est à l’heure de la loi sur la parité (1) que Marie-Joseph Bertini, philosophe et docteur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nice, dénonce le véritable « apartheid linguistique » qui entrave le « processus d’émancipation » des femmes (p. 20).

Les médias comme prescripteurs de mythes

Bertini propose un ouvrage composé de dix chapitres. Après avoir analysé les représentations des femmes, tant dans l’imaginaire collectif que dans les médias, elle montre comment celles-ci sont adroitement écartées du pouvoir dans toutes les sphères de l’espace public.

GIF - 26.4 ko
Marie-Joseph Bertini

Dans un monde où les femmes tentent d’agir et d’exister à part entière, elles demeurent confrontées à de puissants obstacles dont le premier est le langage. L’auteur analyse avec soin le langage de journaux de référence de la presse écrite française tels que Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur ou L’Express. À partir de cette lecture, elle dévoile cinq figures fondatrices - la Muse, la Madone, l’Égérie, la Mère, la Pasionaria -, et montre que le but de ces figures est de maintenir vivante, dans la langue, la mémoire de l’incapacité fondatrice des femmes. Parmi elles, la figure de la Pasionaria se distingue nettement. Le recours obsessionnel à cette dernière révèle un impensé des médias à partir duquel se propage « une morale médiatique ».

Le premier chapitre met en exergue les médias en tant que prescripteurs des mythes fondant la nature et le statut des femmes. L’auteur analyse le discours normatif de deux quotidiens - Le Monde et Libération - et de deux hebdomadaires - Le Nouvel Observateur et L’Express - et montre comment celui-ci enferme le genre et l’action féminins dans des cadres aux contours stricts, issus d’une longue tradition de modèles de pensée. Les femmes ne peuvent dès lors que se positionner en référence à un système de normes masculines incarnant l’ordre du monde.

Les cinq figures féminines les plus familières du discours contribuent en effet à véhiculer la croyance profondément enracinée en un genre dévalorisé, celui de la femme. L’Égérie limite l’ambition féminine à une fonction de médiation, celle d’une « femme-passerelle » qui s’abolit comme fin et se revendique comme moyen, ne participant à l’espace public que par le biais du salon ou du café. Son pouvoir s’exerce donc dans la non-visibilité. La Muse s’objective davantage. Si l’Égérie est inspiratrice, la Muse, elle, est inspiration pour le créateur mais en même temps étrangère à la création. La Mère, quant à elle, n’est autre qu’une construction originellement masculine qui renvoie à des devoirs familiaux et réduit la femme à sa fonction reproductrice et maternante. Aussi, la Madone, figure hybride, exprime une tension entre sainteté et perversité. Enfin, Bertini montre longuement le caractère forcément passionnel de la Pasionaria dès lors qu’il s’agit de foi ou de conviction. L’auteur construit l’essentiel de son argumentation sur cette dernière figure, fréquemment utilisée par les médias et plus particulièrement la presse, pour dépeindre grossièrement et caricaturalement les femmes et leur action.

La « Pasionaria » comme figure centrale

L’appellation « Pasionaria » est attribuée historiquement à Dolorès Ibarruri, figure de proue du mouvement ouvrier espagnol du début du XXe siècle. Cette figure permet d’opérer de fascinants et ironiques raccourcis sociolinguistiques doublés d’une simplification de la réalité qui travestit en imperfections les valeurs morales et les conduites des femmes. Bref, elles en font toujours trop.

Bertini montre que la passion/compassion est associée à la femme en tant que sujet agissant, alors qu’à l’opposé, la raison est présentée comme un apanage masculin. L’action des femmes est donc aussitôt renvoyée à la sphère privée, la dimension personnelle étant toujours mise de l’avant dans leur façon d’agir, d’où la dialectique sphère privée/sphère publique. La femme n’existe donc que par rapport à l’homme, dans une société où les normes et pensées d’origine masculine absorbent toute transgression de l’ordre existant. La publicité et la parité en sont des exemples significatifs. Effectivement, « il est de bon ton aujourd’hui, notamment chez les publicitaires et les marchands de valeurs rapidement recyclées, de répéter que les valeurs dites « féminines » se développent dans la société. [...] la société ne se féminise pas : elle se maternalise, ce qui est bien différent » (p. 237-238). La dimension maternelle, catégorie centrale de la norme dominante, est donc pour l’auteur une preuve de la faillite du féminin.

L’opprimée, toutefois, est activement complice de l’oppresseur masculin. Car l’objet de l’étude entreprise par Bertini ne réside pas tant dans les métaphores elles-mêmes que dans la mise en évidence de la force avec laquelle elles s’imposent dans le discours de la presse contemporaine. Il y a là une sorte de déterminisme inféodé à la morale médiatique qui semble comparable à la terrible phrase de Freud à propos du féminin : « L’anatomie c’est le destin. ». Le pire n’étant pas tant que Freud ait prononcé cette phrase mais qu’elle soit si vraie aujourd’hui encore. Jusqu’à quand ?

L’espoir dans les sciences et la technique

La conséquence la plus forte de cette analyse consiste en une modélisation de l’agir féminin. Les femmes qui agissent ont une posture de combat. De l’action, elles ne sont censées connaître que le versant sommaire de la lutte. Voilà pourquoi l’expression « femmes en lutte » serait un pléonasme. La lutte, dit l’auteur, est incluse dans le féminin tant que celui-ci sera le produit d’une subordination.

Très complet et documenté, cet ouvrage suggère une histoire de l’organisation de l’invisibilité des femmes depuis Aristote jusqu’aux analyses du machisme des médias par Habermas (2). La psychanalyse y est soupçonnée d’être un pouvoir essentiellement masculin puisqu’elle est régulièrement appelée au secours de ceux qui voient un danger possible dans l’ébranlement de l’identité féminine et, en tout cas, une atteinte à l’intangibilité de la fonction de père. Sans forcément partager son point de vue, on appréciera la mise en rapport, très pertinente, de la conception du pouvoir avec la culture et avec la technique.

Tant qu’hommes et femmes continueront de se penser les uns et les autres dans la frontalité et la subordination, l’idée que les femmes sont des « êtres sous influence » continuera de s’imposer subtilement à travers le langage. Signalons encore la très judicieuse analyse du complexe de la « Dame de fer » qui suggère l’idée que les femmes sont de bien plus redoutables gouvernants que les hommes. À travers cet ultime affront de la langue au genre féminin, on pressent une histoire, des luttes, des bouleversements dont la parité n’aura été qu’un épisode ponctuel.

On peut regretter également que la déconstruction du processus d’intériorisation des normes sociales et culturelles n’aille pas jusqu’à inventer une sortie du mécanisme par lequel les victimes de l’oppression consentent à leur propre malheur. C’est, selon l’auteur, la technique et son pouvoir libérateur, voire révolutionnaire, qui pourraient renverser l’ordre établi et la pensée normative. Théorie qui prête à discussions... dont l’auteur se protège en se plaçant sous le registre de l’essai. Pour elle, notamment, les découvertes de la science au sujet d’une reproduction détachée de la sexualité seraient le moyen de renverser l’ordre et les mentalités. Or, cet espoir face à la science et à la technologie nous paraît quelque peu exagéré.

Ambitieux, le livre de Bertini s’inscrit dans le débat contemporain sur la parité et jette un éclairage indéniable sur la question.

- Bertini, Marie-Joseph (2002), Femmes, le pouvoir impossible, Paris, Pauvert/Fayard, 252 p.

Notes

1. L’ouvrage de Bertini est en effet paru juste avant les élections présidentielles et législatives françaises de 2002 qui mettaient en oeuvre la loi sur la parité adoptée en mai 2002, c’est-à-dire l’obligation des partis de présenter un nombre égal d’hommes et de femmes.
2. Voir à ce sujet, HABERMAS Jürgen (1962), L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 324 p.

Merci à l’auteure d’autoriser la reproduction de cet article sur Sisyphe. Première parution sur COMMposite.org.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 4 septembre 2005


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Sandrine Basilico, Université de Nice

L’auteure est chargée de cours en communication à l’Université de Nice.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2005
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin