| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






lundi 6 mai 2013

Les micro-identités et le "libre choix" érigé en système menacent les luttes féministes

par Christine Le Doaré, Irréductiblement féministe






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Élaine Audet et Micheline Carrier, récipiendaires du Prix PDF QUÉBEC 2016
Vous avez dit "mauvais genre" ?
Lorraine Pagé trace un tableau de la situation des femmes dans le monde
Sexisme politique, sexe social
Révolution féministe : site féministe universaliste et laïc
Il faut abolir les prisons pour femmes
Le féminisme islamique est-il un pseudo-féminisme ?
Pour un féminisme pluriel
Cachez-moi ce vilain féminisme
Féminisme - Le Groupe des treize veut rencontrer la ministre à la Condition féminine Lise Thériault
Combattre le patriarcat pour la dignité des femmes et le salut du monde
Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal
Banaliser la misogynie, c’est dangereux
Féminisme - Faut-il faire le jeu du "Diviser pour régner" ?
Je suis blanche et vous me le reprochez !
La pensée binaire du féminisme intersectionnel ne peut que mener à l’incohérence
Lutter contre la pauvreté des femmes et la violence des hommes envers elles
"Du pain et des roses" - Le 26 mai 1995, une grande aventure débutait
Portrait des Québécoises en 2015 - L’égalité ? Mon œil !
Je plaide pour un féminisme qui n’essaie pas de s’édulcorer
La Maison de Marthe, première récipiendaire du Prix PDF Québec
Ensemble, réussir la 4ième Marche Mondiale des Femmes ! Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous resterons en marche !
Des "Déchaînées" aux genoux du patriarcat !
L’intervention féministe intersectionnelle – Troquer un idéal pour une idéologie trompeuse ?
Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire
Au cœur de la division du mouvement féministe québécois : deux visions
Désaccord sur le virage de la Fédération des femmes du Québec
Féminisme islamique - Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme
États généraux du féminisme - Des sujets importants écartés : "De qui ou de quoi avons-nous peur ?"
PDF Québec est lancé ! - Une voix pour les droits des femmes
États généraux et FFQ - Un féminisme accusateur source de dissension
Ignorer et défendre la domination masculine : le piège de l’intersectionnalité
Comment les hommes peuvent appuyer le féminisme
Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman
Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité
La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme
L’écriture équitable - La féminisation des textes est un acte politique
Réfutation de mensonges au sujet d’Andrea Dworkin
Une éducation féministe donne de meilleurs fils
"Rien n’a encore pu me détruire" : entretien avec Catharine A. MacKinnon
France - La mainmise des hommes sur le monde de la radio
États généraux sur le féminisme au Québec/FFQ - Des exclusions fondées sur des motifs idéologiques et des faussetés
Le mouvement des « droits des hommes », la CAFE et l’Université de Toronto
Mensonges patriarcaux - Le mouvement des « droits des hommes » et sa misogynie sur nos campus
Féministes, gare à la dépolitisation ! Les féminismes individualiste et postmoderne
"Les femmes de droite", une oeuvre magistrale d’Andrea Dworkin
"Je suis libre", une incantation magique censée nous libérer des structures oppressives
Trans, queers et libéraux font annuler une conférence féministe radicale à Londres
« Le féminisme ou la mort »
"Des paradis vraiment bizarres" - "Reflets dans un œil d’homme ", un essai de Nancy Huston
Quand les stéréotypes contrôlent nos sens
"Agentivité sexuelle" et appropriation des stratégies sexistes
Cessons de dire que les jeunes femmes ne s’identifient pas au féminisme !
Un grand moment de féminisme en milieu universitaire
Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine
Résistance au sexe en contexte hétérosexuel
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
"Heartbreak", une autobiographie d’Andrea Dworkin
Hockey, suicide et construction sociale de la masculinité
Polémique sur l’enseignement du genre dans les manuels scolaires en France
Le "Gender" à l’américaine - Un verbiage qui noie la réalité du pouvoir patriarcal
2011-2015 - Un plan d’action pour un Québec égalitaire
NousFemmes.org
L’égalité inachevée
Journée internationale des femmes 2011 - Briser le silence sur toutes les formes de sexisme
En France et ailleurs, 2010, une mauvaise année pour les femmes
Ce qu’est le féminisme radical
Polygamie - Le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et “racisées” appuie l’avis du CSF
Il y a trois ans, mon cher Léo...
La Fédération des femmes du Québec représente-t-elle toutes les femmes ?
Tout est rentable dans le corps des femmes... pour ceux qui l’exploitent
Incessante tyrannie
Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions
Le "gender gap" dans les Technologies de l’information et de la communication
La Marche mondiale des femmes dix ans plus tard
Azilda Marchand : une Québécoise qui fut de tous les combats pour les femmes !
Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis ?
Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
Regard sur l’égalité entre les femmes et les hommes : où en sommes-nous au Québec ?
Féminisme en ménopause ?
Ce n’est pas la France des NOBELS !
Écarter d’excellentes candidates en médecine ? Inadmissible !
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
La question des privilèges - Le réalisateur Patric Jean répond à des critiques
Lettre à Patric Jean, réalisateur de "La domination masculine", et à bien d’autres...
Une grande féministe, Laurette Chrétien-Sloan, décédée en décembre 2009
Le travail, tant qu’il nous plaira !
Comme une odeur de misogynie
La patineuse
Invasion du sexisme dans un lycée public
Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions
"Toutes et tous ensemble pour les droits des femmes !"
Cent ans d’antiféminisme
MLF : "Antoinette Fouque a un petit côté sectaire"
Des femmes : Une histoire du MLF de 1968 à 2008
Qui est déconnectée ? Réponse à Nathalie Collard
Manifeste du rassemblement pancanadien des jeunes féministes
Pour une Charte des droits des femmes
Andy Srougi perd sa poursuite en diffamation
La lesbienne dans Le Deuxième Sexe
Le livre noir de la condition des femmes
La percée de la mouvance masculiniste en Occident
Procès du féminisme
Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste
Une critique des pages sur le viol du livre "Le Plaisir de tuer"
Mise au point sur la suspension d’un article critiquant le livre du Dr Michel Dubec
Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical
L’égalité des femmes au Québec, loin de la coupe aux lèvres !
Je suis féministe !
Écoféminisme et économie
Poursuite contre Barbara Legault et la revue "À Bâbord !" - Mise à jour
Biographie de Léo Thiers-Vidal
Vivement le temps de prendre son temps !
Séances d’information pour le projet d’une Politique d’égalité à la Ville de Montréal
Florence Montreynaud fait oeuvre d’amour et de mémoire
Magazines pour filles, changement de ton !
Un 30e anniversaire de la JIF sous la fronde conservatrice
L’égalité des femmes au Québec est-elle plus qu’une façade ?
Colloque sur Antigone
Prostitution et trafic sexuel - Dossier principal sur Sisyphe.org
Golf : "Gentlemen only, ladies forbidden" ?
Méchant ressac ou KIA raison ?
Dégénération de "Mes aïeux", un engouement questionnant
Les « Gender Studies », un gruyère confortable pour les universitaires
Réflexions "scientifiques" du haut du Mont Grey Lock
Madame, s’il vous plaît !
Annie Leclerc, philosophe
Des arguments de poids...
Pour hommes seulement
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Peau d’Âme ou Beautés désespérées ?
Réflexions et questionnement d’une féministe en mutation
Mais pourquoi est-elle si méchante ?
Le concours « Les Jeudis Seins » s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation sociale
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice. Qu’elles vivent !
Jeux olympiques 2006 : félicitations, les filles !
7e Grève mondiale des femmes - Le Venezuela donne l’exemple
Évolution des droits des Québécoises et parcours d’une militante
2005, l’année de l’homme au Québec
Mes "problèmes de sexe" chez le garagiste !
Brèves considérations autour des représentations contemporaines du corps
OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, NON à la décriminalisation de la prostitution
"Femmes, le pouvoir impossible", un livre de Marie-Joseph Bertini
L’AFEAS veut la représentation égalitaire à l’Assemblée nationale du Québec
Elles sont jeunes... eux pas
Dis-moi, « le genre », ça veut dire quoi ?
Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?
Déconstruction du discours masculiniste sur la violence
Les hommes vont mal. Ah bon ?
La face visible d’un nouveau patriarcat
Quelle alternative au patriarcat ?
Le projet de loi du gouvernement Raffarin "relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste et homophobe" est indéfendable
L’influence des groupes de pères séparés sur le droit de la famille en Australie
Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois
Retrouver l’élan du féminisme
Le droit d’éliminer les filles dans l’oeuf ?
Le système patriarcal à la base des inégalités entre les sexes
Des nouvelles des masculinistes
Masculinisme et système de justice : du pleurnichage à l’intimidation
Nouvelle donne féministe : de la résistance à la conquête
Les masculinistes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins
Nouvelles Questions féministes : "À contresens de l’égalité"
S’assumer pour surmonter sa propre violence
Sisyphe, que de rochers il faudra encore rouler !
Coupables...et fières de l’être !
Un rapport de Condition féminine Canada démasque un discours qui nie les inégalités de genre
De la masculinité à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive
Les courants de pensée féministe
Quelques commentaires sur la domination patriarcale
Chroniques plurielles des luttes féministes au Québec
Qu’il est difficile de partir !
Deux cents participantes au premier rassemblement québécois des jeunes féministes
Le féminisme : comprendre, agir, changer
Le féminisme, une fausse route ? Une lutte secondaire ?
À l’ombre du Vaaag : retour sur le Point G
L’identité masculine ne se construit pas contre l’autre
Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe
La misère au masculin
Le Nobel de la paix 2003 à la juriste iranienne Shirin Ebadi
Hommes en désarroi et déroutes de la raison
Le « complot » féministe
Christine de Pisan au coeur d’une querelle antiféministe avant la lettre
Masculinisme et suicide chez les hommes
Le féminisme, chèvre émissaire !
L’autonomie de la FFQ, véritable enjeu de l’élection à la présidence
Les défis du féminisme d’aujourd’hui
Les arguments du discours masculiniste
Nouvelle présidente à la FFQ : changement de cap ?
La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme
Le discours masculiniste dans les forums de discussion







En écoutant Jean-Michel Carré, cinéaste et auteur de « Des travailleurs du sexe », sur France Inter le 30 avril dernier, j’ai réalisé que lui, comme tous ceux et celles qui font l’apologie du principe de liberté individuelle absolue, aboutissent souvent à cautionner les pires déviations et systèmes d’exploitation, des femmes en particulier.

Il s’est présenté comme libertaire et ancien maoïste ce qui, selon moi, est contradictoire puisque les libertaires prônent une liberté absolu et la négation de tout principe d’autorité et de contrainte, alors que Mao a instauré un système autoritaire digne des pires dictatures. Il a n’a pas hésité à dire que nous n’étions pas fondés à parler des Droits de l’Homme en Chine ni à lui faire la leçon car nous traitons mal les Roms. Certes. Cependant, la nuance est tout de même de taille entre ne pas traiter comme nous le devrions les Roms chez nous, et maintenir à l’échelle d’un pays tout entier une dictature corrompue et brutale !

Il a ensuite expliqué qu’il était « maoïste libertaire » parce qu’il voulait vivre la libération sexuelle de 68 et qu’il se sentait toujours concerné par la lutte contre le patriarcat. La fameuse « libération sexuelle de 68 » ! Bien sûr, les femmes en ont bénéficié. Mais nombreuses sont celles qui ont fini par l’admettre : la libération sexuelle bénéficiait surtout aux hommes, les femmes se devaient d’être en permanence disponibles et enthousiastes, sinon considérées comme coincées. Libération sexuelle, oui, mais dans les limites du système patriarcal qui n’avait pas disparu pour autant. M. Carré, elles ne vous ont pas dit en 68, que la sexualité était libre, gratuite et désirée ?!

À la défense du système patriarcal/proxénète

Le système patriarcal, Jean-Michel Carré le défend d’ailleurs efficacement avec sa propagande pour le « travail du sexe ». Tout comme Mao n’était pas un libertaire mais un dictateur, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, mais bien la plus vieille arnaque patriarcale, puisqu’elle vise à maintenir un quota de femmes (et de quelques hommes pour satisfaire une minorité homosexuelle) sacrifiées aux exigences sexuelles et aux besoins de domination des hommes. Dans leur immense majorité, ces femmes sont de classes défavorisées, victimes de racisme et/ou ont subi des violences sexuelles dans leur enfance. Merci monsieur le maoïste libertaire de leur réserver la plus belle place dans nos sociétés !

Et puis, comment faites-vous pour nous parler de la Chine sans nous dire que ce pays a commis le plus grand massacre génocidaire de toute l’histoire de l’humanité en éliminant plusieurs dizaines de millions de femmes, et en en déportant d’autres dizaines de millions à des fins de mariage forcé et de prostitution ?

Mais Jean-Michel Carré n’est pas le seul dans ce cas ; ils sont très nombreux les hommes, et les femmes aussi, qui considèrent que la liberté de choix prime et que si quelques femmes disent : « Je veux être ’pute’ », « J’ai choisi la prostitution », il faut le croire et s’en contenter, voire même en déduire que c’est le cas du plus grand nombre d’entre elles. Rassuré-e-s, ils et elles peuvent se rendormir sur leurs deux oreilles, ainsi va le monde et si des femmes se prostituent, c’est parce qu’elles aiment ça, en ont rêvé, une vocation, en sorte. En outre, quelle aubaine, vu que l’égalité femmes-hommes, c’est tout de même une utopie et qu’il faudra toujours des femmes dont les hommes pourront disposer !

Cautionner les pires exploitations au nom du principe de la liberté absolue

Je me demande parfois ce qui les empêche de voir l’égocentrique violence de cette opinion. Comment font-ils pour cautionner, au nom du principe du « libre choix », les pires exploitations et violences ? Comment font-ils pour ignorer que personne, jamais, n’est libre complètement, ni de son corps, ni de ses envies, ni de sa vie ? Notre cadre de vie dès la naissance, nos rencontres, nous font et nous défont constamment. Les institutions sont déterminantes, l’enseignement, les valeurs républicaines et/ou religieuses, politiques, syndicales sont des moules.

Bien sûr, chaque personne dispose d’une marge de manœuvre et fera des choix tout au long de sa vie, des choix cruciaux, mais toujours dans un cadre collectif et jamais en dehors du regard d’autrui et des codes des groupes d’appartenance et/ou de rejet. Un-e « sans abri » est aussi libre que moi, mais de quoi est-il ou est-elle libre exactement ? Suis-je aussi libre que d’autres qui détiennent des moyens que je n’ai pas (âge, revenus, formation, qualifications, réseaux, etc.) ?

Dans bien des situations, ce n’est pas la liberté qui protège les personnes, en particulier les personnes vulnérables ou fragiles, c’est la loi, le cadre social, les références culturelles et « morales », etc. Ériger le principe de liberté absolue en système politique me semble, bien que je sois farouchement attachée à ma liberté, infantile et égocentrique. Au nom d’un principe de « libre choix », dont la réalisation est parfaitement hypothétique, les gens qui justifient, maintiennent, renforcent le système prostitueur se font en réalité les complices d’un système d’exploitation et de violences inouïes qui génèrent d’énormes profits et une criminalité toujours plus importante. La double peine ne leur fait pas peur, puisqu’ils la légitiment par la « liberté de choix ». Ainsi ils peuvent condamner, en leur âme et conscience, celles et ceux qui ont eu le mauvais goût de naître dans les basses classes, ont été victimes d’un accident de la vie, ont subi des violences sexuelles dans l’enfance, ou ont été victimes d’un proxénète ou d’un réseau, à se prostituer pour tenter de s’en sortir.

Le Mouvement des L,G,B,T,Q,I,A, etc. ou les micro-identités : gommer le système d’oppression contre les femmes

Ces « libertaires » et révolutionnaires aux contradictions effarantes sont les mêmes qui encouragent l’émergence des micro-identités, toutes les micro-libertés devant être promues. C’est aussi le cas, dans le mouvement homosexuel devenu Mouvement L, G, B, T, Q, I, A, etc.* À chaque fois qu’une poignée de personnes a une spécificité bien à elle et juge être plus gravement discriminée que les autres, il faut ajouter une lettre, sinon subir un constant harcèlement. Les droits de la lettre L (lesbiennes) sont toujours amplement ignorés par le Mouvement LGBTQIA… mais il faut prioriser, par exemple, les droits des I (Intersexués). Ce principe de saupoudrage est le même pour toutes les catégories, de genre/sexe, mais aussi les catégories religieuses, ethniques, etc. Les micro-identités peuvent diviser les forces, seules les personnes concernées s’intéressant à leur micro-problème, pendant ce temps-là, d’autres ne se gênent pas pour continuer d’exploiter et opprimer massivement les populations !

Le plus important surtout, c’est de bien gommer qu’il y a toujours la moitié de l’humanité qui vit sous domination masculine, qu’il y a des systèmes d’oppression économique majeurs, etc. J’ai relevé de telles dérives, particulièrement en matière d’égalité de genre : les études de genre, les droits des femmes, ne devraient plus seulement être féministes et porter sur l’analyse et la déconstruction du système patriarcal, mais prendre en compte les droits des trans, les questions de genre n’étant plus seulement comprises comme une problématique d’égalité femmes-hommes, mais comme une déconstruction du genre au profit d’un « troisième genre ».

La question est intéressante mais ne devrait pas pour autant gommer les luttes féministes. Pourtant, c’est bien ce qui se passe et l’on glisse d’une lutte contre les violences de masse du genre masculin à l’encontre du genre féminin, vers une problématique minoritaire, celle des personnes trans. Comme si les rapports sociaux de sexe n’existaient plus, comme si l’écrasante majorité de la population n’était pas toujours plongée dans la dichotomie d’un monde dans lequel les femmes et les hommes n’ont toujours pas la même valeur ni la même place.

Les personnes trans rencontrent en effet des discriminations avant, au cours de leur parcours de transition, et après (papiers d’identité conformes, etc.), ces problèmes doivent être reconnus et résolus, mais pas au détriment des luttes féministes. Pourtant, même au niveau européen, les programmes et agendas des Gender Issues (Égalité de genre) sont perturbés par la place disproportionnée accordée à des questions touchant des micro-communautés. Des conférences féministes sont sabotées par des activistes trans/queers. Mon propos n’est pas de dire que les minorités n’ont pas de problèmes qui ne doivent pas être reconnus, bien entendu, mais que les équilibres doivent être maintenus et les efforts proportionnellement consentis.

Des jeunes LGBT, mais pas seulement, sont séduits par ces dérives issues des théories queers. Ils peuvent s’isoler un temps des réalités sociales, vivre entre eux, prétendre s’affranchir des rapports sociaux de sexe, choisir le genre qui leur convient, celui du « milieu ». Ils seront rattrapé-e-s par les réalités sociales. Les plus lucides en tireront les conclusions qui s’imposent. Mais certain-es tenteront d’imposer leurs revendications et, plutôt que de contribuer à déconstruire le système patriarcal et la domination masculine en reconnaissant aux femmes le droit de s’organiser de façon autonome et prioritaire, s’attaqueront aux féministes, comme les queers et activistes trans qui ont cette année perturbé les inscriptions à une conférence féministe radicale au Royaume-Uni.

L’instrumentalisation, la mise en valeur, la prolifération de micro-communautés au détriment d’une lutte de masse contre les systèmes d’oppression dominants, qui en tire profit sinon le système patriarcal et ses bénéficiaires ? Tous les chantres de la « liberté de choix », dans une société phallocrate et dépolitisée, en utilisant de la sorte ce concept de liberté, qu’ils en soient conscients ou non, empêchent les femmes de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’abolition du patriarcat.

Encourager la domination sous couvert de subversion

Ce qui m’étonne encore le plus c’est que tant d’intellectuel-les les cautionnent. Il faut qu’ils/elles aient démissionné devant l’indigence et la démagogie de ce « prêt à penser » pour ainsi s’en satisfaire ! Notre société de consommation, d’apparences et d’indifférences, malade de son individualisme vide de sens collectif, encourage les personnes qui, sous couvert de subversion, contribuent au maintien des systèmes de domination et même les renforcent.

Il va pourtant bien falloir sortir de cet éclatement qui profite aux systèmes et revenir aux fondamentaux.

* Note de Sisyphe.
Pour les non-initiées, voici le sens des lettres LGBT QIA : L=lesbiennes, G=gais ou gays, B=bisexuel-les, T=transsexuel-les= Q=queers, I=Intersexué-es, A=asexué-es.

- Texte original complet sur le site de Christine Le Doaré : "Revenir aux fondamentaux".

- Lire aussi : La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme

Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 mai 2013.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Christine Le Doaré, Irréductiblement féministe



Plan-Liens Forum

  • John Stoltenberg commente ce fractionnement en "micro-identités"
    (1/1) 3 mai 2013 , par martin dufresne





  • John Stoltenberg commente ce fractionnement en "micro-identités"
    3 mai 2013 , par martin dufresne   [retour au début des forums]

    Dans une préface rédigée il y a 15 ans pour présenter au public britannique "Refusing to be a man", qui vient de paraître chez Syllepse et M Éditeur sous le titre "Refuser d’être un homme", le militant proféministe John Stoltenberg (veuf d’Andrea Dworkin) commente ce phénomène en y décelant le poids d’un libéralisme, mieux implanté que la reconnaissance d’une oppression par le groupe dominant des hommes, blancs, adultes, hétéros, riches.
    Il écrit notamment :
    "(...) le mouvement progressiste est aujourd’hui en pleine déroute aux États-Unis. Faute d’un ennemi commun, ses factions ne peuvent être ralliées, ni les foules être soulevées. Au cours des deux dernières décennies, depuis que le mouvement des droits civiques a inspiré la Black Pride (« fierté d’être Noir-e ») à des centaines de milliers de personnes, on a vu émerger un effort de coalition de catégories de personnes se revendiquant d’une oppression analogue, une fragile mosaïque de personnes diversement privées de leurs droits, stigmatisées et subordonnées à l’intérieur d’une hiérarchie sociale où, en raison d’un trait commun, d’une acculturation ou de quelque autre marqueur de statut, on les considère comme « autres », d’une façon qui correspond à une catégorie donnée.
    En un sens, ce développement a eu un bon côté : le mouvement américain des droits civiques a fourni à toutes sortes de gens un modèle leur permettant de résister fièrement à toute tentative de leur faire honte et de les rabaisser. En revanche, le droit américain des droits civiques – qui ne perçoit une « discrimination » qu’entre les catégories identifiables selon des termes de démarcation que reconnaît la loi – a eu pour effet paradoxal de réifier l’ensemble des catégories, y compris et particulièrement celles des groupes dominants. Ainsi, plus la loi définit la discrimination « en raison de la race », plus la catégorie de « blancheur » s’impose. Plus la loi corrige les griefs formulés « en raison du sexe », plus la catégorie des « hommes » acquiert un poids démesuré. L’impulsion originelle du mouvement des droits civiques, avec comme fondement une éthique radicale de l’égalité, a ainsi été éclipsée, peut-être même supplantée, par des distinguos juridiques sur l’importance d’éviter toute discrimination entre les catégories ainsi réifiées.
    Les libéraux aiment bien ce principe, puisqu’il maintient en place des systèmes de catégories bien connus. Les conservateurs l’aiment aussi, parce que des plaidoiries habiles peuvent facilement détourner ce principe pour qu’il serve à conforter les prérogatives d’une catégorie dominante, sous prétexte d’un « traitement égal devant la loi ». Quant aux partisan-es d’une politique radicale – qui comprennent que certaines catégories de différence, telles « la race blanche » et « le sexe masculin », n’ont d’existence historique que par la domination de quelque autre, ils et elles s’accommodent du mieux qu’ils peuvent de cette législation des droits civiques.
    Aux États-Unis, la législation antidiscrimination actuelle – que l’on pourrait qualifier de maniaco-catégorisante – a aussi nui aux efforts des progressistes pour former des coalitions. Depuis quelques années, ces assemblages hétéroclites sont devenus de plus en plus difficiles à définir et à coordonner – du moins sans appels démagogiques à l’unité contre quelque groupe ou figure adverse diabolisée – et ce parce que bon nombre de ses leaders moraux se sont généralement épuisés en querelles de distinctions entre groupes catégorisables. Cela donne inévitablement lieu à des concurrences et à des conflits quant à quel groupe est le plus vulnérable, le plus hanté par l’histoire, le plus dénigré et méprisé. Et, forcément, ces catégories manquent toutes de démarcations claires, puisque le sens de chacune n’est pas relatif aux autres catégories mais bien à chaque identité dominante définie contre et en regard de chaque « altérité » disparate.
    Par ailleurs, si qui que ce soit appartient à deux ou plusieurs catégories d’« altérité » et refuse de limiter son engagement à une seule d’entre elles, ou si cette personne appartient à un conglomérat d’identités dont une, dominante, en « altérise » une autre, on voit échouer le modèle progressiste de coalition post-droits civiques. En effet, la notion de catégories d’oppression ne convainc que dans la mesure où elle semble créer une « identité » pour la classe de personnes y appartenant (c’est l’argument de Baldwin : « Si vous insistez pour être blanc, je n’ai d’autre alternative que d’être noir »). Mais l’identité qui est créée de la façon la moins équivoque n’est jamais autre que l’identité dominante : la blancheur, le masculin, l’hétérosexualité, bref la normalité, l’identité – quelle qu’elle soit – qui s’évaporerait sans une catégorie subordonnée à altériser.(...)"
    (pages 46 et ss.)


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2013
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin