| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






dimanche 27 juin 2010

La Marche mondiale des femmes dix ans plus tard

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Élaine Audet et Micheline Carrier, récipiendaires du Prix PDF QUÉBEC 2016
Vous avez dit "mauvais genre" ?
Lorraine Pagé trace un tableau de la situation des femmes dans le monde
Sexisme politique, sexe social
Révolution féministe : site féministe universaliste et laïc
Il faut abolir les prisons pour femmes
Le féminisme islamique est-il un pseudo-féminisme ?
Pour un féminisme pluriel
Cachez-moi ce vilain féminisme
Féminisme - Le Groupe des treize veut rencontrer la ministre à la Condition féminine Lise Thériault
Combattre le patriarcat pour la dignité des femmes et le salut du monde
Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal
Banaliser la misogynie, c’est dangereux
Féminisme - Faut-il faire le jeu du "Diviser pour régner" ?
Je suis blanche et vous me le reprochez !
La pensée binaire du féminisme intersectionnel ne peut que mener à l’incohérence
Lutter contre la pauvreté des femmes et la violence des hommes envers elles
"Du pain et des roses" - Le 26 mai 1995, une grande aventure débutait
Portrait des Québécoises en 2015 - L’égalité ? Mon œil !
Je plaide pour un féminisme qui n’essaie pas de s’édulcorer
La Maison de Marthe, première récipiendaire du Prix PDF Québec
Ensemble, réussir la 4ième Marche Mondiale des Femmes ! Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous resterons en marche !
Des "Déchaînées" aux genoux du patriarcat !
L’intervention féministe intersectionnelle – Troquer un idéal pour une idéologie trompeuse ?
Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire
Au cœur de la division du mouvement féministe québécois : deux visions
Désaccord sur le virage de la Fédération des femmes du Québec
Féminisme islamique - Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme
États généraux du féminisme - Des sujets importants écartés : "De qui ou de quoi avons-nous peur ?"
PDF Québec est lancé ! - Une voix pour les droits des femmes
États généraux et FFQ - Un féminisme accusateur source de dissension
Ignorer et défendre la domination masculine : le piège de l’intersectionnalité
Comment les hommes peuvent appuyer le féminisme
Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman
Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité
Les micro-identités et le "libre choix" érigé en système menacent les luttes féministes
La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme
L’écriture équitable - La féminisation des textes est un acte politique
Réfutation de mensonges au sujet d’Andrea Dworkin
Une éducation féministe donne de meilleurs fils
"Rien n’a encore pu me détruire" : entretien avec Catharine A. MacKinnon
France - La mainmise des hommes sur le monde de la radio
États généraux sur le féminisme au Québec/FFQ - Des exclusions fondées sur des motifs idéologiques et des faussetés
Le mouvement des « droits des hommes », la CAFE et l’Université de Toronto
Mensonges patriarcaux - Le mouvement des « droits des hommes » et sa misogynie sur nos campus
Féministes, gare à la dépolitisation ! Les féminismes individualiste et postmoderne
"Les femmes de droite", une oeuvre magistrale d’Andrea Dworkin
"Je suis libre", une incantation magique censée nous libérer des structures oppressives
Trans, queers et libéraux font annuler une conférence féministe radicale à Londres
« Le féminisme ou la mort »
"Des paradis vraiment bizarres" - "Reflets dans un œil d’homme ", un essai de Nancy Huston
Quand les stéréotypes contrôlent nos sens
"Agentivité sexuelle" et appropriation des stratégies sexistes
Cessons de dire que les jeunes femmes ne s’identifient pas au féminisme !
Un grand moment de féminisme en milieu universitaire
Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine
Résistance au sexe en contexte hétérosexuel
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
"Heartbreak", une autobiographie d’Andrea Dworkin
Hockey, suicide et construction sociale de la masculinité
Polémique sur l’enseignement du genre dans les manuels scolaires en France
Le "Gender" à l’américaine - Un verbiage qui noie la réalité du pouvoir patriarcal
2011-2015 - Un plan d’action pour un Québec égalitaire
NousFemmes.org
L’égalité inachevée
Journée internationale des femmes 2011 - Briser le silence sur toutes les formes de sexisme
En France et ailleurs, 2010, une mauvaise année pour les femmes
Ce qu’est le féminisme radical
Polygamie - Le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et “racisées” appuie l’avis du CSF
Il y a trois ans, mon cher Léo...
La Fédération des femmes du Québec représente-t-elle toutes les femmes ?
Tout est rentable dans le corps des femmes... pour ceux qui l’exploitent
Incessante tyrannie
Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions
Le "gender gap" dans les Technologies de l’information et de la communication
Azilda Marchand : une Québécoise qui fut de tous les combats pour les femmes !
Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis ?
Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
Regard sur l’égalité entre les femmes et les hommes : où en sommes-nous au Québec ?
Féminisme en ménopause ?
Ce n’est pas la France des NOBELS !
Écarter d’excellentes candidates en médecine ? Inadmissible !
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
La question des privilèges - Le réalisateur Patric Jean répond à des critiques
Lettre à Patric Jean, réalisateur de "La domination masculine", et à bien d’autres...
Une grande féministe, Laurette Chrétien-Sloan, décédée en décembre 2009
Le travail, tant qu’il nous plaira !
Comme une odeur de misogynie
La patineuse
Invasion du sexisme dans un lycée public
Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions
"Toutes et tous ensemble pour les droits des femmes !"
Cent ans d’antiféminisme
MLF : "Antoinette Fouque a un petit côté sectaire"
Des femmes : Une histoire du MLF de 1968 à 2008
Qui est déconnectée ? Réponse à Nathalie Collard
Manifeste du rassemblement pancanadien des jeunes féministes
Pour une Charte des droits des femmes
Andy Srougi perd sa poursuite en diffamation
La lesbienne dans Le Deuxième Sexe
Le livre noir de la condition des femmes
La percée de la mouvance masculiniste en Occident
Procès du féminisme
Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste
Une critique des pages sur le viol du livre "Le Plaisir de tuer"
Mise au point sur la suspension d’un article critiquant le livre du Dr Michel Dubec
Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical
L’égalité des femmes au Québec, loin de la coupe aux lèvres !
Je suis féministe !
Écoféminisme et économie
Poursuite contre Barbara Legault et la revue "À Bâbord !" - Mise à jour
Biographie de Léo Thiers-Vidal
Vivement le temps de prendre son temps !
Séances d’information pour le projet d’une Politique d’égalité à la Ville de Montréal
Florence Montreynaud fait oeuvre d’amour et de mémoire
Magazines pour filles, changement de ton !
Un 30e anniversaire de la JIF sous la fronde conservatrice
L’égalité des femmes au Québec est-elle plus qu’une façade ?
Colloque sur Antigone
Prostitution et trafic sexuel - Dossier principal sur Sisyphe.org
Golf : "Gentlemen only, ladies forbidden" ?
Méchant ressac ou KIA raison ?
Dégénération de "Mes aïeux", un engouement questionnant
Les « Gender Studies », un gruyère confortable pour les universitaires
Réflexions "scientifiques" du haut du Mont Grey Lock
Madame, s’il vous plaît !
Annie Leclerc, philosophe
Des arguments de poids...
Pour hommes seulement
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Peau d’Âme ou Beautés désespérées ?
Réflexions et questionnement d’une féministe en mutation
Mais pourquoi est-elle si méchante ?
Le concours « Les Jeudis Seins » s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation sociale
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice. Qu’elles vivent !
Jeux olympiques 2006 : félicitations, les filles !
7e Grève mondiale des femmes - Le Venezuela donne l’exemple
Évolution des droits des Québécoises et parcours d’une militante
2005, l’année de l’homme au Québec
Mes "problèmes de sexe" chez le garagiste !
Brèves considérations autour des représentations contemporaines du corps
OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, NON à la décriminalisation de la prostitution
"Femmes, le pouvoir impossible", un livre de Marie-Joseph Bertini
L’AFEAS veut la représentation égalitaire à l’Assemblée nationale du Québec
Elles sont jeunes... eux pas
Dis-moi, « le genre », ça veut dire quoi ?
Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?
Déconstruction du discours masculiniste sur la violence
Les hommes vont mal. Ah bon ?
La face visible d’un nouveau patriarcat
Quelle alternative au patriarcat ?
Le projet de loi du gouvernement Raffarin "relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste et homophobe" est indéfendable
L’influence des groupes de pères séparés sur le droit de la famille en Australie
Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois
Retrouver l’élan du féminisme
Le droit d’éliminer les filles dans l’oeuf ?
Le système patriarcal à la base des inégalités entre les sexes
Des nouvelles des masculinistes
Masculinisme et système de justice : du pleurnichage à l’intimidation
Nouvelle donne féministe : de la résistance à la conquête
Les masculinistes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins
Nouvelles Questions féministes : "À contresens de l’égalité"
S’assumer pour surmonter sa propre violence
Sisyphe, que de rochers il faudra encore rouler !
Coupables...et fières de l’être !
Un rapport de Condition féminine Canada démasque un discours qui nie les inégalités de genre
De la masculinité à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive
Les courants de pensée féministe
Quelques commentaires sur la domination patriarcale
Chroniques plurielles des luttes féministes au Québec
Qu’il est difficile de partir !
Deux cents participantes au premier rassemblement québécois des jeunes féministes
Le féminisme : comprendre, agir, changer
Le féminisme, une fausse route ? Une lutte secondaire ?
À l’ombre du Vaaag : retour sur le Point G
L’identité masculine ne se construit pas contre l’autre
Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe
La misère au masculin
Le Nobel de la paix 2003 à la juriste iranienne Shirin Ebadi
Hommes en désarroi et déroutes de la raison
Le « complot » féministe
Christine de Pisan au coeur d’une querelle antiféministe avant la lettre
Masculinisme et suicide chez les hommes
Le féminisme, chèvre émissaire !
L’autonomie de la FFQ, véritable enjeu de l’élection à la présidence
Les défis du féminisme d’aujourd’hui
Les arguments du discours masculiniste
Nouvelle présidente à la FFQ : changement de cap ?
La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme
Le discours masculiniste dans les forums de discussion







À l’occasion du dixième anniversaire de la Marche Mondiale des Femmes (MMF), les éditions du Remue-ménage viennent de publier Dix ans de solidarité planétaire : Perspectives sociologiques sur la marche mondiale des femmes, par Isabelle Giraud, enseignante aux études de genres à l’Université de Genève, et Pascale Dufour, professeure agrégée au département de Sciences politiques de l’Université de Montréal.

S’intéressant à la transnationalisation des mouvements sociaux et, depuis plusieurs années, au développement d’une solidarité planétaire des femmes autour de la MMF, les auteures analysent les actions et les débats idéologiques qui ont marqué ce mouvement, lancé par la Fédération des femmes du Québec en 1998. Dans sa préface, Bérengère Marques-Pereira, de l’Université Libre de Bruxelles, qualifie d’ "empathie distanciée" le regard que les chercheuses posent sur la Marche.

D’entrée de jeu, Giraud et Dufour constatent que "des convergences sont apparues, au-delà des différences culturelles, politiques, ethniques, etc., notamment sur des sujets difficiles comme les libertés reproductives et sexuelles. Mais il reste des problématiques incompatibles avec l’idéal féministe du consensus, comme la prostitution". La MMF a dû sans cesse consentir des compromis, dépendant de la culture et de la religion dominante des différents pays participants, surtout au sujet du droit à l’avortement, de l’abolition de la prostitution et de la traite, des pratiques religieuses discriminatoires envers les femmes, de la reconnaissance de l’homosexualité.

Les auteures rappellent que l’idée d’une marche mondiale provient de l’exemple donné en 1995 par la Marche des femmes contre la pauvreté (du pain et des roses) au Québec. Quelque 850 femmes avaient marché pendant dix jours pour neuf revendications à caractère économique. Un rassemblement de 15 000 personnes devant l’Assemblée nationale à Québec avait couronné la Marche, en présence de Jacques Parizeau et de quelques ministres, qui avaient accédé à la plupart de leurs demandes. À la suite de ce succès, la FFQ convoquait, en 1998, une réunion de diverses organisations pour concrétiser le projet d’une "marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence faite aux femmes".

En 2000, la Marche peut compter sur la participation enthousiaste de 6 000 groupes de 161 pays différents. Après avoir marché dans tous ces pays et popularisé les objectifs du mouvement, plusieurs milliers de militantes de tous les continents manifestent, le 17 octobre, dans les rues de New York. Une délégation remet alors les signatures d’une pétition internationale à des représentants de l’ONU ainsi qu’un ensemble de propositions visant à supprimer les problèmes de pauvreté et de violence. Bien qu’une telle action soit spectaculaire en soi et qu’une femme afghane ait, à cette occasion, laisser tomber sa burqa devant les caméras de télévision, leurs demandes resteront sans suite.

Se faire voir et entendre

Cinq ans plus tard, en 2005, la Charte mondiale des femmes pour l’humanité jette les bases d’un projet féministe de liberté, d’égalité, de paix, de justice et de solidarité. Partie le 8 mars de Sao Paulo au Brésil, elle arrive le 17 octobre à Ouagadougou au Burkina Faso après avoir parcouru une trentaine de pays et obtenu l’appui de milliers de femmes qui collaborent à la fabrication d’une courtepointe magnifique, composée de 64 carrés brodés cousus ensemble, résultat d’un travail collectif symbolisant les femmes et leurs aspirations. Comme le remarquent les chercheuses, on cherche à faire appel aux sens plutôt qu’à l’intellect, à l’ici et au maintenant, à la joie de vivre (p. 78-80). "Par cette charte mondiale des femmes pour l’humanité et par les actions à venir, nous réaffirmons qu’un autre monde est possible, un monde rempli d’espoir, de vie, où il fait bon vivre et nous déclarons notre amour à ce monde, à sa diversité et à sa beauté", proclament fièrement les marcheuses.

Les auteures soulignent l’importance cruciale pour les militantes "de se faire voir et entendre" (p. 73-74), d’où la priorité donnée aux couleurs vives dans leur logo, les affiches, les banderoles, les T-shirts, ainsi que le choix des tambours et des chansons qui accompagnent les marches. On tente ainsi de surmonter l’obstacle de l’analphabétisme présent dans plusieurs des pays participants. Un mouvement qui se veut festif, positif, résolu à prendre d’assaut la forteresse patriarcale en mettant sur pied, pour la première fois, un immense réseau mondial de solidarité entre les femmes.

Des solutions palliatives ou transformatrices ?

Cette année, en 2010, la Marche centre ses revendications sur le bien commun et l’accès aux ressources, le travail des femmes, la violence qui leur est faite, la paix et la démilitarisation. La mobilisation se fait autour du mot d’ordre : "Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons." Au chapitre de la violence, la MMF Québec met de l’avant deux revendications : 1. Pour le gouvernement du Québec, "la lutte contre l’hypersexualisation et la marchandisation du corps des femmes, en commençant par légiférer en matière de pratique publicitaire, et la mise en place de cours spécifiques d’éducation à la sexualité dans une perspective de rapports égalitaires, non sexiste et non hétérosexiste." 2. Pour le gouvernement du Canada, "le droit inaliénable des femmes de décider d’avoir ou non des enfants, ce qui implique le maintien et la consolidation des services d’avortement gratuits offerts par les réseaux publics et communautaires et le développement de nouveaux services publics dans les zones peu desservies."

Même si ces revendications dénoncent le contrôle du corps des femmes par l’hypersexualisation et la remise en question du droit à l’avortement, le discours n’est pas plus radical sur les causes systémiques de l’oppression commune des femmes à travers le temps, d’où qu’elles viennent, quelle que soit leur classe sociale et leur origine ethnique. Les questions touchant leur sexualité et leur corps continuent à représenter un facteur de division, mais chaque coordination nationale peut se dissocier d’une revendication mondiale (p. 115). Sauf la MMF France, la Marche met la sourdine sur les droits des lesbiennes et l’analyse de l’homophobie, le mot prostitution y semble encore tabou, ainsi que toute critique des pratiques discriminatoires, ségrégationnistes et violentes des religions envers les femmes (p. 155).

Giraud et Dufour voient dans le réformisme de la MMF l’influence du féminisme libéral onusien qui oriente l’analyse vers les symptômes et des solutions palliatives, "tandis qu’une analyse des rapports de pouvoir oriente[rait] plutôt le regard vers des solutions ’transformatrices’ de l’ordre social patriarcal (p. 56)". Elles remarquent que, dès 2006, Diane Matte, coordonnatrice du Secrétariat international, regrettait cet état de chose et estimait qu’il fallait s’attaquer aux violences envers les femmes qui constituent "l’outil ultime qu’utilise le patriarcat pour contrôler les femmes […] par une soumission aux institutions du mariage, de l’hétérosexualité, de la maternité et de la prostitution" (p. 53).

Tout en saluant les aspects extrêmement positifs de l’établissement d’un réseau international de solidarité entre les femmes, on peut se demander, avec les auteures, si tant de compromis sur des questions féministes fondamentales étaient nécessaires ou si elles ne formaient pas la base même de ce mouvement qui s’inscrit dans la mixité altermondialiste, ses priorités en majeure partie économiques et le relativisme postmoderne ambiant (p. 228-229).

La stratégie, fondée sur le plus large consensus possible, le rejet d’une politique identitaire liée au féminisme des années 70 et le relativisme multiculturel, pratiquée par la MMF, comme d’ailleurs par une grande partie du mouvement féministe québécois, peuvent mener à une véritable impasse, en rendant impossible, à force de compromis, l’abolition du contrôle du corps et de la sexualité des femmes par les hommes qui est le fondement même de leur oppression (p. 227).

Dans ce livre empathique sans être dénué d’esprit critique, écrit dans une langue accessible, bien structuré et documenté par de nombreux témoignages, analyses sociologiques et textes, Isabelle Giraud et Pascale Dufour nous permettent de suivre le parcours de la MMF, d’en reconnaître les réussites incontestables tout en se posant les questions pertinentes sur son efficacité à cibler les causes profondes de l’oppression des femmes et à y adapter sa stratégie.

Isabelle Giraud et Pascale Dufour, Dix ans de solidarité planétaire : Perspectives sociologiques sur la marche mondiale des femmes, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2010, 245 p.

Site de la MMF 2010

Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 juin 2010


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.


Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
les critiques et se procurer les livres d’Élaine Audet
ICI.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2010
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin