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lundi 22 mars 2010

Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes

par Sisyphe






Écrits d'Élaine Audet



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La liste féministe NetFemmes a refusé à deux reprises, en février dernier, de publier les messages d’une éditrice du site Sisyphe, Micheline Carrier, sans donner, à nos yeux, une explication satisfaisante de cette décision. Dans le premier cas, il s’agissait d’un communiqué expédié le 1er février et annonçant les plus récents articles affichés dans le site Sisyphe. La liste européenne Études féministes et la liste pancadienne PAR-L ont publié ce communiqué sans y voir quoi que ce soit de répréhensible. (Voir ce document) (1).

Les modératrices de NetFemmes ont estimé qu’un paragraphe de ce communiqué reproduisant un extrait d’un article du Mouvement du Nid en France, sur le film « Travailleurs du sexe », contrevenait à la nétiquette aux chapitres « du respect, de la politesse et de la tolérance ». Dans un courriel qu’on pourra lire plus bas dans cette page, les modératrices de la liste ont accusé l’expéditrice du message de tenir des « propos haineux à l’égard des femmes » et de chercher à provoquer : « La critique du documentaire sur le travail du sexe ne fait pas preuve de tolérance ni de politesse. C’est un paragraphe qui vise à provoquer dans l’optique de promouvoir un texte et un site. Ce texte n’a pas sa place dans la liste », a-t-on affirmé avec assurance. Affirmation d’autant plus étonnante que, le 17 février, la liste NetFemmes a publié exactement le même paragraphe qu’une autre abonnée avait posté, à la seule différence que cette abonnée avait indiqué un lien vers le site du Mouvement du Nid au lieu du site Sisyphe pour la lecture du texte intégral… Était-ce le contenu du commentaire ou la messagère qui était en cause ?

Après plusieurs échanges de courriels avec la directrice générale du CDEACF, dont relève la liste NetFemmes, on nous a finalement donné cette explication : « Il [le paragraphe en question] faisait croire que la rédactrice tenait ces propos-là à l’égard du Mouvement du Nid, ce qui contrevient à la nétiquette, car ça attaque un groupe qui travaille pour les femmes. Tel a été la compréhension de la modératrice de Netfemmes, elle a fait valider par une autre personne qui a compris les choses de la même façon. Nous avons passé l’extrait sans contexte aux membres du comité condition féminine, qui ont voté dans le même sens. Et hier en conseil d’administration, la décision était unanime, cet extrait hors contexte est haineux envers les femmes. » Ainsi, en dépit du fait que Micheline Carrier ait mentionné au moins à trois reprises dans ses courriels, depuis le 1 février, que le Mouvement du Nid était l’auteur du paragraphe cité dans son communiqué, la directrice générale a continué de lui attribuer le commentaire sur le documentaire jugé inacceptable. Cette interprétation, qui ne tient pas compte des explications données par la messagère dès ses premiers courriels, ressemble à de la malhonnêteté « dans l’optique » de masquer une erreur d’interprétation et de discréditer une abonnée.

Ce n’est pas parce qu’une décision est unanime qu’elle est justifiée. Le comité de la condition féminine et le conseil d’administration du CDEACF ayant endossé, sans plus de preuve, cette attitude accusatrice, on peut se demander s’ils étaient au courant des faits suivants et, s’ils l’étaient, il est permis de s’interroger sur leur sens de l’équité. Le communiqué indiquait clairement le contexte du paragraphe en cause, comme pour tous les autres articles annoncés. Si la directrice générale ne l’a pas transmis au conseil d’administration et au comité de condition féminine du CDEACF, il s’est agi d’un choix délibéré.

1) Dès le 1er février, dans un courriel expédié à la modératrice de NetFemmes en réponse à son avis de manquement à la nétiquette, Micheline Carrier avait précisé ceci : « Le paragraphe que vous jugez provocateur est un extrait du texte annoncé. Nous publions en amorce dans nos communiqués un extrait des principaux textes. Vous n’avez pas vu ce documentaire qui passe en France et vous vous permettez de décréter que le Mouvement du Nid, auteur de ce texte et de ce paragraphe, veut provoquer. La seule phrase qui m’appartient dans le paragraphe incriminé est celle-ci : « Selon le même modèle patriarcal dénoncé par le film de P. Jean, semble-t-il. » Ce film était annoncé dans le communiqué avant le paragraphe du texte du Mouvement du Nid.

2) Dans le communiqué comprenant ledit paragraphe, le titre de l’article était entre guillemets et suivi des mots « par le Mouvement du Nid », ce qui indiquait explicitement l’identité de l’auteur. Le paragraphe en question était lui-même entre guillemets. Des guillemets indiquent généralement que l’on cite quelqu’un.

3) Le lien (url) dans le communiqué renvoyait à l’article intégral publié sur Sisyphe, avec la mention de l’auteur (Le Mouvement du Nid), et il indiquait la source. Il était possible pour les modératrices de cliquer sur ce lien pour vérifier que le Mouvement du Nid était l’auteur de ce texte et du paragraphe mis en cause, et que Micheline Carrier n’avait fait que le citer.

4) En dépit de tous ces indices, s’il subsissait encore un doute, qu’est-ce qui empêchait la modératrice et la directrice générale d’écrire à la messagère pour lui demander des explications, au lieu de l’accuser a priori de chercher à provoquer dans un but de promotion de son site ? Elles auraient eu la preuve de leur erreur d’interprétation, à savoir que la messagère n’attaquait pas « un groupe qui travaille pour les femmes », mais soutenait plutôt ce groupe en diffusant son article. Mais elles auraient aussi dû s’excuser d’une accusation prématurée et gratuite à l’endroit de l’abonnée, et cesser de prétendre qu’elle manquait à la nétiquette et de l’enjoindre de ne plus demander d’explication. Il leur aurait fallu également expliquer pourquoi le contenu d’un commentaire est présumé manquer de « respect, de tolérance et de politesse » si on l’attribue à une personne, en l’occurrence Micheline Carrier, et il devient acceptable s’il est attribué à une autre personne ou à un groupe.

5) Enfin, il est difficile de croire qu’on ait pu penser que l’une des éditrices de Sisyphe attaquait le Mouvement du Nid, un mouvement abolitionniste dont nous avons relayé maintes fois les communiqués et les articles. Notre position sur la prostitution est connue depuis huit ans et elle nous a valu antérieurement la censure dans cette même liste de NetFemmes… (2) La directrice générale a disposé de l’affaire ainsi : « Nous voulons et devons mettre fin à cet échange acrimonieux et stérile. » La secrétaire du conseil d’administration du CDEACF a écrit à Micheline Carrier, trois semaines après le dernier courriel de cette dernière : « Nous aimerions que cessent les nombreux appels auprès des membres de notre équipe de travail qui ne font, après tout, qu’appliquer des règles connues et diffusées. » Donc, cessez de nous demander des explications crédibles, vous n’en aurez pas.

La question du voile intégral

Le deuxième message de Sisyphe a été censuré une semaine après l’autre, soit le 8 février. Dans ce cas, ni la modératrice de la liste NetFemmes ni la directrice générale n’ont jugé utile d’aviser l’auteure du message des motifs qui empêchaient sa diffusion. On n’a pas publié le message, c’est tout. Nos demandes d’explication à ce sujet ont été totalement ignorées, comme on peut le constater dans la correspondance échangée. Le message expédié par Micheline Carrier répondait à un commentaire de Martin Dufresne qui assimilait l’opposition au voile intégral en France à de « la fureur contre les musulmanes ». Ce n’était pas la première fois que cet abonné de NetFemmes expédiait ce genre de commentaires au sujet de ceux et celles qui critiquent le voile islamique, intégral ou pas. Il a plus d’une fois insinué que ces critiques étaient xénophobes, islamophobes ou racistes. NetFemmes ne l’a pas empêché de proférer ce genre d’« attaques » que la nétiquette est censée prohiber.

Il nous semble que NetFemmes et la direction du CDEACF se servent de la nétiquette comme prétexte pour restreindre la diffusion d’opinions qui ne conviennent pas à certaines personnes ou à certains groupes. C’est pourquoi nous qualifions de censure ces actes qui se sont produits à notre endroit à six reprises depuis cinq ans, trois fois au sujet de la prostitution et trois fois au sujet du plus visible des symboles de l’islamisme politique. Dans ces cas, on nous avait aussi accusées d’attaquer des « groupes qui défendent les femmes ». Pour la direction de NetFemmes et pour le CDEACF, des critiques de féministes à l’endroit de positions d’autres féministes semblent être des « attaques ». Mais si un homme fait de la désinformation en déclarant que les critiques d’un symbole intégriste participent à une « furie contre les musulmanes », cela est tolérable sur une liste de diffusion féministe... Faut-il s’étonner qu’il n’y ait presque plus d’échanges ni d’information diffusés sur cette liste depuis un bon moment ?

Sisyphe aura huit ans en juin prochain. Nous croyons avoir défendu avec vigueur les droits des femmes, au cours de ces années, et contribué à sensibiliser un certain nombre de personnes à la nécessité de les défendre. En tant qu’éditrices et auteures, nous avons également contribué à notre façon à la vie de NetFemmes, et nous l’avons fait de bonne foi, avec politesse et respect, et non dans l’intention de provoquer qui que ce soit. Aussi, nous prenons comme une insulte le fait que l’une de nous soit accusée par NetFemmes de tenir des « propos haineux à l’égard des femmes ». Dans les circonstances, c’est-à-dire censurées, traitées de provocatrices, et priées de cesser de poser des questions légitimes sur des gestes inacceptables, comme si nous étions des harceleuses qui n’ont pas droit à des explications honnêtes, nous concluons que nous n’avons plus affaire dans cette liste féministe. Continuer d’y participer en étant à la merci des décisions arbitraires de sa direction reviendrait à cautionner des agissements que nous déplorons. On pourra nous lire sur le site Sisyphe et occasionnellement dans des listes de diffusion, féministes ou non, qui se montrent plus honnêtes envers leurs abonné-es et respectueuses des opinions divergentes.

Micheline Carrier et Élaine Audet, éditrices du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe.

Notes

1. Communiqué
2. L’importance de ne pas censurer le débat sur la prostitution.


La politique du secret n’est pas la nôtre. Voici donc la correspondance que nous avons échangée avec différents membres de l’administration de NetFemmes, notamment la directrice générale du CDEACF avec qui Micheline Carrier a également eu une brève conversation téléphonique.


Courriel de la modératrice de la liste, le 1 février 2010 à la suite du communiqué envoyé par Micheline Carrier

« La liste NetFemmes est là pour permettre partage, échanges, collaboration et réflexion collective. On demande explicitement un respect de la nétiquette : "Il importe avant tout de se montrer respectueuses les unes envers les autres. Les discussions doivent faire preuve de tolérance et de politesse."

« Sachant que toute la question de la prostitution et du travail du sexe en est une qui divise la communauté, la tolérance et la politesse sont d’autant plus importantes, puisqu’on souhaite que NetFemmes soit un espace où les abonnées se sentent respectées et en sécurité. La critique du documentaire sur le travail du sexe ne fait pas preuve de tolérance ni de politesse. C’est un paragraphe qui vise à provoquer dans l’optique de promouvoir un texte et un site. Ce texte n’a pas sa place dans la liste. Si vous avez des questions ou des commentaires sur cette réponse, SVP vous adresser à France Alarie, directrice adjointe du CDÉACF, à l’adresse alarie@cdeacf.ca.

En vous remerciant de votre collaboration,

Élisabeth Côté »


Courriel de Micheline Carrier, le 1 février 2010, adressé à la modératrice de la liste, Élisabeth Côté, avec copie à France Alarie

« Bonsoir,

Je ne vois pas en quoi ce paragraphe viole votre nétiquette. Il me semble répressif, de votre part, de vous faire la police des idées et de décréter que ce texte ne fait pas preuve de "tolérance et de politesse". Voilà, il me semble, un jugement de valeur : « C’est un paragraphe qui vise à provoquer dans l’optique de promouvoir un texte et un site. » Vraiment ? Quel site ? Le paragraphe que vous jugez provocateur est un extrait du texte annoncé. Nous publions en amorce dans nos communiqués un extrait des principaux textes. Vous n’avez pas vu ce documentaire qui passe en France et vous vous permettez de décréter que le Mouvement du Nid, auteur de ce texte et de ce paragraphe, veut provoquer. (La seule phrase qui m’appartient dans le paragraphe incriminé est celle-ci : « Selon le même modèle patriarcal dénoncé par le film de P. Jean, semble-t-il. ») C’est assez risible quand on connaît le Mouvement du Nid, un groupe ô combien modéré et respectueux, et dont le point de vue mérite d’être entendu. Ce point de vue rejoint de nombreuses personnes. Il est certain que je ne censurerai pas le texte ni même une seule ligne du texte du Mouvement du Nid pour faire plaisir à vos amies pro-prostitution. Mais il est aussi certain que je ne me tairai pas sur la censure qu’exerce NetFemmes sur la question de la prostitution et plus précisément sur la position abolitionniste. Trois fois sur le même sujet, en quelques années, cette censure ne peut pas être une simple coïncidence. Il y a lieu de se demander si le réseau NetFemmes s’est mis au service d’une cause en particulier au chapitre de la prostitution et s’il a pour mission de faire taire les opinions qui nuisent à cette cause. Et je le demanderai.

En attendant, je vais aviser le Mouvement du Nid que vous estimez son communiqué "intolérance et impoli" et que ce paragraphe est à vos yeux "délibérément provocateur dans l’optique de promouvoir un texte et un site". Je vous tiendrai au courant de sa réponse. »


Mme Alarie a répondu ceci à Micheline Carrier le 3 février :

« Bonjour,

Je voudrais apporter deux commentaires concernant votre raisonnement :
1) NetFemmes n’est pas la police des idées, mais nous apportons une attention particulière à la façon de les exprimer.
2) Il est clairement écrit dans notre réponse que les discussions doivent faire preuve de tolérance et de politesse. Il n’a pas été dit que votre message était intolérant et impoli.

Bonne journée,
France Alarie. »


Courriel de Madame Rosalie Ndejuru adressé à Micheline Carrier le 3 février 2010

Bonjour madame Carrier,

Suite à la politique établie par le CDÉACF, les commentaires que vous a envoyés notre directrice adjointe madame Alarie, correspondent aux normes que nous nous sommes données afin que ce lieu d’échanges soit un lieu de réflexion collective faisant preuve d’un très grand respect.

Je supporte la position de madame Alarie et par le fait même, les normes du CDEACF.

Très sincèrement,

Rosalie Ndejuru
Directrice générale
Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF)


Courriel de Micheline Carrier et d’Élaine Audet à Madame Rosalie Ndejuru, directrice générale du CDÉACF, le 4 février 2010

« Chère Madame Ndejuru,

Nous donnons suite à votre courriel du 3 février concernant la censure d’un communiqué de Sisyphe sur la liste féministe NetFemmes. Nous comprenons que vous souteniez, comme vous l’écrivez, la position de votre adjointe, Madame France Alarie, et de l’administration de NetFemmes qui ont empêché la diffusion de ce communiqué en affirmant qu’un des paragraphes - sur la prostitution - ne respecte pas la nétiquette. Néanmoins, à titre d’abonnées qui ont contribué, depuis 7 ans, au contenu de cette liste ainsi qu’aux Actualités de NetFemmes, nous estimons légitime de demander des explications au sujet de cette position. Nous insistons d’autant plus pour comprendre les motifs de cette censure que ce n’est pas la première fois qu’elle s’exerce à notre endroit sur le même sujet.

Nous aimerions nous faire expliquer ce qui est "irrespectueux, impoli et intolérant" dans l’extrait suivant d’un texte du Mouvement du Nid en France qui commente un film faisant la promotion de la prostitution et diffamant ceux et celles qui remettent en question l’idée de la prostitution comme métier :

« ’Travailleurs du sexe’, un documentaire sexiste, réactionnaire et dangereux », par Le Mouvement du Nid

« ’Travailleurs du sexe<, c’est d’abord une logorrhée sexiste, qui assène les clichés les plus éculés : toutes les femmes sont des putes, seulement certaines, plus franches, se font payer "avant" ; mais elles sont aussi la mère mal-aimante, la femme castratrice, en dernière analyse les véritables responsables de la prostitution : un "client", c’est quelqu’un qui a été "castré gravement par sa femme". Lire : http://sisyphe.org/spip.php?article3500»
(Fin de la citation)

Madame Alarie a justifié ainsi son refus de publier le communiqué (qui, soit dit en passant, contenait une quinzaine d’autres titres) :

« La liste NetFemmes est là pour permettre partage, échanges, collaboration et réflexion collective. On demande explicitement un respect de la nétiquette : "Il importe avant tout de se montrer respectueuses les unes envers les autres. Les discussions doivent faire preuve de tolérance et de politesse." Sachant que toute la question de la prostitution et du travail du sexe en est une qui divise la communauté, écrit encore Mme Alarie, la tolérance et la politesse sont d’autant plus importantes, puisqu’on souhaite que NetFemmes soit un espace où les abonnées se sentent respectées et en sécurité. La critique du documentaire sur le travail du sexe ne fait pas preuve de tolérance ni de politesse. C’est un paragraphe qui vise à provoquer dans l’optique de promouvoir un texte et un site. Ce texte n’a pas sa place dans la liste. » (Fin de la citation)

Cette audacieuse interprétation de l’extrait d’une critique sur un film nous semble relever davantage du jugement de valeur et du procès d’intention que de la tolérance, du partage et du respect. L’argument selon lequel la prostitution est un sujet qui divise la communauté ne saurait constituer un motif de censure. S’il fallait étouffer la libre expression sur tous les sujets qui « divisent la communauté », on ne parlerait plus de grand-chose nulle part.

Nous avons relu la nétiquette de la liste NetFemmes et, sincèrement Madame Ndejuru, nous ne comprenons pas qu’elle puisse empêcher la diffusion de l’extrait en cause. Cet extrait résume un article qui critique les idées véhiculées dans un film sur la prostitution, il ne constitue pas une attaque personnelle contre la personne du cinéaste ni contre qui que ce soit, ce qui justifierait la censure. Il critique des idées. Si l’administration de NetFemmes le considère comme une attaque, cela ne signifie pas qu’elle ait raison de la percevoir ainsi. Les perceptions sont subjectives et influencées par les opinions personnelles.

Le Mouvement du Nid en France, auteur du texte dont ce paragraphe est tiré, y exprime une opinion sur un film français qui fait la promotion de la prostitution et qui diffame la position abolitionniste, dont ce mouvement se réclame, et Sisyphe également. L’auteur rapporte ce qui se dit dans le film et cite certains propos entre guillemets. La direction du CDEACF outrepasse son rôle en se faisant critique du contenu d’opinions diffusées sur la liste de NetFemmes et en décidant de ce qui ne doit pas y être rapporté. Elle n’a pas à adhérer aux opinions exprimées dans ce message, ni à les rejeter d’emblée.

Depuis plus de 70 ans, dans 32 villes françaises, le Mouvement du Nid aide des personnes prostituées, celles qui veulent quitter cette industrie comme les autres. Mouvement reconnu comme modéré, il sera étonné de se voir qualifié "d’irrespectueux et d’intolérant", par l’administration d’un réseau féministe québécois, et soupçonné de vouloir « provoquer dans l’optique de promouvoir un texte et un site. » À moins que cette accusation téméraire ne vise le messager, Sisyphe, ce qui n’en serait pas moins un jugement de valeur, ni plus « poli » ni plus « respectueux » à l’égard d’une abonnée de la liste. Le cas échéant, nous préférons tout de même que se soit exprimé le ressentiment de votre adjointe et nous aimerions qu’elle nous dévoile le véritable motif de cette attitude. Il ne nous semble pas banal que la directrice adjointe du CDEACF accuse une abonnée de la liste de diffusion NetFemmes, si tel est le cas, de « vouloir provoquer dans l’option de promouvoir un texte et un site. » Cela nécessite explication.

L’une des raisons de publier des communiqués dans la liste NetFemmes n’est-elle pas d’informer les abonnées sur les différents courants de pensée qui circulent au sein des réseaux féministes du monde ? Et nous n’avions même pas invité aux débats - ce qui est censé être une autre fonction de cette liste -, nous avions simplement annoncé la publication d’un article sur un film. Toutes les abonnées de NetFemmes ne partagent pas l’idée de la "prostitution comme métier", idée que ce film véhicule et que l’article critique. La censure de ce communiqué les prive donc d’une information pertinente. La liste féministe pancanadienne PAR-L et la liste française Études féministes ont publié ce communiqué sans le trouver offensant. Peut-être la censure s’y exerce-t-elle moins promptement que dans NetFemmes, qui se veut pourtant un réseau ouvert aux échanges d’information et d’opinions de différentes tendances. Peut-être les membres hostiles à la position abolitionniste sur la prostitution y sont-ils aussi moins influents et plus « tolérants ».

Nous vous rappelons, Madame Ndejuru - puisque ces faits se sont aussi produits sous votre administration - qu’il s’agit de la troisième fois en cinq ans que NetFemmes impose à Sisyphe ou à l’une de ses éditrices la censure de messages sur la question de la prostitution (en plus de deux foissur la question du voile), toujours sous le prétexte d’un manquement à la nétiquette. NetFemmes et le CDEACF estiment-ils qu’il leur suffit de décréter un manquement à la nétiquette, en se dispensant d’en exposer la preuve, pour que les personnes mises en cause n’aient qu’à s’incliner ? Nous citer une phrase de la nétiquette, sans expliquer en quoi le texte incriminé y déroge, ne constitue pas une preuve.

L’usage de la nétiquette de façon répétée dans le but de faire obstruction à des opinions sur un sujet particulier - la prostitution – s’apparente à l’attitude de certains politiciens qui se cachent derrière les lois dans le but de maquiller et d’imposer leurs idéologies. Il nous semble que NetFemmes, un réseau d’intérêt public, subventionné à juste titre par l’État, devrait avoir la responsabilité de démontrer aux abonnées qu’il censure le bien-fondé de ses décisions. Il s’agit d’une question d’éthique et d’équité. Cette démonstration n’est pas faite dans les propos de Mme Alarie ni dans les vôtres.

Les dernières années ont vu NetFemmes évacuer presque complètement les débats sur des questions controversées, en particulier la prostitution et le voile islamique, sous le prétexte que ces questions divisent les féministes. Comme si l’unanimité était courante dans la société et était seul gage de « partage, d’échanges » au sein du mouvement féministe. On a brandi la nétiquette plus souvent que nécessaire lorsque certaines opinions dérangeaient, ce qui malmène quelque peu le « respect » de la liberté d’expression. Les opinions un peu plus « affirmées » qui s’opposaient à des idées reçues sur la prostitution comme métier se sont vues parfois qualifiées d’« attaques personnelles », de « violence », et donc contraires à la nétiquette, qui est censée selon votre adjointe assurer « la sécurité » des abonnées de la liste. Le seul fait d’exprimer des opinions contraires à celles de certains membres de NetFemmes et du CDEACF équivaut-il à une insulte et une menace à la « sécurité » ? Suffit-il que quelques membres de la liste décrètent qu’il s’agit d’une insulte et se disent offensées pour que s’exerce la censure ? Si tel est le cas, il serait difficile de soutenir que « La liste NetFemmes est là pour permettre partage, échanges, collaboration et réflexion collective. » La réflexion collective est quelque peu tronquée quand on bâillonne une partie de l’opinion.

On reproche souvent aux médias conventionnels d’empêcher la diffusion de la parole des femmes. Mais quand ce sont des listes de diffusion féministes qui empêchent la diffusion de "certaines paroles", pour des motifs qu’ils ne se donnent pas la peine d’expliquer autrement qu’en décrétant un manquement à la nétiquette, il nous semble que s’objecter à cette façon de faire et demander des explications font partie d’une démarche féministe. On est en droit de s’attendre à ce que les listes de diffusion féministes soient des lieux de libre expression pour toutes leurs membres. La tolérance, l’impartialité et la rigueur commanderaient que la direction de ces listes s’abstiennent de prêter des intentions à des abonnées et de régenter le contenu de leurs messages, dans la mesure où ces messages ne représentent pas des attaques contre la personne.

Vous le comprendrez, Mme Ndejuru, nous faisons de la résolution de ce différend entre NetFemmes-CDEACF et Sisyphe une question de principe. L’empêchement de diffuser ce genre d’information sur cette liste pourrait éventuellement concerner plus que Sisyphe et ses éditrices. Voilà pourquoi nous avons pris le temps et fait l’effort de vous expliquer longuement notre opinion. Nous attendons une réponse dans les meilleurs délais possibles à savoir comment les propos de ce paragraphe du communiqué de Sisyphe manquent de respect et de tolérance, et envers qui. Nous sommes prêtes à en discuter verbalement, si vous le jugez utile, et nous espérons que soit levée la censure d’un discours sur la prostitution que nous estimons légitime. Le premier geste de bonne entente serait de publier, tel qu’expédié par Sisyphe, le communiqué que la liste NetFemmes a refusé et de laisser les abonnées se faire leur propre opinion.

Nous vous prions et vous remercions de transmettre pour information copie de cette lettre au conseil d’administration du CDEACF.

Respectueusement,

Micheline Carrier et Élaine Audet
Éditrices de Sisyphe
http://sisyphe.org »


Réponse de la directrice du CDÉACF à Micheline Carrier, le 4 février 2010

« Bonjour Madame Carrier,

« Je vais soumettre votre longue lettre au comité de condition pour que nous puissions vous répondre le plus sincèrement et le plus solidairement possible. Je vous lis souvent et comme vous dites vous contribuez à Netfemmes depuis longtemps et plus souvent qu’autrement au plus grand plaisir de la majorité des lectrices. Je promets une réponse dans les plus brefs délais. Sans prétendre réussir à vous convaincre, je prétends au moins que je pourrai vous faire reconnaître que Netfemmes ne veut pas museler Sisyphe dont elle fait la promotion depuis les débuts de votre participation à la liste.

Sincèrement

Rosalie Ndejuru
Directrice générale
Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF)


La question du voile intégral en France

Entre-temps, le 8 février, NetFemmes a censuré un autre message de Micheline Carrier. Il s’agissait d’une réponse à un commentaire sur l’opposition au voile intégral, en France, que Martin Dufresne a publié dans la liste. Voici ce commentaire suivi de la réponse que NetFemmes n’a pas publiée, sans donner de justification à son auteure.

Message de Martin Dufresne intitulé : « Cachez ce foulard… »

« Comme les partis progressistes français montrent des signes d’hésitation à se joindre à la fureur contre les Musulmanes (le PS ne votera pas l’interdiction du voile intégral et le Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot aura une candidate musulmane visible aux prochaines élections françaises), c’est contre eux que les insultes se focalisent, avec les effets d’entraînement habituels chez les chroniqueurs réac dans nos propres médias, le tout voilé de soi-disant souci de la laïcité dans un Québec chrétien plus intégriste que jamais.
Une occasion de relire Christine Delphy "Un point de vue féministe contre l’exclusion des élèves voilées" http://lmsi.net/article.php3?id_article=186
et Alain Badiou : "Derrière la loi foulardière, la peur"
http://pagesperso-orange.fr/felina/doc/laic/badiou.htm
M. Dufresne »

La réponse de Micheline Carrier à ce commentaire portait le titre :

« Cessez plutôt d’assimiler l’opposition au voile islamique à de "la fureur contre les musulmanes" »

« Comme les partis progressistes français montrent des signes d’hésitation à se joindre à la fureur contre les Musulmanes... » (M. Dufresne, voir plus bas)

« Ces propos de Monsieur Dufresne, qui assimile sans nuance les positions françaises à "une fureur contre les Musulmanes", quand il s’agit plutôt de la contestation d’un symbole politique de soumission des femmes imposé par des islamistes radicaux (loin d’être la majorité des musulmans), sous le couvert de croyances religieuses, me semblent de la désinformation pure et simple. Je crois en outre qu’un homme est mal placé pour juger d’un symbole d’oppression des femmes, comme le foulard islamique (il n’y a aucun risque qu’on lui impose de le porter). Il devrait se faire plus discret sur des sujets qui le mettent en position de solidarité avec sa classe, les hommes en général - et les hommes islamistes radicaux qui imposent un symbole de soumission aux femmes soi-disant au nom de croyances font partie de cette classe en position de pouvoir par rapport aux femmes, comme en font partie les hommes du Vatican quand ils lancent leurs décrets sur ce qui convient aux femmes. Ce qui est détestable chez les catholiques conservateurs ne l’est pas moins dans les prescriptions des islamistes intégristes.

« Christine Delphy n’est pas la seule féministe qui ait du bon sens en France, et parmi ces féministes, plusieurs contestent le foulard islamique, et encore plus, le voile intégral sur lequel le rapport Gérin s’est prononcé. Ce ne sont pas des "furies" dressées contre les musulmanes. Parmi elles, des femmes directement concernées par les lois islamiques : Fadela Amara, Wassyla Tamzali, Faïza Skandrani, Mimouna Hadjam, Ann Assieh PAK, Taslima Nasreen, Nadia Châabane (cette dernière a déjà écrit : "Je demande à toutes les femmes musulmanes de faire l’effort de lire par elles-mêmes, de se renseigner et de refuser de se résigner à endosser ce voile de l’infamie."), et bien d’autres, sans compter de nombreuses autres françaises bien connues (Michèle Vianès, Yvette Roudy, Gisèle Halimi, Michèle Dayras, É. Badinter, Annie Sugier, Anne Zelensky, et j’en passe). Trois rubriques sur Sisyphe contiennent des positions de nombreuses auteures sur cette question. Et aucune ne discrédite les femmes musulmanes, bien au contraire.

http://sisyphe.org/spip.php?rubrique117
http://sisyphe.org/spip.php?rubrique2
http://sisyphe.org/spip.php?rubrique49

* Joignez votre voix à notre appel pour une charte de la laïcité au Québec : http://sisyphe.org/spip.php?article3310

Il n’y a rien de "furieux" dans cet appel. Micheline Carrier »


Courriel de Micheline Carrier à Mme Rosalie Ndejuru le 12 février 2010

Madame Rosalie Ndejuru
Directrice générale du CDEACF

Bonjour Madame Ndejuru,

J’ai expédié hier le 8 février à 13h50 sur la liste NetFemmes un message répondant à celui de Martin Dufresne, qui parlait de "fureur contre les musulmanes" pour qualifier l’opposition au voile intégral en France. Un jugement de valeur, selon moi, et en terme de nétiquette peut-être même de la "provocation" (si on lui prête cette intention). Mais ce message n’a pas fait sourciller les modératrices de la liste puisqu’il est passé comme lettre à la poste. Ma réponse à ce message n’a pas été publiée et je m’attends à ce qu’elle le soit par souci d’équité et de rectification de l’information donnée par M. Dufresne. Sinon, ce sera la troisième fois que je suis censurée aussi sur ce dossier (en plus des trois fois que nous l’avons été Élaine et moi sur la prostitution, incluant le dernier communiqué de Sisyphe) - et ce qui plus est, les trois fois en essayant de répondre à un commentaire de ce même abonné. De quoi s’interroger, il me semble, sur les critères de la modération. Vous trouverez à la fin de ce courriel le message que j’ai expédié à la liste hier, ainsi que le message auquel je répondais.

En outre, j’aimerais savoir quand nous devons recevoir votre réponse à la lettre que nous vous avons adressée le 2 février relativement à la censure de notre communiqué (plus précisément d’un paragraphe d’un texte du Mouvement du Nid sur un film faisant la promotion de la prostitution). Lettre que nous souhaitions d’ailleurs voir transmise au conseil d’administration du CDEACF et à laquelle nous aimerions recevoir une réponse au cours de cette semaine.

Je vous remercie de votre attention.

Micheline Carrier »


Réponse de Mme Rosalie Ndejuru à Micheline Carrier le 12 février 2010

« Chère madame Carrier,

« Vous excuserez le retard que j’ai mis à vous répondre, j’ai eu des empêchements majeurs mais aussi j’avais besoin de temps pour m’informer davantage sur notre attitude à l’égard de Sisyphe comme vous écrivez et de ses éditrices.

« La modération de Netfemmes et la direction du CDEACF apprécient beaucoup la majorité des contenus que vous diffusez que ce soit sur notre Liste ou sur votre site. Vous interprétez notre Netiquette différemment de nous, soit !

* La liste Netfemmes est modérée parce que nous voulons imposer la netiquette ,

* Chaque fois que nous avons refusé de diffuser quelque chose que
vous nous avez soumis, nous vous avons fourni une longue explication,

* Jamais le CDÉACF ne s’est engagé à afficher tout ce qui lui est
soumis pour diffusion sur ses listes, et cela, en raison de sa
nétiquette,

« Espérant que vous acceptiez mes explications et toutes celles de mes collègues et que nous n’avons plus à revenir là dessus, je vous prie de bien vouloir agréer madame Carrier, l’expression de mes sincères salutations.

Rosalie Ndejuru
Directrice générale
Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF)


Réponse de Micheline Carrier, le 21 février 2010, au courriel précédent

Bonjour Madame Ndejuru,

Je comprends que vous souhaitiez ne plus « revenir là dessus », mais je crois sincèrement que le problème n’est pas résolu. Il me serait difficile d’accepter vos explications concernant la censure que NetFemmes m’a imposée à deux reprises en huit jours puisque vous ne m’avez pas donné les explications demandées. Votre réponse élude toutes les questions que soulevait la lettre qu’Élaine Audet et moi-même vous avons expédiée le 2 février, ainsi que celles soulevées dans mon courriel du 10 février.

De plus, l’incident survenu le 17 février nécessiterait lui aussi une explication. Le paragraphe d’un texte sur la prostitution publié par le Mouvement du Nid, qui m’a valu la censure du 1er février, a été publié mot pour mot par une autre abonnée sur la liste NetFemmes, le 17 février. Pourquoi contrevenait-il à la nétiquette quand c’est moi qui voulais le publier dans NetFemmes et n’y contrevenait-il pas quand une autre abonnée l’a expédié à la liste ?

De plus, votre réponse à notre lettre comporte quelques inexactitudes.

Première inexactitude - « Chaque fois que nous avons refusé de diffuser quelque chose que vous nous avez soumis, nous vous avons fourni une longue explication".

Dans les cas de censure antérieurs aux deux cas du 1er et du 8 février 2010, on a justifié le refus de diffuser nos messages en alléguant sa non-conformité à la nétiquette. Quand nous avons demandé en quoi il n’y était pas conforme, nous n’avons pas obtenu d’autre réponse que celles évoquant "le respect", la "tolérance", la "politesse", "ne pas critiquer des groupes de femmes", de ne pas faire "d’attaques personnelles". Les "longues explications" que NetFemmes nous aurait données, selon vous, n’ont jamais comporté la démonstration de ce qui était intolérant ou irrespectueux dans nos propos, en quoi nous "attaquions" en exprimant des opinions différentes de celles de certains groupes de femmes. Les "longues explications" sont restées davantage à un niveau d’affirmations arbitraires ou subjectives. À la question : "En quoi notre message manque-t-il à la nétiquette, en quoi est-il "irrespectueux. Impoli, intolérant ?", la réponse équivaut à ceci : "Parce que c’est comme ça." Il est difficile de ne pas conclure à un refus de répondre.

Deuxième inexactitude - loin de la "longue explication" que vous dites nous avoir toujours donnée, je n’ai reçu AUCUN AVIS de la liste NetFemmes relativement au motif de ne pas publier mon message de lundi le 8 février. On ne l’a pas publié, c’est tout. Le message refusé faisait suite à un commentaire du correspondant masculin de la liste qui associait la position française contre le voile intégral à de la "fureur contre les musulmanes". L’administration de NetFemmes n’a rien trouvé "d’irrespectueux, ni d’intolérant" dans cet amalgame et cette stratégie de désinformation.

Vous dites également : « Jamais le CDÉACF ne s’est engagé à afficher tout ce qui lui est soumis pour diffusion sur ses listes, et cela, en raison de sa nétiquette. »

Le CDEACF a certainement le droit de refuser la publication de messages, mais si cette liste est gérée démocratiquement, il est légitime que des abonnées obtiennent les motifs véritables du rejet de leurs messages. Puisque le respect et la politesse semblent importants pour NetFemmes, ne serait-il pas plus respectueux et courtois envers des abonnées de répondre clairement et entièrement à une demande d’explication sur la censure pratiquée ? Surtout quand vous publiez sous la signature d’une autre abonnée le paragraphe que vous avez jugé impubliable quand Sisyphe a voulu le diffuser 15 jours plus tôt. Nous croyons, Élaine et moi, avoir contribué à NetFemmes plus qu’accessoirement depuis plusieurs années. Nous censurer de la sorte et nous refuser des explications franches en espérant que « vous n’aurez pas à revenir là dessus » (autrement dit « cessez de nous importuner ») parce que nous nous tairions pour acheter la paix apparaît une attitude plutôt cavalière.

Nous estimons inacceptables la censure sur ces deux sujets et le peu de justification qui nous en a été donné, d’autant plus que cette censure nous a touchées à plus d’une reprise depuis cinq ans. La liste NetFemmes pratique le « deux poids deux mesures », par exemple, en permettant à un proféministe de s’exprimer comme il l’entend, tout en empêchant des féministes de lui répondre. Cela illustre la reproduction d’un pouvoir que les discours que nous lisons dans les messages de la liste NetFemmes prétendent combattre.

Cette censure et la façon dont vous répondez à nos interrogations ont une signification trop importante pour que nous tournions la page comme si rien ne s’était passé. Elle soulève une question de principe ainsi que l’hypothèse d’une orientation biaisée de la modération de la liste. Si ce réseau, soutenu à juste titre par les fonds publics, et censément au service de l’ensemble des femmes et des divers points de vue féministes, choisit qui peut s’exprimer, comment et quand ; s’il peut envoyer promener les abonnées qui lui demandent de justifier des décisions contestables, il me semble qu’il remplit mal son rôle. La liberté d’expression dans ce genre de listes de diffusion ainsi que l’honnêteté et l’intégrité dans les échanges sont des valeurs que nous défendons. Si l’on nous reproche d’étaler publiquement ces cas de censure, parce que ça démontrerait que les féministes ne sont pas plus unanimes que les autres groupes de al société, nous demandons à qui servirait le silence. Une politique du silence et du secret nous semble desservir les objectifs du féminisme, museler une seconde fois les personnes qu’on censure et encourager les attitudes inéquitables et antidémocratiques. La censure arbitraire a pour effet, et peut-être aussi pour objectif, de démobiliser, de déstabiliser et d’inciter la personne mise en cause à limiter ses interventions ultérieures sur un sujet déterminé. Si l’on accepte de se laisser bâillonner dans des lieux qui sont censés favoriser les échanges et l’expression féministes, on finira par ne plus pouvoir s’exprimer nulle part.

Bien à vous,

Micheline Carrier »


Courriel de la directrice générale Rosalie Ndejuru le 23 février 2010, à Micheline Carrier et à Élaine Audet

Bonjour mesdames,

Contrairement à vous, je n’ai la plume ni aussi belle ni aussi facile, donc vous permettrez que je sois brève. Nous voulons et devons mettre fin à cet échange acrimonieux et stérile. les modératrices de NetFemmes ne censurent pas les éditrices de Sisyphe : elles rejettent parfois des textes qu’elles considèrent entrefreindre la Nétiquette. Dans le dernier cas, l’extrait que vous avez envoyé "Travailleurs du sexe", « c’est d’abord une logorrhée sexiste, qui assène les clichés les plus éculés : toutes les femmes sont des putes, seulement certaines, plus franches, se font payer "avant" ; mais elles sont aussi la mère mal-aimante, la femme castratrice, en dernière analyse les véritables responsables de la prostitution : un "client" c’est quelqu’un qui a été castré grave par sa femme », était hors contexte. Il faisait croire que la rédactrice tenait ces propos-là à l’égard du Mouvement du Nid, ce qui contrevient à la nétiquette, car ça attaque un groupe qui travaille pour les femmes. Tel a été la compréhension de la modératrice de Netfemmes, elle a fait valider par une autre personne qui a compris les choses de la même façon. Nous avons passé l’extrait sans contexte aux membres du comité condition féminine, qui ont voté dans le même sens. Et hier en conseil d’administration, la décision était unanime, cet extrait hors contexte est haineux envers les femmes. Dans le second cas où vous dites que le même texte avait été accepté, il était clair qu’il s’agissait d’un texte qui provient du Nid. Et nous avons refait le processus aussi bien auprès du comité Condition féminine et au Conseil d’administration. La décision qui a été prise est d’expliciter davantage dans la nétiquette, que les règles s’imposent également pour les extraits et les citations, ce qui ne semblait pas clair. Vous voyez que j’ai amené comme promis votre lettre au Conseil d’administration. Je vous enverrai d’ailleurs une réponse officielle de sa part dans les prochains jours. Madame carrier, madame Audet, les modératrices de Netfemmes ne veulent et ne peuvent censurer les personnes morales ou physiques. Elles rejettent des propos qu’elles, seules, ont le droit de juger selon leur interprétation de la nétiquette existante. Comem directrice générale, je dois les encourager à faire leur travail de façon autonome, responsable et professionnelle. Espérant cet incident définitivement clos, je vous souhaite une bonne journée.

Rosalie Ndejuru,
Directrice générale


Ainsi, Mme Ndejuru et le conseil d’administration continuent de prétendre qu’ils ont pensé que Micheline Carrier attaquait le Mouvement du Nid, alors qu’au moins à trois reprises dans les courriels précédents, et dès le 1 février, nous avons répété que ce paragraphe entre guillemets avait pour auteur le Mouvement du Nid.


Réponse de Micheline Carrier et d’Élaine Audet à Mme Ndejuru, le 24 février 2010

« Madame,

Nous cesserons de demander des explications, comme vous le souhaitez, nous savons bien que nous n’en aurons jamais de convaincantes. Voici ci-dessous le communiqué en question (si cela peut servir à quelque chose de le rappeler), communiqué que les listes PAR-L et Études féministes ont dû comprendre puisqu’elles l’ont publié. Vous constaterez : 1. Le paragraphe comportait des guillemets ; 2. le nom de l’auteur (Mouvement du Nid) était bien écrit et 3. le texte intégral renvoyait à l’article publié sur Sisyphe parce que le Mouvement du Nid nous avait demandé de le publier (l’article sur Sisyphe indiquait la source) 4. S’il y avait doute, un simple clic sur le lien dans le courriel aurait pu le dissiper ; 5. les modératrices auraient pu nous poser la question au lieu de nous envoyer des extraits de la nétiquette en refusant de le publier. Difficile de croire qu’on ait pu penser que nous attaquions le Mouvement du Nid, quand cela fait près de 8 ans que notre position abolitionniste est connue, que Sisyphe partage ouvertement les prises de position de ce mouvement, les publie même et les annonce dans la liste Netfemmes. Vraiment...

Par ailleurs, aucune justification n’a été donnée pour ne pas avoir publié la réponse de Micheline Carrier à Martin Dufresne (voir à la fin de ce message). Nous n’en attendons plus. Il existe une valeur qui s’appelle l’honnêteté et nous ne la retrouvons pas dans les réponses que nous avons reçues concernant ces deux cas de censure.

Micheline Carrier et Élaine Audet,
pour Sisyphe


Courriel d’Élaine Audet à la directrice générale Rosalie Ndejuru le 25 février 2010

J’ai bien lu vos réponses à nos courriels concernant la censure récente de deux courriels envoyés par Micheline Carrier à la liste netfemmes, mais je tiens à vous écrire personnellement pour vous dire à quel point votre malhonnêteté intellectuelle me choque. Je ne reviendrai pas sur les faits que nous vous avons exposés en long et en large, mais m’en tiendrai à deux points :

1. Dans un communiqué annonçant les derniers articles parus sur Sisyphe figure un passage entre guillemets d’une critique écrite par le Mouvement du Nid sur un film intitulé "Les travailleurs du sexe". Cet article a été publié sur Sisyphe à la demande du Mouvement du Nid. Comment pouvez-vous prétendre que Sisyphe contrevient à la netiquette en publiant quelques lignes de cette critique dans un communiqué annonçant plusieurs autres articles récemment parus. Comment se fait-il que les listes Études féministes et PAR-L n’y ont vu aucun manquement à la netiquette et que NetFemmes quelques jours plus tard a publié ce même passage de l’article du Mouvement du Nid quand c’est une autre abonnée qui l’a envoyé ? Donc, quand c’est Sisyphe qui transmet le lien vers un article, cela contrevient à la netiquette, alors que vous ne voyez rien à redire quand il provient d’une autre abonnée. Rien ne peut mieux illustrer votre partialité à notre égard. J’ai été l’une des premières à m’abonner à NetFemmes, que je recommandais dans mes chroniques comme un espace précieux de discussion pour les femmes. Je n’aurais jamais pensé qu’une telle liste deviendrait un rouleau compresseur pour promouvoir une unanimité factice, un espace frileux où le débat d’idées est assimilé à une guerre. Comment peut-on faire avancer les idées si leur confrontation est réprouvée et censurée aveuglément ? Manifestement, vous n’avez pas compris que nous ne nous contentions que de citer cette critique du film sur les travailleurs du sexe écrite par le Mouvement abolitionniste du Nid.

2. Sur une si belle lancée, vous avez décidé de censurer sans explications la réponse de Micheline Carrier à Martin Dufresne qui considère comme de "la fureur contre les musulmanes" l’interdiction de la burqa en France. Dans d’autres messages, ce même abonné qualifie impunément d’islamophobie toute prise de position en faveur de la laïcité dans la fonction publique québécoise. Et, bien sûr, vous n’y voyez aucun manquement à la netiquette. Pour moi, qui vit au sein de la communauté iranienne depuis cinquante ans, ces accusations répétées sont très insultantes. Ces femmes courageuses, comme leurs soeurs arabes, luttent pour en finir avec des coutumes moyennâgeuses qui n’ont rien à voir avec la religion, mais tout à voir avec le contrôle patriarcal sur les femmes. Plusieurs experts de l’islam ont déjà démontré que le Coran ne formule aucune obligation de porter le voile, le niqab ou la burqa. Pour vous, ne semble compter qu’une minorité de femmes voilées qui refusent de respecter les valeurs prônées dans leur société d’accueil, soit la laïcité de l’État, l’égalité entre les hommes et les femmes et le français comme langue commune. Pourtant, un grand nombre de femmes et d’hommes originaires de pays arabes ou de l’Iran ont signé sur le site sisyphe.org, avec plus de 1,500 personnes à ce jour, l’appel pour l’élaboration d’une Charte de la laïcité qui sera déposée à l’Assemblée nationale du Québec dans quelques mois (voir page).

Comment ne pas conclure que seules les tenantes de la position de la FFQ sur le voile et le "travail du sexe" ont droit de parole sur la liste netfemmes ? Or, cette liste est subventionnée pour refléter la diversité des opinions et stimuler l’échange d’idées entre femmes et non pour imposer par la censure un dénominateur commun à toutes.

Élaine Audet
éditrice


Trois 3 semaines plus tard, soit le 12 mars, ce n’est pas à Élaine Audet que la secrétaire du conseil d’administration du CDEACF, Mme Élaine Vachon, répond, mais à Micheline Carrier....

« Madame Micheline Carrier,

Nous aimerions vous informer que le conseil d’administration a reçu copie de la lettre que vous avez adressée à madame Ndejuru le 4 février dernier. Il a également été informé de tous les échanges qui ont eu lieu entre vous et différentes employées du CDEACF et a pris connaissance de la décision de notre comité en Condition féminine.

Après l’analyse des informations présentées, notre conseil d’administration ne peut que réitérer son appui aux différentes décisions prises à ce jour par l’équipe du CDEACF et de son comité en Condition féminine.

Nous voudrions vous assurer que notre équipe de travail ne refusera jamais de publier un texte, ou article soumis, sans avoir d’abord pris temps d’en faire une analyse et réflexion objective validée. Le tout en conformité de notre Nétiquette que nos usagères et usagers s’engagent également à respecter.

Nous aimerions que cessent les nombreux appels auprès des membres de notre équipe de travail qui ne font, après tout, qu’appliquer des règles connues et diffusées.

Merci de votre compréhension et au plaisir de continuer à collaborer avec nous dans le respect de nos contraintes réciproques.

Elaine Vachon

Secretaire du conseil d’administration Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF) »


Et Micheline Carrier a répondu le même jour à Élaine Vachon, Secrétaire du conseil d’administration Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF)

« Madame,

Je n’apprécie guère le ton de votre courriel qui laisse entendre que j’ai harcelé votre personnel (« Nous aimerions que cessent les nombreux appels auprès des membres de notre équipe de travail qui ne font, après tout, qu’appliquer des règles connues et diffusées. ») et je ne le trouve pas très respectueux. Je ne suis pas sous votre autorité ni une enfant d’école que vous pouvez sermonner comme bon vous semble. Depuis le 24 février, le seul contact que j’ai eu avec un membre du personnel de NetFemmes et du CDEAC est un échange courriel courtois, le 2 mars, avec Élisabeth Côté qui m’a signalé qu’un communiqué posté dans les Actualités était mal formaté. Entre le 2 et le 23 février, Élaine Audet et moi avons envoyé 4 ou 5 courriels - 1 à une personne et les autres à une autre - pour chercher à comprendre les deux cas de censure qui me touchaient et j’ai aussi fait un appel téléphonique à la directrice du CDEAC. Et vous me relancez le 12 mars - trois semaines plus tard - au sujet de soi-disant "nombreux appels" que j’aurais faits auprès du personnel... Nous n’écrivons plus sur la liste NetFemmes depuis que j’ai été censurée, c’est-à-dire depuis presqu’un mois et demi, et si vous jetez un coup d’oeil dans les Actualités vous verrez que nous n’y sommes guère présentes depuis ce temps. Votre courriel me semble donc pour le moins incongru. J’ose espérer que le simple fait que je vous dise ce que j’en pense ne sera pas considéré comme faisant partie des "nombreux appels" indésirables.

Micheline Carrier »

Fin des échanges de correspondance

Mis en ligne sur Sisyphe, le 16 mars 2010


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  • Mauvaise interprétation peut-être
    (1/6) 23 mars 2010 , par J. Richard

    rép: Monica Vallée
    rép: Marie-Ève
  • Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    (2/6) 22 mars 2010 , par Doudou

  • Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    (3/6) 22 mars 2010 , par Justine

  • Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    (4/6) 22 mars 2010 , par Florence Bouchard

  • Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    (5/6) 22 mars 2010 , par Jacinthe Brunet

  • Troublant
    (6/6) 21 mars 2010 , par Hélène Gagné





  • Mauvaise interprétation peut-être
    23 mars 2010 , par J. Richard   [retour au début des forums]

    Quel dommage, cette incompréhension mutuelle. Il se peut que l’administration ait "réellement" mal compris le premier message, je veux bien lui donner le bénéfice du doute sur ce point. Mais pourquoi s’entêter dans sa position quand les explications démontrant qu’elle se trompait lui ont été données ? Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de dérouler le tapis rouge pour un homme qui s’exprime sur une liste féministe et d’un autre côté refuser qu’une femme lui réponde sans fournir d’explication sur ce refus par dessus le marché ? Qu’est-ce qui ne va pas chez les féministes depuis quelque temps, quelqu’un le sait-il ? Quand ce n’est pas des groupes qui se laissent influencer par des femmes intégristes (oui, ça existe des femmes intégristes) au nom de je ne sais quelle liberté de choix, c’en est d’autres qui empêchent les débats sur des sujets pourtant d’actualité comme si les féministes vivaient en marge de la société, c’est plutôt démobilisant.

    Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    22 mars 2010 , par Doudou   [retour au début des forums]

    Ce qui me frappe c’est qu’on n’a pas répondu sur la censure concernant le fameux voile. Pas un traître mot, en soi ce silence est plutôt éloquent, non ?

    Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    22 mars 2010 , par Justine   [retour au début des forums]

    Le fait de publiciser cette erreur manifeste de la liste féministe n’améliorera pas l’image du mouvement dont la division est notoire mais la faute en est à la liste elle-même qui n’a pas eu le courage de reconnaître son erreur dès le début et a plutôt blâmer jusqu’à la fin les responsables du site en les traitant presque d’hargneuses parce qu’elles se défendaient. Il y a un ton "mère supérieure" dans les lettres de la direction de cette liste et du centre, il serait peut-être mieux d’adapter ce ton aux personnes auxquelles elle s’adresse et aux circonstances, car l’autoritarisme est passé de mode.

    Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    22 mars 2010 , par Florence Bouchard   [retour au début des forums]

    C’est vraiment désolant, une telle attitude peut démobiliser les féministes les plus ardentes, les plus dévouées à la cause. Je comprendrais que vous soyez lasses de vous battre, mais n’abandonnez pas, continuez de vous exprimer, même si on cherche à vous faire passer pour des extrémistes, même si on essaie de vous dévaloriser en insinuant que vous vous en prenez aux femmes de façon haineuse. Ce qui est de la plus haute fantaisie. Si vous ne le faites plus, il n’en restera pas beaucoup à le faire car le mouvement féministe québécois devient sclérosé. Il a vraiment besoin de personnes comme vous qui osent dire haut et fort ce que d’autres pensent mais ne sont pas toujours en mesure de dire. Il faut jouir d’une grande indépendance de pensée (et ne pas dépendre de groupes ou d’institutions sur le plan financier) pour se maintenir debout face à des individus et des groupes qui ont peut-être des intérêts inavouvés à pratiquer cette forme de censure démobilisante. Je dis ça sans les connaître, toutefois, je suis en mesure de constater par les échanges publiés que quelque chose ne tourne pas rond dans le réseau qui essaie de bâillonner ses abonnés sur les sujets les plus controversés. On dit que les femmes n’aiment pas la controverse, mais tout de même... Bien désolant.

    Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
    22 mars 2010 , par Jacinthe Brunet   [retour au début des forums]

    Est-ce qu’il faudrait s’en surprendre ??? Netfemmes - FFQ - Qs - et tous les béni-oui-oui adeptes du relativisme ont le même combat.

    Troublant
    21 mars 2010 , par Hélène Gagné   [retour au début des forums]

    Je trouve cette histoire troublante et je suis abasourdie d’apprendre qu’un site féministe ait pu considérer que les responsables du site Sisyphe tiennent des propos haineux à l’égard des femmes. Je comprends ces dernières de se sentir blessées. Je fréquente ce site depuis plusieurs années et je n’y ai pas vu d’intolérance ni de manque de respect envers les femmes. J’apprécie notamment la place importante qui y est faite aux femmes de différents pays et l’audace des responsables de prendre parti.

    Cet incident rappelle que le féminisme radical est mal accepté au sein du mouvement féministe, il est seulement toléré, quand on a l’occasion de le bâillonner, on ne s’en prive pas quitte à inventer un problème. Appeler "un chat un chat" et mettre le doigt sur certaines incohérences dans des analyses féministes ne plaît décidément pas à toutes. J’espère que cette façon de traiter des féministes n’en découragera pas d’autres à s’exprimer.


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