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vendredi 27 février 2009

Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions

par Valérie Laflamme-Caron, étudiante en anthropologie






Écrits d'Élaine Audet



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Les femmes sont aujourd’hui nombreuses à parler librement de sexualité. Vous vous en doutez bien, ça n’a pas toujours été le cas.

« L’érotisme est une victoire de l’instant sur le temps. » (S. de Beauvoir)

Par le biais du rapport Hite, publié en 1976 par l’auteure du même nom, 3 000 Américaines ont pu, pour la première fois, « s’exprimer avec franchise sur leur vie sexuelle » (première couverture). Le résultat étonne par ses subtilités, sa diversité, son authenticité. J’avoue toutefois avoir été un peu choquée à sa lecture. Parce qu’en fait, ce rapport m’a fait prendre conscience que les tracas intimes des femmes d’aujourd’hui étaient partagés et, de surcroît, par des femmes ayant vécu dans les années 70. Et moi qui croyais vivre à l’ère du post-féminisme, dans un Québec devenu matriarcal ! Entre autres choses, le rapport Hite nous apprend qu’en 1976, la plupart des femmes « estimaient que le fait de savoir que le coït sera la conclusion inévitable de tous contacts sexuels est mécanique et suprêmement ennuyeux. » (p. 438) Finalement, sur le dernier Summum Girl, aurait-on dû retrouver en couverture « Baisez-vous trop souvent ? » au lieu de « Baisez-vous assez souvent ? »

Je crois, au cours de ma vie de jeune femme, avoir vécu ma sexualité de manière positive, de façon à m’épanouir globalement en tant qu’être humain. Simone de Beauvoir a déjà écrit que « l’érotisme est une victoire de l’instant sur le temps ». Quant à moi, je n’ai pu que l’écrire sur le mur de ma chambre à coucher. Parce que ça me fiche un sourire aux coins des lèvres et une étincelle dans le regard. Le sexe est pour moi une des expressions les plus fondamentales de la Vie, qui nous conduit à la découverte de cet Autre, avec un petit ou un grand A. C’est une énergie qui nous traverse et qui, malgré son caractère éphémère, nous laisse entrevoir une portion d’éternité. La sexualité m’est intimement liée au Divin. Car c’est une chose fondamentale qui permet à la Vie de naître de la Vie. Cela doit donc être forcément un peu magique. J’ai donc toujours vécu ces moments comme des espaces d’échange, que ce soit avec le mec ramené du bar, celui de l’arrêt d’autobus ou celui avec qui j’aspire traverser le Temps. Selon Marcel Maüss (anthropologue), le don est au fondement de tout lien social. Le don se veut désintéressé et intemporel et, par lui, on reconnaît à l’Autre son existence spécifique. Alors comme de nombreuses femmes, j’ai donné avec plaisir, croyant que le contre-don viendrait de lui-même compléter cet échange. Après tout, qu’y aurait-il de plus naturel que ces gestes ancrés dans les corps ? Malheureusement, plus souvent qu’autrement, la réciprocité n’est pas venue.

Le tiers des femmes, dysfonctionnelles !?

Ça ne m’avait jamais réellement dérangé. Surtout, je ne souhaitais pas sombrer dans cette quête de la performance, concrétisée par tous ces modes d’emplois médico-techno-sexologiques que l’on retrouve dans l’espace public et qui sont censés nous guider jusqu’au sacro-saint-orgasme. Car c’est bien de cela dont il est question ici. Malgré tout, j’ai fini par faire ce que la majorité des gens font lorsqu’ils ressentent un malaise lié à leur vie sexuelle : je suis allée voir sur Internet. C’est alors que j’ai appris que mon incompétence avait un nom : l’anorgasmie secondaire ! Sur Internet, on définit l’anorgasmie ainsi :

    Cette absence d’orgasme peut exister depuis toujours, l’anorgasmie est alors dite primaire. Si cette anorgasmie survient après une période de connaissance de l’orgasme, elle est dite secondaire. Elle peut être également totale, c’est-à-dire aussi bien vaginale que clitoridienne, ou partielle, c’est à dire uniquement clitoridienne ou uniquement vaginale. Une femme qui se plaint d’anorgasmie peut avoir beaucoup d’excitation durant l’acte sexuel, ou par masturbation, mais sans jamais atteindre l’orgasme.

En 1976, le rapport Hite nous apprenait que la sexualité était immensément importante pour la quasi-totalité des femmes. On y apprenait encore que 87% d’entre elles appréciaient le coït et que, parmi elles, se trouvaient la plupart des femmes qui ne connaissent pas l’orgasme par cette pratique. Le coït était pour elles synonyme d’intimité, c’était la principale raison de l’apprécier pour la majorité des femmes, y compris chez celles qui obtenaient des orgasmes. Aujourd’hui, environ une femme sur trois éprouvera au cours de sa vie de la difficulté à jouir avec son ou ses partenaire-s.

Rares sont celles qui sont incapables de jouir par elles-mêmes. Pourtant, lorsqu’on lit à propos de la sexualité féminine, ça semble tellement être compliqué. Sans doute est-ce parce que l’on met de l’avant un certain type de sexualité, et qui de plus est vidé et parodié de toutes parts au nom de l’économie. Le sexe vend, dit-on. Et les individus, isolés les uns des autres, achètent. Alberto Melucci (sociologue) écrivait :

    Une limite sert à enfermer, à tracer une frontière, une séparation ; elle signifie donc aussi la reconnaissance de l’autre, du différent, de l’irréductible. La rencontre de l’altérité est une expérience cruciale : elle peut conduire à la tentation de réduire de force la différence, mais elle peut aussi conduire à affronter, dans un effort sans cesse renouvelé, le défi de la communication.

Pour les femmes audacieuses

Heureusement, il existe différentes publications qui aident les femmes à comprendre les hommes et, supposons-le, à améliorer leur communication avec eux. Dans son premier numéro, Summum Girl (pour une analyse plus complète de son contenu, lire la contribution de popféministe.) présente le portrait de sa clientèle-cible : « Elle veut apprendre à mieux comprendre les hommes, ces êtres d’une autre planète qu’on a du mal à saisir souvent… » (p.5) Afin d’aiguiser la curiosité intellectuelle de ces dames, le magazine propose une section « dans la tête des mecs » où l’on retrouve des articles, dont deux somme toute assez contradictoires dans leurs propos mais, à ma grande surprise, rédigés par la même personne : Gil Thériault (journaliste). Le premier s’intitule « Cap sur la solitude ». Je vous avoue qu’il m’a presque eue lorsque qu’il a semblé déplorer que

    peut-être, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons besoin d’un point ou personne n’a BESOIN de s’unir à qui que ce soit. Dans notre société, on peut très facilement vivre seul et n’envier le bonheur de personne. Il s’agit d’un changement majeur qui peut expliquer l’errance actuelle des relations homme-femme, car les gens s’accouplent trop souvent pour des raisons qui ne tiennent plus la route, de nos jours, et se reproduisent par instinct. Ceux qui cherchent les raisons dans le coin des besoins ou de l’amour y trouvent plus de désillusion qu’autre chose, et de là s’installe un malaise dur à supporter, et souvent fatal, pour le couple.

Avouez, lorsqu’on lit ce paragraphe rapidement, on y croit presque. Le vocabulaire est correct, le raisonnement semble logique, on croit aussi sentir une certaine émotion émanant de ces propos. De plus, le tout est vraisemblable. En résumé, la communication est bonne. Mais qu’est-ce qui est communiqué ici exactement ? J’y lis une simplification à outrance de la réalité. « Personne n’a besoin de personne » ? Est-ce réellement le cas ? Il me semble que, plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres. Ensuite : « on peut très bien vivre seuls et n’envier le bonheur de personne ». Au rythme où nous consommons, si nous n’envions plus le bonheur de personne, cela nous en coûte d’autant plus cher. Financièrement, mais aussi humainement. Si nous pouvons très bien vivre seuls, pourquoi le suicide est-il la seconde cause de mortalité chez les 15-19 ans ? Pourquoi en est-elle la principale cause chez les 20-34 ans ? (Association québécoise de prévention du suicide) Pourquoi est-ce qu’un Québécois sur dix souffrira-t-il d’un épisode dépressif majeur au cours de sa vie ? Deux fois plus chez les personnes seules, soit dit en passant (La Presse). Le raisonnement est donc truffé d’idées reçues.

Plus loin, il conclut en écrivant : « Suis-je en train de dire que ce phénomène représente une évolution normale et profitable ? Pas le moins du monde. » (p. 61) Une photographie d’un homme seul, recroquevillé au pied d’un mur, illustre cet article. J’aurais pu laisser le bénéfice du doute à l’auteur et conclure que son raisonnement n’était que le fruit d’un mauvais journalisme, mais l’article qui suivait m’a confirmé que tout ça n’était que de la bouillie pour les chats, un calque de sociologie. En effet, dans « Ode au célibat », Gil défend la totale liberté, car « la nature des hommes demeurera toujours de copuler à tous vents ». (p. 63) Cela lui permet de connaître de nouvelles personnes. Ainsi, il peut « s’ouvrir à de nouvelles réalités, un nouvel univers qui peut aller de la sportive à l’intellectuelle, de la danseuse érotique à l’avocate ». (p. 63) De nouveaux univers, quelle anthropologie !

Sans porter un jugement directement sur les relations de courte durée (ne vous ai-je pas avoué le bar et l’arrêt d’autobus ?), il ne faut pas charrier non plus, même si la tentation d’y croire est encore grande. Entre vous et moi, est-il possible de connaître réellement un univers en une nuit ? Non. Et il faut en assumer l’illusion, non pas tenter de légitimer ces pratiques à l’aide de pseudo-théories pensées dans le monde des communications. Et l’auteur continue en énumérant une suite de lieux communs qui pourraient franchement me donner envie de « nager en plein athéisme », des conséquences dont il s’attristait, à la page précédente. Finalement, le seul désagrément de ces « soirées sexe et mystère » (p. 63) est relié au port du condom, problème auquel il est facile de remédier : « Il suffit de trouver une bonne amie/maîtresse » (p. 63).

Comment peut-on trouver anormal l’individualisme croissant et terminer un article sur le célibat en ces termes : « Pourquoi se mettre dans la misère quand on peut se mettre sans misère » ? Ces propos n’ont rien d’audacieux, contrairement à ce que laisse entendre la rédaction du magazine. Ils contribuent même à abrutir le lectorat de Summum Girl en lui faisant passer une suite d’incohérences pour un raisonnement articulé. Et l’on s’étonne ensuite que plusieurs femmes soient indécises et compliquées ? Elles sont sans cesse bombardées de propos contradictoires ! À la suite de la lecture de ces articles, deux choses naissent en moi : la tristesse de constater certains changements qui mènent les individus à la solitude et l’idée que, finalement, c’est bien vrai, pourquoi ne pas « copuler à tous vents » ? D’un côté, on les tente, et d’un autre, on érige les bases pour faire naître chez elles un sentiment de culpabilité. Impossible, dans ce contexte, de s’épanouir sexuellement.

Car on dit bien « relation sexuelle »

Vous vous demandez sans doute où je veux en venir. Jusqu’ici, je vous ai parlé du rapport Hite, de l’anorgasmie secondaire, et je vous ai démontré qu’il était impossible de croire aux bonnes intentions de ceux qui, visiblement, ne sont pas cohérents dans leurs écrits. Comment peut-on se faire une idée valable des rapports homme-femme en fondant cette idée sur les propos d’une personne qui se contredit ? De plus, je me permets de croire que la formation en communication qu’offre l’Université Laval n’aborde pas la thématique sexualité, sauf lorsqu’on y traite des différentes techniques de vente. J’ai aussi cité Alberto Melucci, qui disait qu’établir une limite impliquait la reconnaissance de l’Autre, et que la rencontre de cette altérité pouvait nous amener à communiquer. À échanger. À entrer en relation, donc.

Il semble que ce soit encore aujourd’hui ce défi de la communication qui freine l’émancipation sexuelle de plusieurs personnes. Les multiples possibilités qu’offre la sexualité (je ne parle pas ici de ces idées commercialisées pour « mettre du piquant dans votre couple », mais de l’exploration de son côté divin) ont été simplifiées à outrance. En tant que société, nous avons succombé « à la tentation de réduire la différence » (Melucci). Et, malheureusement, cela semble être unilatéral. Car, si dans l’espace médiatique les femmes sont amenées à se conformer à une sexualité dite masculine (je n’adhère pas à l’idée de nature telle qu’elle a été utilisée par Gil Thériault dans Summum Girl), ce n’est pas le cas des hommes qui lisent Summum. Rappelons qu’on retrouve, dans le premier magazine, une section spécifiquement consacrée aux hommes et que même ceux qui y sont photographiés en petite tenue ont droit à la parole, pour nous décrire quelles sont leurs préférences sexuelles. Dans le second, celles qui sont photographiées restent muettes. Et, pour mieux nous comprendre, un énième guide sur les gadgets érotiques, pour « mettre un peu de piquant dans votre vie sexuelle ». Qui n’est finalement qu’une publicité qui nous rappelle qu’on retrouve dans les sex-shops de l’huile à massage, des vibrateurs et du chocolat pour se mettre partout. Ça vous apprend quelque chose ? Je vous jure, je ne l’avais pas remarqué lorsque j’écrivais les lignes précédentes. La vérité est que cela est terriblement prévisible. C’est parce qu’on nous ramène les mêmes conneries depuis l’âge de treize ans. À cette époque, je savais déjà théoriquement comment cambrer les hanches tout en les regardant dans les yeux. Que leur dit-on, à ces jeunes hommes, sur les femmes et la sexualité ? D’après ce que je constate, bien peu de choses.

Finalement…

La question que je vous pose maintenant est de savoir comment vraiment régler ces problèmes de communication. Je suis portée à croire que cela demande avant tout une bonne dose d’esprit critique. Car pour entrer réellement en relation avec l’Autre, pour l’accueillir tel qu’il est, dans toute sa richesse et avec ses subtilités, il faut se défaire de l’image que l’on s’en fait. Il faut donc apprendre à bien comprendre les messages qui nous sont envoyés. Cette image n’est forcément qu’une caricature, grossièrement dessinée par ceux qui aspirent à nous isoler, à nous fragiliser. À nous réduire à de vulgaires stéréotypes et, par le fait même, à nous appauvrir en tant qu’êtres humains. La misère sexuelle dans laquelle on tente de nous plonger en est un symptôme. L’hypersexualisation aussi.

Au XIXème siècle, John Stuart Mill écrivait qu’« il y a eu, et il peut encore y avoir de grands penseurs individuels dans une atmosphère générale d’esclavage mental. Mais, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de peuple intellectuellement actif dans une telle atmosphère. » Cela s’appliquerait-il aussi à la sexualité ? Sans vouloir travestir les propos de l’auteur, je me permets de croire que oui. En nous libérant des carcans grossiers, il sera possible de trouver les outils appropriées pour accepter de tracer ces limites nécessaires à la reconnaissance de l’Autre. Il n’est pas question ici de l’amour tel qu’il vous sera vendu ce samedi, à l’occasion de la Saint-Valentin. L’amour dont je vous parle ressemble davantage à celui tel que pensé par le Dalaï Lama : « Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l’amour que chacun porte à l’autre dépasse le besoin que vous avez de l’autre. »

Comme quoi féminisme, érotisme et philosophie ne sont pas incompatibles. Ils font d’ailleurs très bon ménage.


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Valérie Laflamme-Caron, étudiante en anthropologie

L’auteure est étudiante en anthropologie et membre du collectif Faux-FiniEs, de l’Université Laval.



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