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samedi 27 février 2016

Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal

par Marie Savoie, collaboratrice de Sisyphe






Écrits d'Élaine Audet



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Marie Savoie a rencontré Martine Desjardins le 9 février dernier pour parler du Sommet des femmes qui se tiendra les 3 et 4 mars à Montréal.

*

Souriante, Martine Desjardins m’accueille au siège social du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) dont elle est la présidente depuis quelques mois. Dans son bureau sobre, les ouvrages alignés sur des étagères et quelques objets témoignent de son engagement dans différents domaines. Cette jeune femme brillante au regard vif et affable dégage une énergie positive.

Propulsée dans l’actualité lors du « printemps érable », Martine Desjardins était la femme parmi les trois têtes d’affiche du mouvement étudiant en 2012. Dans le rôle de porte-parole d’une cause qui ne faisait pas l’unanimité en cette période tumultueuse, elle a fait preuve d’une grande force et s’est mérité le respect de ses allié-es comme de ses adversaires.

À présent, elle partage son temps entre le MNQ, le féminisme, l’éducation et le mouvement syndical, elle donne des conférences et signe une chronique hebdomadaire dans le Journal de Montréal. « S’ajoutent à cela différents engagements bénévoles, dit-elle, comme l’organisation du Sommet des femmes, qui demande beaucoup de temps. »

Quelle cause prédomine à ses yeux ?

Elle réfléchit un moment. « Je dirais que c’est l’éducation, mais en fait tout est inter-relié. Je peux parler d’éducation devant des groupes de femmes, de féminisme devant des étudiant-es ou de droits linguistiques devant des associations syndicales. La langue, la culture et l’identité me tiennent à coeur. Les coupures récentes dans la francisation des entreprises m’inquiètent. C’est majeur et cela va toucher les travailleurs et travailleuses. »

Le Sommet des femmes

Martine Desjardins est l’une des organisatrices du Sommet des femmes. Mais d’où vient l’idée d’un tel Sommet ?

Elle sourit : « C’est arrivé un peu par accident. Flavie Renouf—Payette et moi avons fondé une OSBL, Projet 75, pour souligner le 75e anniversaire du droit de vote des femmes au Québec (1). Au cours de la soirée de célébration en avril 2015, Lise Payette a lancé l’idée d’un Sommet des femmes, un projet qu’elle caresse depuis longtemps. Nous avons saisi la balle au bond et décidé de l’organiser. La première étape a été de rédiger le Manifeste des femmes (2), pour servir d’amorce au processus. »

Ce Sommet s’adresse à toute personne intéressée par les questions qui touchent spécifiquement les femmes.

« J’ai rencontré quelques groupes de femmes, dont la FFQ, et l’invitation est lancée à tous les groupes, même si nous ne l’avons pas fait formellement. Nous voulons aussi attirer des personnes qui n’ont jamais fait partie d’un groupe, tout comme moi, d’ailleurs, mais qui partagent des objectifs féministes.

« Nous voulons sortir du cadre habituel de rencontres avec des groupes féministes pour rassembler des Québécoises de tous les milieux qui ont en commun le désir d’améliorer le sort des femmes. Il y aura des amérindiennes, des étudiantes, des immigrantes, des travailleuses et des éducatrices. C’est une rencontre qui se veut intergénérationnelle et nous avons fait des efforts particuliers pour attirer les jeunes, par exemple en annonçant dans les cégeps et les Carrefours jeunesse-emploi. Le Sommet aura lieu pendant la semaine de relâche, ce qui devrait faciliter la participation des adolescentes et des enseignantes, et il y aura aussi une halte-garderie sur place. »

Les instigatrices du Sommet veulent qu’il soit l’occasion privilégiée pour les femmes « ordinaires » (non militantes) de se renseigner, de s’exprimer et de se mobiliser sur les enjeux qui concernent l’ensemble des femmes.

Non partisan

Lise Payette et d’autres indépendantistes notoires figurent sur la liste des signataires du Manifeste. Mais le Sommet s’adresse aux femmes de toutes les allégeances politiques.

« Le Sommet se veut non partisan et s’adresse aux personnes de toutes les tendances, dit Martine Desjardins. D’ailleurs, il y a parmi les signataires du Manifeste des fédéralistes comme Janie Krieber, spécialiste de l’antiterrorisme et compagne de Stéphane Dion, qui a participé dès le début à la démarche. Janie et moi sommes aux antipodes sur le plan des idées politiques, mais sur les femmes, on s’entend ».

Mixte

« Nous avons voulu ouvrir le Sommet aux hommes aussi. Tous les ateliers seront mixtes, à l’exception des ateliers sur la violence faite aux femmes. Il y en aura un réservé aux femmes et un autre réservé aux hommes, mais pour des motifs différents. Comme c’est un enjeu très délicat pour les femmes ayant été violentées, nous avons pensé qu’elles seraient plus à l’aise pour parler de leurs expériences entre femmes. Par ailleurs, cette violence concerne les hommes au premier chef, car ce sont des hommes qui la commettent, et nous avons voulu qu’ils s’en parlent entre eux. »

Craint-elle que les hommes monopolisent la parole dans les ateliers mixtes ? Cela s’est déjà vu...

« Ce sujet a été longuement débattu pendant la préparation du Sommet. En fait, ceux qui tenaient le plus à exclure les hommes du Sommet, c’étaient des hommes ! Ils disaient qu’ils allaient prendre toute la place. Voilà pourquoi nous avons recruté des animateurs professionnels que nous allons sensibiliser pour nous assurer qu’ils répartissent équitablement la parole entre les participants des deux sexes. »

Comment le sommet se déroulera-t-il ?

« Après la conférence d’ouverture le jeudi soir, le vendredi 4 mars sera consacré à des ateliers sur différents thèmes, dont le travail, la socialisation ou la violence, par exemple (3). Chaque atelier démarrera par un exposé d’une trentaine de minutes sur le sujet en question, donné par une femme ayant une connaissance approfondie du sujet, mais nous avons réservé une heure à la discussion.

« À la fin de chaque atelier, le groupe devra s’entendre sur une revendication prioritaire à mettre de l’avant. Puisqu’il y aura dix ateliers en matinée et dix en après-midi, cela devrait donner un maximum de 20 revendications reflétant un large consensus des femmes présentes.

« Tous les chefs des partis politiques du Québec ont confirmé leur présence au Sommet, sauf Philippe Couillard (PLQ) qui sera à Vancouver à cette date. François Legault (ADQ), Françoise David (QS), Pierre-Karl Péladeau (PQ) et Sol Zanetti (ON) seront donc sur place et ils prendront position par rapport à nos exigences. Ainsi, les femmes pourront entendre les engagements des chefs politiques, voir ce qu’ils auront fait d’ici les élections de 2018 sur les dossiers qui leur tiennent à coeur et voter en conséquence. »

Des femmes bien connues pour leur expertise ou leur engagement seront également de la partie.

« Nous avons invité des femmes au parcours exceptionnel dans différents domaines comme l’économie, la situation des femmes autochtones ou la politique, à prendre la parole pour lancer les discussions lors des panels et des ateliers. Mais ce ne seront pas des débats théoriques. Nous avons rédigé le Manifeste dans un langage clair et accessible. Nous voulons rejoindre des gens de la base et connaître l’avis de Madame-tout-le-monde, afin de mettre de l’avant des revendications sur lesquelles à peu près toutes les participantes s’entendent. »

Ce sera l’occasion, dit Martine Desjardins, de mettre en commun des idées nouvelles, des solutions concrètes et applicables dans la réalité quotidienne. Elle donne l’exemple d’un fléau qu’elle connaît personnellement : le harcèlement des femmes sur Internet.

« Quand j’aborde un sujet féministe dans ma chronique du Journal de Montréal, je ne lis jamais les commentaires des internautes, parce que certains sont agressifs et parfois carrément violents. Comme solution, certaines ont proposé de répliquer massivement aux auteurs de commentaires déplacés, de façon à inonder leur compte. Les trolls misogynes ne pourraient plus sévir impunément sur la toile ! C’est une idée nouvelle et digne d’intérêt. »

La foire de l’engagement

Le Sommet vise aussi à amener les femmes à « se mettre en action », selon une expression chère à Martine Desjardins, en participant à des activités ou à des groupes pour faire avancer la cause des femmes.

« Des indigné-es de salon, il y a en a beaucoup, mais il faut un jour ou l’autre passer des paroles aux actes ou, comme le dit le Manifeste, Passer de la colère au pouvoir. Nous avons voulu faciliter ce premier pas vers l’engagement en favorisant les contacts entre les participant-es et les groupes actifs sur différents enjeux. D’où l’idée d’une Foire de l’engagement.

« À des kiosques, différents groupes et organismes pourront expliquer de vive voix aux femmes leurs objectifs, leurs actions et leur démarche. Chacune pourra se renseigner directement auprès des groupes qui l’intéressent, parler à des personnes qui en font partie et éventuellement décider de s’y joindre. Les groupes pourront de leur côté trouver de nouvelles alliées. »

Elle renchérit : « Il y a beaucoup de femmes qui sympathisent avec des causes féministes et qui voudraient contribuer à faire avancer les choses. La foire de l’engagement leur permettra de faire la connaissance de femmes qui militent, par exemple, pour les garderies ou contre l’exploitation sexuelle. »

La formule semble prometteuse. Quels groupes seront sur place ? Il est encore trop tôt pour en donner la liste (4), tous les groupes n’ayant pas encore confirmé leur présence.

La prostitution et la laïcité font l’objet de vifs débats en ce moment, au Québec comme ailleurs, mais le programme du Sommet n’en fait pas mention.

« Ces questions sont tout à fait légitimes et il est bon que des groupes poussent plus loin la réflexion, mais pour le Sommet des femmes, nous avons privilégié les enjeux qui rallient l’ensemble des femmes. Il y a une diversité de points de vue dans le mouvement des femmes, ce qui est normal et souhaitable. Toutes les féministes ont un objectif commun, faire en sorte que les femmes jouissent des mêmes droits que les hommes, mais les avis divergent quant aux moyens à prendre pour l’atteindre.

« Pendant le Sommet, nous voulons mettre l’accent sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise, afin de donner plus de poids à nos revendications. Notre objectif est de rassembler les forces féministes, de créer une vaste alliance autour de certains objectifs communs, comme la représentation équitable des femmes en politique. Nous sommes allées très loin sur cette question-là dans le Manifeste, en réclamant l’imposition de quotas et de pénalités financières pour les partis où les femmes ne sont pas équitablement représentées. Car après tout, nous formons un peu plus de la moitié de la population ! »

Je lui signale que Monique Jérôme-Forget, dans son ouvrage Les Femmes au secours de l’économie (5), va dans le même sens et préconise elle aussi l’imposition de quotas de femmes dans les CA, estimant qu’il ne manque pas de femmes de talent, mais qu’elles sont encore aujourd’hui souvent laissées pour compte au moment des nominations.

Tout au long de l’entretien, j‘ai été impressionnée par la vitalité et l’enthousiasme contagieux de cette jeune femme de coeur, qui déborde de projets ambitieux. Un modèle sans aucun doute pour les futures féministes.

* Le Sommet des femmes aura lieu les 3 et 4 mars prochains au Palais des congrès de Montréal.
* Inscription en ligne.
* On pourra aussi s’inscrire sur place, mais il se peut que certains ateliers soient complets.

Notes

1. Le droit de vote a été accordé aux Québécoises le 25 avril 1940.
2. Manifeste des femmes, Pour passer de la colère au pouvoir, Québec Amérique, 2015.
3. Voir le programme du Sommet.
4. L’entrevue a été réalisée le 9 février 2016.
5. Les femmes de carrière freinées par le vieux modèle masculin, non par la "peur du succès"

Mis en ligne sur Sisyphe, le 23 février 2016


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Marie Savoie, collaboratrice de Sisyphe


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