| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






dimanche 6 mai 2012

« Le féminisme ou la mort »

par Monia Haddad, étudiante en sciences politiques et féministe






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Sexisme politique, sexe social
Révolution féministe : site féministe universaliste et laïc
Il faut abolir les prisons pour femmes
Le féminisme islamique est-il un pseudo-féminisme ?
Pour un féminisme pluriel
Cachez-moi ce vilain féminisme
Féminisme - Le Groupe des treize veut rencontrer la ministre à la Condition féminine Lise Thériault
Combattre le patriarcat pour la dignité des femmes et le salut du monde
Martine Desjardins parle du Sommet des femmes à Montréal
Banaliser la misogynie, c’est dangereux
Féminisme - Faut-il faire le jeu du "Diviser pour régner" ?
Je suis blanche et vous me le reprochez !
La pensée binaire du féminisme intersectionnel ne peut que mener à l’incohérence
Lutter contre la pauvreté des femmes et la violence des hommes envers elles
"Du pain et des roses" - Le 26 mai 1995, une grande aventure débutait
Portrait des Québécoises en 2015 - L’égalité ? Mon œil !
Je plaide pour un féminisme qui n’essaie pas de s’édulcorer
La Maison de Marthe, première récipiendaire du Prix PDF Québec
Ensemble, réussir la 4ième Marche Mondiale des Femmes ! Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous resterons en marche !
Des "Déchaînées" aux genoux du patriarcat !
L’intervention féministe intersectionnelle – Troquer un idéal pour une idéologie trompeuse ?
Ce que révèle l’alliance de certains musulmans avec la droite réactionnaire
Au cœur de la division du mouvement féministe québécois : deux visions
Désaccord sur le virage de la Fédération des femmes du Québec
Féminisme islamique - Quand la confusion politique ne profite pas au féminisme
États généraux du féminisme - Des sujets importants écartés : "De qui ou de quoi avons-nous peur ?"
PDF Québec est lancé ! - Une voix pour les droits des femmes
États généraux et FFQ - Un féminisme accusateur source de dissension
Ignorer et défendre la domination masculine : le piège de l’intersectionnalité
Comment les hommes peuvent appuyer le féminisme
Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman
Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité
Les micro-identités et le "libre choix" érigé en système menacent les luttes féministes
La misogynie n’a pas sa place dans le féminisme
L’écriture équitable - La féminisation des textes est un acte politique
Réfutation de mensonges au sujet d’Andrea Dworkin
Une éducation féministe donne de meilleurs fils
"Rien n’a encore pu me détruire" : entretien avec Catharine A. MacKinnon
France - La mainmise des hommes sur le monde de la radio
États généraux sur le féminisme au Québec/FFQ - Des exclusions fondées sur des motifs idéologiques et des faussetés
Le mouvement des « droits des hommes », la CAFE et l’Université de Toronto
Mensonges patriarcaux - Le mouvement des « droits des hommes » et sa misogynie sur nos campus
Féministes, gare à la dépolitisation ! Les féminismes individualiste et postmoderne
"Les femmes de droite", une oeuvre magistrale d’Andrea Dworkin
"Je suis libre", une incantation magique censée nous libérer des structures oppressives
Trans, queers et libéraux font annuler une conférence féministe radicale à Londres
"Des paradis vraiment bizarres" - "Reflets dans un œil d’homme ", un essai de Nancy Huston
Quand les stéréotypes contrôlent nos sens
"Agentivité sexuelle" et appropriation des stratégies sexistes
Cessons de dire que les jeunes femmes ne s’identifient pas au féminisme !
Un grand moment de féminisme en milieu universitaire
Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine
Résistance au sexe en contexte hétérosexuel
La CHI - Un humour dégradant et complice de l’injustice sociale
"Heartbreak", une autobiographie d’Andrea Dworkin
Hockey, suicide et construction sociale de la masculinité
Polémique sur l’enseignement du genre dans les manuels scolaires en France
Le "Gender" à l’américaine - Un verbiage qui noie la réalité du pouvoir patriarcal
2011-2015 - Un plan d’action pour un Québec égalitaire
NousFemmes.org
L’égalité inachevée
Journée internationale des femmes 2011 - Briser le silence sur toutes les formes de sexisme
En France et ailleurs, 2010, une mauvaise année pour les femmes
Ce qu’est le féminisme radical
Polygamie - Le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et “racisées” appuie l’avis du CSF
Il y a trois ans, mon cher Léo...
La Fédération des femmes du Québec représente-t-elle toutes les femmes ?
Tout est rentable dans le corps des femmes... pour ceux qui l’exploitent
Incessante tyrannie
Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?
Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions
Le "gender gap" dans les Technologies de l’information et de la communication
La Marche mondiale des femmes dix ans plus tard
Azilda Marchand : une Québécoise qui fut de tous les combats pour les femmes !
Les hommes proféministes : compagnons de route ou faux amis ?
Prostitution et voile intégral – Sisyphe censuré par le réseau féministe NetFemmes
Regard sur l’égalité entre les femmes et les hommes : où en sommes-nous au Québec ?
Féminisme en ménopause ?
Ce n’est pas la France des NOBELS !
Écarter d’excellentes candidates en médecine ? Inadmissible !
Trois mousquetaires au féminin : Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stanton et Matilda Joslyn Gage
La question des privilèges - Le réalisateur Patric Jean répond à des critiques
Lettre à Patric Jean, réalisateur de "La domination masculine", et à bien d’autres...
Une grande féministe, Laurette Chrétien-Sloan, décédée en décembre 2009
Le travail, tant qu’il nous plaira !
Comme une odeur de misogynie
La patineuse
Invasion du sexisme dans un lycée public
Magazines, anorgasmie et autres dysfonctions
"Toutes et tous ensemble pour les droits des femmes !"
Cent ans d’antiféminisme
MLF : "Antoinette Fouque a un petit côté sectaire"
Des femmes : Une histoire du MLF de 1968 à 2008
Qui est déconnectée ? Réponse à Nathalie Collard
Manifeste du rassemblement pancanadien des jeunes féministes
Pour une Charte des droits des femmes
Andy Srougi perd sa poursuite en diffamation
La lesbienne dans Le Deuxième Sexe
Le livre noir de la condition des femmes
La percée de la mouvance masculiniste en Occident
Procès du féminisme
Humanisme, pédocriminalité et résistance masculiniste
Une critique des pages sur le viol du livre "Le Plaisir de tuer"
Mise au point sur la suspension d’un article critiquant le livre du Dr Michel Dubec
Pour éviter de se noyer dans la (troisième) vague : réflexions sur l’histoire et l’actualité du féminisme radical
L’égalité des femmes au Québec, loin de la coupe aux lèvres !
Je suis féministe !
Écoféminisme et économie
Poursuite contre Barbara Legault et la revue "À Bâbord !" - Mise à jour
Biographie de Léo Thiers-Vidal
Vivement le temps de prendre son temps !
Séances d’information pour le projet d’une Politique d’égalité à la Ville de Montréal
Florence Montreynaud fait oeuvre d’amour et de mémoire
Magazines pour filles, changement de ton !
Un 30e anniversaire de la JIF sous la fronde conservatrice
L’égalité des femmes au Québec est-elle plus qu’une façade ?
Colloque sur Antigone
Prostitution et trafic sexuel - Dossier principal sur Sisyphe.org
Golf : "Gentlemen only, ladies forbidden" ?
Méchant ressac ou KIA raison ?
Dégénération de "Mes aïeux", un engouement questionnant
Les « Gender Studies », un gruyère confortable pour les universitaires
Réflexions "scientifiques" du haut du Mont Grey Lock
Madame, s’il vous plaît !
Annie Leclerc, philosophe
Des arguments de poids...
Pour hommes seulement
Andrea Dworkin ne croit pas que tout rapport sexuel hétéro est un viol
Peau d’Âme ou Beautés désespérées ?
Réflexions et questionnement d’une féministe en mutation
Mais pourquoi est-elle si méchante ?
Le concours « Les Jeudis Seins » s’inscrit dans le phénomène de l’hypersexualisation sociale
Aux femmes qui demandent - sans plus y croire - justice. Qu’elles vivent !
Jeux olympiques 2006 : félicitations, les filles !
7e Grève mondiale des femmes - Le Venezuela donne l’exemple
Évolution des droits des Québécoises et parcours d’une militante
2005, l’année de l’homme au Québec
Mes "problèmes de sexe" chez le garagiste !
Brèves considérations autour des représentations contemporaines du corps
OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, NON à la décriminalisation de la prostitution
"Femmes, le pouvoir impossible", un livre de Marie-Joseph Bertini
L’AFEAS veut la représentation égalitaire à l’Assemblée nationale du Québec
Elles sont jeunes... eux pas
Dis-moi, « le genre », ça veut dire quoi ?
Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?
Déconstruction du discours masculiniste sur la violence
Les hommes vont mal. Ah bon ?
La face visible d’un nouveau patriarcat
Quelle alternative au patriarcat ?
Le projet de loi du gouvernement Raffarin "relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste et homophobe" est indéfendable
L’influence des groupes de pères séparés sur le droit de la famille en Australie
Victoires incomplètes, avenir incertain : les enjeux du féminisme québécois
Retrouver l’élan du féminisme
Le droit d’éliminer les filles dans l’oeuf ?
Le système patriarcal à la base des inégalités entre les sexes
Des nouvelles des masculinistes
Masculinisme et système de justice : du pleurnichage à l’intimidation
Nouvelle donne féministe : de la résistance à la conquête
Les masculinistes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins
Nouvelles Questions féministes : "À contresens de l’égalité"
S’assumer pour surmonter sa propre violence
Sisyphe, que de rochers il faudra encore rouler !
Coupables...et fières de l’être !
Un rapport de Condition féminine Canada démasque un discours qui nie les inégalités de genre
De la masculinité à l’anti-masculinisme : penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive
Les courants de pensée féministe
Quelques commentaires sur la domination patriarcale
Chroniques plurielles des luttes féministes au Québec
Qu’il est difficile de partir !
Deux cents participantes au premier rassemblement québécois des jeunes féministes
Le féminisme : comprendre, agir, changer
Le féminisme, une fausse route ? Une lutte secondaire ?
À l’ombre du Vaaag : retour sur le Point G
L’identité masculine ne se construit pas contre l’autre
Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe
La misère au masculin
Le Nobel de la paix 2003 à la juriste iranienne Shirin Ebadi
Hommes en désarroi et déroutes de la raison
Le « complot » féministe
Christine de Pisan au coeur d’une querelle antiféministe avant la lettre
Masculinisme et suicide chez les hommes
Le féminisme, chèvre émissaire !
L’autonomie de la FFQ, véritable enjeu de l’élection à la présidence
Les défis du féminisme d’aujourd’hui
Les arguments du discours masculiniste
Nouvelle présidente à la FFQ : changement de cap ?
La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme
Le discours masculiniste dans les forums de discussion







Interview avec Tara KATTI, traductrice et bénévole au sein de Foleshill Women’s training, et Coventry Haven. Le féminisme dans sa diversité est une grille de lecture indispensable. La situation Outre-Manche.

Le titre de cet article est emprunté à un livre de Françoise d’Eaubonne. (1)

Le féminisme est une terre inconnue pour bien des personnes. Ignoré, calomnié, négligé, voilà une pensée politique et philosophique révolutionnaire, qui n’est même pas reconnue comme telle encore au XXIe siècle. À présent on veut mettre en place des études sur le genre en France. Une fois de plus, évacuons la question des femmes, trop particulière, et qui en aucun cas ne peut faire l’objet d’une analyse. On nous vante la grande trouvaille des États-Unis, les Gender Studies, pourquoi ne pas mentionner que les États-Unis ont toujours des Women’s Studies ?

En tous les cas, qu’on m’explique ce qu’est le genre. Le sexe social ? Est-ce cela la nouveauté ? De fait, on se rend parfaitement compte que les études de genre, au mieux, n’apporte rien de nouveau, au pire néglige les rapports de domination et aboutissent à une défense de l’ordre néolibéral, du relativisme culturel, en somme, du patriarcat. Déconstruire le genre, pourquoi faire ?

Pour reprendre Catharine A. Mackinnon dans Feminism Unmodified : ce n’est pas la différence qui crée le genre, mais le « gender system », l’oppression qui fabrique la différence. Il s’agit donc de démolir le genre, et non de le multiplier à l’infini. Le socle des genres masculin et féminin est la domination, l’interchangeabilité des rôles n’y changera rien. L’avenir du féminisme, à la fois théorique et pratique, si l’on peut en faire la dichotomie, se trouve dans le féminisme radical ; autrement dit l’analyse structurelle des rapports de pouvoirs, les femmes constituant une classe. L’objectif est de lutter contre le sexisme, le racisme, et le « classisme », des « superstructures » du patriarcat. Vous comprenez ainsi que se limiter à l’identité est largement insuffisant. La question est politique.

Je me suis ainsi intéressée à la question des Maisons des Femmes, ou Women’s Centers afin de montrer la nécessité vitale du féminisme, puis sa caractéristique principale et j’allais dire originale : la théorie et la pratique sont directement liées, comme l’a démontré Catharine A. Mackinnon dans From Practice to Theory or What is a white woman anyway ?(2) . La Maison des Femmes de Paris semble en être une parfaite illustration. Leur rôle est d’accueillir différents groupes, collectifs et associations féministes et/ou lesbiennes afin de rendre compte de la diversité de leurs pratiques, de favoriser les initiatives de femmes, qu’elles soient sociales, politiques et culturelles. Bien sûr, la lutte contre le sexisme, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, l’oppression spécifique des lesbiennes, les violences faites aux femmes et le système prostitutionnel font partie inhérente du projet.

D’après les propos recueillis, partager une culture féministe « est la base de [leurs] actions, car cela permet de mettre en avant des images fortes de femmes, de connaître les luttes pour les droits des femmes, et de donner envie d’y participer éventuellement ». La non-mixité, pour la Maison Des Femmes, est une question politique, un lieu pour les femmes, dans lequel elles s’expriment en toute liberté, au sein notamment, de groupes de conscience. Il s’agit également « d’un lieu protégé, surtout pour celles qui ont subi des violences sexistes et masculines ». La Maison des Femmes de Paris, la seule dans la capitale, constitue un projet révolutionnaire et effectue un travail remarquable. Elle permet aux femmes de prendre conscience de leur oppression, de connaître leur histoire, et par là même, de se reconstruire et prendre leur vie en mains.

Je vous propose de découvrir, du côté de l’Angleterre, l’interview que j’ai réalisée avec Tara KATTI, traductrice et bénévole au sein de Foleshill Women’s training, et Coventry Haven. Cela permettra de démontrer que le féminisme dans sa diversité est une grille de lecture indispensable, puis d’exposer la situation Outre-Manche.

Les Maisons des femmes ou l’avenir du féminisme : le modèle anglais

Pourquoi as-tu choisi d’être bénévole dans plusieurs Women’s Centers ? Cela t’a-t-il changé ?

Je suis bénévole dans deux associations de femmes. Le premier est celui de Foleshill Women’s Training, un centre pour les femmes qui dispense des cours gratuits fondés sur le « SHE model » (Social Health and Education), afin d’accroître les perspectives d’emplois des femmes. On a des cours d’anglais et d’informatique, des sessions de discussions, d’activités pour faciliter l’intégration dans la société, on leur donne des conseils concernant la nutrition, la santé, pour leur signifier l’importance d’un mode de vie sain.

Le second est une organisation caritative qui aide les femmes victimes de violences conjugales. Coventry Haven fournit un soutien psychologique, des conseils et des refuges.
J’ai dans un premier temps choisi de m’engager car je crois que le travail que font ces deux organisations est important. J’ai toujours défendu avec force les droits des femmes et, ayant fait l’expérience des problèmes que rencontrent les femmes immigrées et réfugiées dans ma région, j’ai décidé d’aider selon les modalités que proposait Foleshill Women’s Training, et faire bon usage de mon temps libre.

Comme la majorité des femmes qui viennent au centre sont d’origine indienne ou pakistanaise, je crois que mes propres origines - et ayant vu par moi-même les luttes que ces femmes mènent lorsque j’étais en Inde -, m’a poussée à aider cette « communauté » en particulier à cause des barrières linguistiques, ou des valeurs patriarcales. Je voulais aussi tirer profit de mes compétences pour aider les autres comme je peux. En tant que traductrice, je voulais utiliser mes compétences linguistiques à la base pour aider ces femmes, qui sans cela, n’auraient pas pu avoir accès au service et avoir l’aide dont elles ont besoin. Si je pouvais aider ne serait-ce qu’une seule femme, ce n’était pas du temps perdu.
J’ai connu Coventry Haven lorsque je faisais du bénévolat à Foleshill Women’s Training, j’ai alors pris connaissance de leurs actions. On avait parlé à leur équipe de proximité de mes compétences linguistiques, elles avaient besoin de quelqu’une qui parlait français pour aider les femmes francophones venues d’Afrique qui avaient rejoint le centre. Maintenant que je fais partie de leur équipe, je ne cesse d’être choquée par leurs histoires et leur courage.
Ces associations prônent l’émancipation des femmes, à laquelle je crois, et après avoir étudié le féminisme, je voulais voir comment cela se traduisait dans la vraie vie. Et plus encore, j’aime ce que je fais !

Je ne crois pas que cela m’ait changée. J’ai toujours pensé qu’il était important d’aider celles et ceux qui en ont besoin, et puis j’ai toujours senti que les femmes étaient largement traitées socialement et culturellement comme inférieures aux hommes. Mon bénévolat m’a ouvert les yeux sur l’étendue du problème au sein de ma propre communauté/région. Je crois que l’idée commune parmi la classe moyenne et les élites au Royaume-Uni consiste à dire que les violences sexistes sont réservées aux femmes pauvres venant des pays en développement comme l’Inde, l’Afrique, ou encore les pays où il existe une oppression culturelle et religieuse. Je dois admettre, en dépit de mes études, que je n’aurais jamais imaginé que le problème des violences domestiques était si grave et sous mes yeux. D’une certaine façon, en tout et pour tout, je crois que voir tant de souffrances et d’inégalités de si près m’a rendue plus radicale ! Ou au moins, cela m’a fait sentir que je faisais la différence, aussi petites que soient mes actions, et m’a motivée à aider davantage !

Que répondrais-tu à ceux (et à celles) qui disent que les Women’s Centers et celles qui défendent les droits des femmes et luttent contre les violences masculines, puis les difficultés que rencontrent les femmes parce qu’elles sont femmes les victimisent ? Comme ce que l’on entend parfois « Et pourquoi pas des Maisons des hommes tant qu’on y est ?! »

D’après mon expérience, en mettant de côté les études et théories féministes, dans la vraie vie, le fait que les associations auxquelles je participe sont non mixtes est central à leur succès. Ce n’est pas parce qu’elles sont nées d’une idéologie féministe, néanmoins c’est important pour les femmes qui bénéficient des services proposés que ceux-ci soient uniquement dirigés par les femmes et pour les femmes. La raison pour laquelle cela fonctionne est liée au fait qu’il s’agit d’un environnement sécurisé et où les femmes se sentent à l’aise. Cela va clairement contre la prétendue affirmation qu’elles sont victimisées.
Un exemple plus concret, Foleshill Women’s Training accueille des femmes d’origine indienne, et pakistanaise, mais j’ai aussi rencontré des femmes venant de Somalie, du Kenya, d’Iran, de Roumanie, pour ne citer que quelques pays (mais également des femmes blanches, bien sûr). Dans la plupart de ces cultures, par exemple pour les femmes musulmanes (pas toutes bien entendu), certaines femmes n’ont pas beaucoup de liberté, elles ont seulement la possibilité d’aller au centre et faire des rencontres car c’est réservé aux femmes.

Si l’on dispensait les mêmes cours et autorisait les hommes à y participer, je suis certaine que beaucoup de femmes ne viendraient plus. On perdrait des femmes qui ont vraiment besoin d’aide et qui aiment venir au centre. J’ai vu des femmes venir au centre et enlever leur hijab, leur foulard ; beaucoup de femmes me disent qu’elles peuvent s’exprimer librement et apprécient les rencontres avec d’autres femmes, qu’elles ne pourraient pas le faire autrement. C’est en fait grâce à cela qu’elles gagnent de la liberté, de la confiance et parviennent à intégrer la société. La victimisation n’est pas de mise ici. C’est malheureux que les libertés les plus ‘basiques’, comme sortir lorsque vous le voulez, rencontrer des ami-e-s, aller à l’école n’existent pas pour certaines femmes, mais c’est la réalité, et nous devons faire ce que nous pouvons pour aider. Le meilleur moyen pour moi sont les Maisons des Femmes.
De même, le fait que Coventry Haven soit non mixte est intrinsèque au service que nous fournissons. Beaucoup de femmes ont subi des violences et des mauvais traitements par des hommes, elles peuvent ne pas se sentir en sécurité. C’est aussi difficile pour elles de parler de ces problèmes en présence d’hommes. Le fait que le personnel est constitué de femmes permet de construire un lien de confiance avec les victimes, et du coup elles se sentent à l’aise, c’est ainsi plus facile pour nous de les aider.

Concernant les « Maisons des hommes », l’aide pour les hommes existe aussi. Par exemple, si Coventry Haven est ouvert aux femmes, une autre association Coventry Rape and Sexual Abuse Centre aide les femmes et les hommes. À ces gens-là, je répondrais que malheureusement, les femmes occupent une telle position en société (patriarcale) qu’elles souffrent davantage que les hommes, c’est pourquoi nous avons besoin de services réservés aux femmes. Les statistiques montrent que les femmes sont plus victimes de violences domestiques que les hommes. Ainsi, une aide spécifique aux femmes est requise.

Notes

1. In « Le féminisme ou la mort », Françoise d’Eaubonne.
2. http://www.feminist-reprise.org/

- Lire la suite dans le document suivant.

Word - 28.5 ko



Mis en ligne sur Sisyphe, le 6 mai 2012


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Monia Haddad, étudiante en sciences politiques et féministe



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2012
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin