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mercredi 20 avril 2005

Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole ?

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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Le deuxième congrès international masculiniste Paroles d’hommes se tiendra à l’Université de Montréal du 22 au 24 avril prochain. « Grâce à une gestion serrée des dépenses, au travail bénévole de toute l’équipe impliquée et aux subventions reçues, peut-on lire dans le Bulletin Paroles d’hommes #5, nous avons pu réduire le coût de l’inscription de 50%, soit 125$+taxes=143,78 $ ; ceci afin de permettre à un plus grand nombre d’entre vous de vous y inscrire ».

Les subventions proviennent des sources suivantes :

- M. Philippe Couillard, député de Mont-Royal et ministre de la Santé et des services sociaux.
- Mme Michèle Courchesne, Députée de Fabre et [à l’époque] ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration.
- Mme Carole Théberge, députée de Lévis et ministre délégué à la Famille et des Aînés [aussi depuis peu ministre responsable de la Condition féminine]
- Mme Margaret H. Delisle, députée de Jean-Talon et whip adjointe du Gouvernement.
- M. Yves Séguin, député d’Outremont, ancien ministre des Finances du Québec
- M. Jean-Pierre Charbonneau, député péquiste de Borduas
- Fondation MISE SUR TOI, de Loto-Québec (1)

« On dirait que nos ministres femmes sont favorables à l’amélioration de la condition masculine, écrit l’auteur du Bulletin #1. Nous entreprenons actuellement des démarches auprès du nouveau Gouvernement canadien pour que leurs représentants subventionnent aussi cette initiative québécoise ».

Des lieux, des vedettes et des hommes

Le Bulletin Paroles d’hommes #2 annonçait que ce congrès aurait lieu « dans les locaux de l’UQAM grâce à une collaboration tout à fait spéciale avec le Centre pour hommes à l’UQAM dont le directeur, M. René Huet, sexologue, est aussi membre du Conseil d’administration du CIPH. Déjà toute une équipe de bénévoles du département de sexologie de l’UQAM entoure le Conseil d’administration du Congrès afin d’en faciliter la promotion et la gestion logistique, sous la supervision de M. René Huet ». Or, le congrès se tiendra plutôt à l’Université de Montréal, car une forte contestation de la part de professeur-es et d’étudiant-es aurait incité l’Université du Québec à Montréal (UQAM) à changer d’avis (2).

Le congrès Paroles d’hommes, dont le principal organisateur et le président est M. Yvon Dallaire, psychologue québécois, se voudrait, selon certain-es, un geste d’« harmonisation des rapports entre les hommes et les femmes ». « Le mouvement féministe devait avoir lieu », peut-on lire sur le site de Paroles d’hommes, comme si le féminisme n’avait plus de raison d’être, ce qu’affirment d’ailleurs les masculinistes de toutes tendances. Ce congrès « se veut une réflexion à voix haute sur les nouvelles préoccupations des hommes. Loin de nous l’idée d’entretenir un combat entre les sexes ; nous voulons plutôt un débat de société sur les nouvelles relations hommes-femmes » (3).

Yvon Dallaire fait partie de la « seconde vague des masculinistes », ceux qui se veulent plus conciliants parce qu’ils ont compris qu’envelopper leurs propos et leurs intentions dans la ouate leur assurerait une meilleure audience auprès des médias, des subventionnaires et de l’opinion publique (4). C’est peut-être avec ces discours lénifiants que les organisateurs du congrès Paroles d’hommes ont pu attirer des personnalités publiques à titre de membres honoraires. Outre la comédienne et animatrice Louise Deschâtelets, vice-présidente du conseil d’administration du congrès, on retrouve Janette Bertrand, animatrice, auteure dramatique et comédienne ; Yvon Deschamps, auteur et humoriste ; Judi Richards, auteure, compositeure et interprète ; Patrick Huard, humoriste et comédien ; Jacques Languirand*, communicateur ; Sylvain Marcel, comédien (5).

La phrase en exergue du Bulletin Paroles d’hommes #3 donne-t-elle le ton et l’orientation de l’événement ? « La femme n’est pas, comme dit le poète, l’avenir de l’homme, mais elle n’a aucun avenir sans l’homme. Claude (femme) de Milleville, Le couple, une espèce en voie d’apparition, Éd. Solar, 2004, p. 65 ». Les femmes hétérosexuelles qui vivent seules ainsi que les femmes lesbiennes apprécieront sûrement... J’aimerais toutefois connaître le contexte de cette phrase : la dénommée de Milleville a-t-elle voulu dire que "la" femme n’a pas d’avenir si "l"’homme résiste au changement, ou bien, que l’avenir des femmes vivant seules serait un échec personnel et social ? Les masculinistes aiment bien citer des propos de femmes, surtout de femmes antiféministes comme Élisabeth Badinter devenue une vraie icône masculiniste et dont une phrase figure comme slogan sur le site de Paroles d’hommes.

Le discours d’un homme « fier de l’être »

Le principal organisateur de ce congrès est-il aussi bien disposé qu’il le laisse entendre à l’égard de l’évolution des femmes, une évolution qui a eu lieu et devra se poursuivre grâce au féminisme ? À la lumière de certaines lectures, la question me semble légitime. Dans un article de la revue Service social (Vol.50, 2003, p. 145 à 173) intitulé « Le discours des défenseurs des droits des hommes sur la violence conjugale : Une analyse critique », Normand Brodeur a analysé trois ouvrages masculinistes, dont « Homme et fier de l’être », de M. Yvon Dallaire. La position de M. Dallaire sur la violence faite aux femmes en milieu conjugal, par exemple, laisse pour le moins perplexe. Pour lui, la violence masculine serait un mode « d’affirmation » et « d’expression », découlerait d’un besoin « naturel » masculin d’organiser son environnement et le monde. Voici des extraits de l’analyse de Normand Brodeur.

« Ces auteurs estiment que le divorce, motivé de plus en plus par des raisons égoïstes (voir, par exemple, Dallaire, 2001, p. 141), a un impact psychologique plus lourd pour les hommes que pour les femmes qui, dans la majorité des cas, en sont les instigatrices ». Bref, si le divorce découle de l’égoïsme et que les femmes en sont le plus souvent les instigatrices, faut-il conclure que les femmes sont des égoïstes quand elles quittent les hommes ? Ou bien, serait-il envisageable que les femmes demandent plus souvent le divorce parce que les hommes leur en fournissent plus souvent de bonnes raisons ?

« Dallaire (2001) abonde dans le même sens [que les autres auteurs analysés], poursuit Brodeur, en affirmant que tous les hommes sont victimes de préjugés qui les présentent comme des êtres violents, des violeurs en puissance ou des abuseurs d’enfants. "À entendre [les femmes], (écrit Dallaire) […] l’homme serait le côté sombre de l’humanité, alors que la femme en serait le côté lumineux, celle qui sait mieux que lui comment les choses devraient fonctionner. Il faudrait donc que la femme prenne non seulement le contrôle de la famille, de l’éducation des enfants, de la gestion des soins, mais qu’elle prenne aussi le contrôle économique et politique de la société pour qu’advienne une véritable civilisation humaine" ». (Dallaire, 2001, p.17.)

« Pour les auteurs, ce procès symbolique ternit la réputation de l’homme et a plusieurs effets néfastes sur lui. Ainsi, Dallaire (2001) mentionne que les pères sont perçus comme des menaces pour leurs enfants, que les garçons n’ont plus de modèles positifs auxquels s’identifier, que les filles se méfient des garçons et que les femmes perçoivent la sexualité masculine comme agressive et violente (...). Le féminisme "extrémiste" serait ainsi devenu une nouvelle dictature cherchant à corriger une injustice en en créant une autre et à « faire payer aux méchants tout ce qu’ils ont fait aux victimes » (Dallaire, 2001, p. 19). Quant au pouvoir dominant des hommes dans la société, il serait factice, selon Dallaire. « Dallaire (2001, p. 58) va encore plus loin dans sa critique de la notion de patriarcat en soutenant que "les hommes ont peut être le pouvoir social, politique, juridique et économique, mais que le vrai pouvoir, le pouvoir occulte, est entre les mains des femmes" ». De tels propos font penser à la psychologie populaire d’une autre époque. Du genre "derrière tout grand homme, il y a une femme..."

La violence envers les conjointes, un mode d’affirmation

Normand Brodeur souligne que « les défenseurs des droits des hommes expliquent la présence de violence à l’intérieur des couples à partir de facteurs interactionnels, biologiques, économiques ou psychologiques. Ils rejettent toutefois les explications fondées sur une analyse des rapports sociaux de genre » (...). « Les féministes considèrent la violence comme un instrument de domination et dénoncent la tendance des hommes à vouloir contrôler leur partenaire, poursuit Brodeur. Dallaire (2001, p. 211) s’oppose à cette analyse de deux façons. Il considère d’abord que les hommes entrent naturellement en relation selon un mode hiérarchique. S’ils veulent ordonner les choses, dit-il, c’est pour qu’elles fonctionnent bien et non pas pour dominer leur partenaire. L’auteur attribue ensuite à la violence une fonction expressive. L’homme, dit-il, envoie des messages à sa partenaire avant de passer aux gestes violents. Ce n’est que lorsque ces signaux ne sont pas entendus qu’il "s’affirme" par la violence physique (p. 97). "Bardasser", fermer les portes et panneaux d’armoire avec force, voire frapper sa partenaire constituent des moyens par lesquels il exprime sa frustration (p. 109) ». Autrement dit, si les femmes n’obtempèrent pas aux avertissements de leurs conjoints, ces derniers sont justifiés de les violenter car ils "s’affirment" alors selon leur "nature".

Brodeur estime que les défenseurs des droits des hommes « s’emploient généralement à nier le caractère instrumental des comportements violents des hommes en contexte conjugal. La démarche féministe, qui consiste à présenter les comportements violents et le recours au système judiciaire comme autant d’instruments de pouvoir à la disposition des protagonistes, paraît à cet égard beaucoup plus cohérente », dit le chercheur. « La conception féministe de la violence conjugale se situe quant à elle à l’intérieur du paradigme de l’instrumentalité. Pour Pierre Karli (1994, p. 47), "la notion de valeur instrumentale de l’agression fait allusion au fait que le répertoire comportemental […] dote l’être vivant des moyens d’action qui lui sont nécessaires pour obtenir ce qu’il cherche et pour éviter ce à quoi il veut échapper". Vu sous cet angle, le geste violent est un outil à la disposition de la personne qui l’emploie. Il trouve sa source dans les attentes, les désirs et les buts plus ou moins conscients que l’individu poursuit. C’est dans cet esprit que les féministes mettent en relief le caractère intentionnel des comportements de violence conjugale (Shepard, 1991), leur effet paralysant sur les victimes et les privilèges que les agresseurs en retirent. Elles présument que ces effets sont ceux qui étaient recherchés au départ.

« Bien que toutes les analyses féministes attribuent une fonction instrumentale à la violence, la notion dépasse largement le cadre du féminisme. On la retrouve notamment dans les théories de l’apprentissage social qui considèrent les conséquences attendues comme déterminantes dans l’acquisition et le renforcement du comportement violent (Bandura, 1977)… ». Brodeur cite des critiques de « la conception féministe classique selon laquelle les conjoints aux comportements violents cherchent toujours à contrôler et à dominer les femmes, les motifs qu’ils invoquent pour expliquer leur comportement étant toujours considérés comme des prétextes (...). Cette approche, dit-il, se distingue du discours féministe plus traditionnel, mais aussi d’une approche comme celle que propose Dallaire (2001) ».

Dallaire s’appuie « sur des statistiques américaines des années 1970, (Dallaire 2001, p. 124) » pour affirmer « qu’il y a autant d’hommes que de femmes tués par leur conjoint. Contrairement à ce que Dupuy (2000) et Dallaire (2001) affirment, les données sur l’homicide conjugal ne permettent pas non plus de démontrer la symétrie de la violence entre les deux sexes, souligne Brodeur. En fait, la proportion de meurtriers et de meurtrières est d’environ de trois pour un, tant au Canada que dans la plupart des pays occidentaux où l’on tient des statistiques sur ce phénomène (Centre canadien de la statistique juridique, 2002 ; Wilson et Daly, 1993) (...). Plusieurs études mettent en évidence de véritables différences dans la façon dont les individus des deux sexes font usage de violence envers leur partenaire ».

Le système judiciaire, comme le prétendent les masculinistes, serait-il injuste envers les hommes accusés de violence conjugale ? Brodeur réfute cette prétention : « On peut toutefois ajouter qu’il n’y a pas non plus d’indication d’une persécution hitlérienne à leur égard : le système judiciaire est certes particulièrement sévère envers eux au début de la procédure judiciaire, mais la majorité s’en tire en bout de ligne sans verdict de culpabilité ou avec une sentence moins lourde que les hommes accusés d’autres crimes ».

Brodeur conclut qu’il est peu probable qu’émerge un jour un consensus sur les définitions courantes de la violence, la question de la violence féminine et l’équilibre entre la protection des victimes et celle des droits des accusés. « Il faut toutefois souhaiter, dit-il, que la discussion se poursuive dans un esprit d’humilité et d’ouverture, en se rappelant que les théories sur les causes de la violence conjugale demeurent toujours embryonnaires, même après trente ans de recherche (Harway et O’Neil, 1999). Pour manifester cette ouverture d’esprit, les défenseurs des droits des hommes doivent à notre avis dépasser leur opposition au féminisme radical et considérer davantage l’apport théorique que le mouvement de défense des femmes violentées a fourni ».

Proféministes, bâilleurs de fonds et médias

M. Yvon Dallaire, supposément en faveur de l’évolution des femmes et qui souligne à juste titre sur le site Paroles d’hommes la contribution de leurs « compagnons », a pourtant une piètre opinion des hommes qui ont soutenu et soutiennent toujours les aspirations et les luttes féministes : « Le féminisme "extrémiste" (6) a pu s’imposer, disent les auteurs [analysés par Brodeur], parce qu’il a bénéficié de la complicité d’hommes proféministes. Dallaire (2001) présente ces derniers comme des hommes qui, ne pouvant "sentir leurs semblables" (p. 67), se mettent volontairement du côté des féministes pour combattre leur propre sexe ; ce sont, en d’autres termes, "des loups dans la bergerie" (p. 71) ». Alors pourquoi ce masculiniste convaincu a-t-il voulu attirer dans sa propre « bergerie », à titre de membres honoraires du congrès Paroles d’hommes, quelques-uns de ces « loups » dont le Conseil du statut de la femme a souligné, en 2003, la « complicité » avec les féministes ?

Les groupes masculinistes ont bien le droit, me direz-vous, de tenir leurs colloques, congrès ou autres activités et de demander l’appui de vedettes pour faire la promotion de ces événements. Je ne leur conteste pas ce droit. Mais quand je lis sur leurs sites qu’ils organisent des colloques parce qu’il est temps que les hommes reprennent la parole, je trouve qu’ils ne manquent pas de culot ! Quand donc les hommes ont-ils renoncé à la parole autrement que volontairement et à leur convenance ? Il faudrait peut-être traduire « il est temps que les hommes reprennent la parole » par « il est temps que les féministes se taisent » car elles ont assez mis à mal les certitudes d’individus qui se pensent investis d’une mission "naturelle" d’organiser et de programmer l’univers à leur image et à leur ressemblance. La majorité des femmes ont à peine commencé à s’exprimer après des millénaires de parole "unisexe" que certains se sentent déjà fatigués de les écouter un peu. Écouter, à leurs yeux, ce serait être dépossédé de la parole.

Les masculinistes, notamment ceux qui cherchent à nier ou à atténuer l’importance de la violence faite aux femmes, font obstacle à la lutte contre cette violence. Ils ne contribuent ni à « l’harmonisation des sexes » ni à une société meilleure. Alors, pourquoi un gouvernement qui prétend avoir pris des engagements contre la violence faite aux femmes et en faveur de l’égalité subventionne-t-il les activités de tels groupes ? Et pourquoi des personnalités publiques, perçues comme sensibles, voire favorables aux valeurs défendues par les féministes de toutes allégeances, cautionnent-elles ces groupes en prêtant leur nom à leurs activités ?

Enfin, les médias font largement leur part dans la promotion du discours masculiniste « soft ». Le Bulletin Paroles d’hommes #5 vous demande de « surveiller Le Devoir du week-end, il devrait y avoir un article sur le congrès » et « À moins de changement, l’émission Maisonneuve en direct de la radio de Radio-Canada du vendredi 22 avril, à 12h15, réunira trois conférenciers à notre Congrès, soit Lorraine Filion, Guy Corneau et Jan Piet de Man et portera sur la relation Parent-enfant. Tenez-vous prêt du téléphone : 597.3700 (Montréal) ou 1.877.697.3700 (extérieur de Montréal) ». Bref, « paquetez » donc l’émission « les boys », ce ne sera d’ailleurs pas la première fois à des émissions de ce genre (sans jeu de mots). Je conçois très bien que les médias rendent compte de ce « phénomène social ». Mais un peu plus de sens critique à l’égard du discours que sous-tend ledit phénomène ne nuirait pas au droit du public à une information plus complète et plus vraie.

* Jacques Languirand a demandé que son nom soit retiré de tout ce qui concerne Paroles d’hommes. Au 19 avril, 11h30, il figurait toujours sur la page "Qui sommes-nous ?" du site Paroles d’hommes, parmi les autres membres honoraires.

Notes

1. Site Paroles d’hommes : section commanditaires, [site visité le 12 avril 2005, à 22h].
2. D’ailleurs, deux activités antimasculinistes sont organisées dans la même semaine à l’UQAM et à l’Université de Montréal.
3. Féminisme+Hominisme=Humanisme Page d’accueil
4. On pourra lire le mémoire du Collectif proféministe, « Pour le droit des femmes à l’égalté », dans lequel il est question du discours opportuniste de la nouvelle vague masculiniste.
5. Site Paroles d’hommes [site visité le 12 avril 2005, à 22h]. Il a pu y avoir désistement depuis. Janette Bertrand, Jacques Languirand et Judi Richards étaient aussi invité-es par La Vie en rose lors de son spectacle retrouvailles, le 30 mars dernier, au Lion d’Or.
6. Il ne définit pas ce féminisme mais il veut sans doute parler du féminisme radical qui pointe le patriarcat comme source prédominante de l’oppression des femmes.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 13 avril 2005.

Lire également

« Comment fabriquer un problème », par une Coalition de groupes de femmes. Il s’agit d’une critique du "Rapport Rondeau", du nom de Gilles Rondeau, conférencier au congrès Paroles d’hommes. On apprendra dans ce document critique comment on fabrique une recherche...


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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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  • On n’a plus les sirènes qu’on avait...
    (1/5) 19 avril 2005 , par

  • Faisons mieux connaître les féministes
    (2/5) 18 avril 2005 , par

  • Quelle parole d’homme ?
    (3/5) 15 avril 2005 , par

  • La grille d’analyse des femmes déplaît à M. Dallaire
    (4/5) 14 avril 2005 , par

  • Quelle parole d’homme ?
    (5/5) 14 avril 2005 , par





  • On n’a plus les sirènes qu’on avait...
    19 avril 2005 , par   [retour au début des forums]
    Site de la Coalition antimasculiniste

    La stratégie masculiniste semble simple : non seulement fournir aux hommes un discours-alibi qui occulte leurs privilèges et nourrit leurs tactiques pour les maintenir mais, surtout détacher la majorité des femmes de toute conscience critique, de tout espoir face aux problèmes qu’elles vivent, de tout projet collectif d’y remédier.

    Se présentant comme alternative aux masculinistes plus ouvertement menaçants, les Dallaire et Corneau réitèrent, comme bien d’autres « sexologues » et donneurs de leçons avant eux, le message de rentrer à la maison et y redevenir soumises, c’est-à-dire désespérées.

    Dans les médias qui ciblent les femmes (Madame, Corps et âme, émissions télé pour « femmes à la maison ») ils improvisent des propos à apparence scientifique, cousus de sourire et d’« humanisme », pour les convaincre de ne pas espérer mieux que la donne actuelle, de se limiter au service des hommes ou des aînés, malades et enfants que la société des hommes refuse d’appuyer réellement.

    Humanisation du statu quo et même d’un « retour du balancier » qui devrait maintenant favoriser les hommes, prêche d’une « réconciliation » – vivre avec les hommes en cessant de croire qu’ils peuvent agir différemment ou en tout cas se passer d’elles – leurs livres et leurs conférences se vendent bien malgré leur infinie vacuité. Quand les médias rendent le féminisme invisible, les femmes ont-elles d’autres repères sur le sens des rapports femmes-hommes ? On n’a plus les sirènes qu’on avait...

    L’Université faillit à sa tâche quand elle prête son nom et ses locaux à de tels abus des sciences humaines. Quant au gouvernement, celui qui subventionne Paroles d’hommes 2 est le même qui démantèle discrètement le régime d’aide sociale et celui des prêts-bourses, alternatives pour les femmes à certains servages qui arrangent bien du monde.

    Martin Dufresne

    Faisons mieux connaître les féministes
    18 avril 2005 , par   [retour au début des forums]

    Comme il devient fatiguant, décourageant et choquant de lire et relire ces infâmies à l’endroit du mouvement des femmes et des féministes qui ont tellement lutté, travaillé, convainvu, argumenté, pour faire reconnaître une réalité qui saute encore aux yeux aujourd’hui.

    Je milite depuis plus de 20 ans. Moi-même et la très grande majorité des féministes que j’ai connues et que je côtoie encore aujourd’hui n’ont jamais été seulement que des militantes féministes. Elles étaient et sont encore de toutes les luttes pour l’égalité des minorités ou des groupes opprimés. Les féministes se sont jointes au mouvement contre la discrimination raciale, particulièrement des Afros-Américains, elles se sont jointes au luttes contre la guerre du Golfe, contre la guerre en Irak, contre les accords de la Zléa et de l’AMI. Plusieurs d’entre elles sont membres de groupes de défense des droits tel que Amnistie internationale. Elles ont un point de vue articulé sur pratiquement toutes les causes injustes ou discriminatoires qui font l’actualité et qui ne concernent pas toujours seulement les femmes mais toutes les personnes qui sont victimes d’oppression, d’inégalité, d’injustice et de violence. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les luttes que les femmes féministes ont menées ont aussi profité à bien des hommes qui vivaient eux aussi certaines injustices comme par exemple les luttes menées contre la pauvreté. Le mouvement des femmes a cette grande qualité d’aborder les choses globalement, d’analyser la situation des femmes dans son ensemble et en alliance avec d’autres groupes vulnérables ou discriminés. Jamais ce mouvement ne s’est limité à ne revendiquer que ce qui était bon que pour les femmes. Depuis toujours, les féministes ont été préoccupées par le sort des femmes de partout dans le monde mais aussi par le sort des personnes qui subissent toutes sortes d’injustices. La majorité des féministes sont aussi écologistes, humanistes, pacifistes. Voilà l’image réelle du mouvement des femmes. Qu’on les qualifie de "fémininazies" dépasse l’entendement. Qu’on affirme haut et fort qu’elles considèrent tous les hommes comme des hommes violents est complètement ridicule. Qu’on essaie de faire croire ou simplemnet qu’on laisse entendre que la violence conjugale est autant le lot des femmes que des hommes est tellement insignifiant que l’on en reste bouche bée. La seule explication plausible à ce dénigrement en règle du féminisme, qui d’ailleurs semble vouloir devenir encore plus subtile, c’est qu’il constitue à mon avis un ultime effort de la part de certains hommes résistants à ces changements pour ne pas prendre l’opportunité qui leur est offerte d’évoluer, d’aller bien au-delà des privilèges qu’ils ont si peur de perdre. Mais qu’ont-ils donc tant à perdre ? Qu’est-ce qui leur fait si peur ? Pourquoi refuser ainsi de voir la réalité et prendre des moyens pour qu’elle change ? Qu’y a-t-il de dangereux à admettre que certains hommes se servent de la violence pour contrôler leur femme ? Qu’y a-t-il de dangereux à défendre à ses propres enfants, garçons ou filles, d’utiliser la violence quelle qu’elle soit, verbale, psychologique ou physique, pour arriver à ses fins ?
    Qu’y a-t-il de si menaçant à admettre que la société a été construite sur des bases patriarcales qui donnent plus d’avantages aux hommes qu’aux femmes, que cela est injuste et qu’il faut y remédier pour le bien des générations à venir ? Qu’y a-t-il de si menaçant d’admettre que l’on doit socialiser nos enfants de manière à ce que chacun et chacune puissent s’épanouir pleinement ? Admettre que nos valeurs patriarcales ont empêché la réalisation du plein potentiel des femmes va-t-il faire des hommes des sous-êtres humains ? Est-ce que les hommes qui critiquent et dénigrent les féministes arrêteront un jour de se prendre pour le patriarcat au complet ?

    Malheureusemnet, il semble que non ! Du moment que l’on parle de conditions de vie des femmes encore à améliorer, on en a toujours un tout près qui le prend personnel au lieu de le prendre historique !

    Quelle parole d’homme ?
    15 avril 2005 , par   [retour au début des forums]

    Un article de Francis Dupuis-Déri publié dans le journal Alternatives d’avril 2005. L’auteur est chercheur invité à l’Université de Montréal.

    *****

    Le 2e Congrès international sur la condition masculine Paroles d’hommes se tiendra à l’Université de Montréal du 22 au 24 avril. Il vous en coûtera environ 350$ pour assister à des conférences et croiser des porte-parole du mouvement « masculiniste », ouvertement anti-féministe et misogyne. Ces hommes insistent pour établir un lien de cause à effet entre le féminisme et le « désarroi » des hommes, les plus hargneux affirmant que l’homme est dominé par les « féministes radicales extrémistes » qui ont imposé le « féminazisme » au Québec. Ridicule…

    Ces hommes à la parole acide oublient de mentionner les inégalités systémiques envers les femmes. Qui occupe encore très majoritairement les lieux du pouvoir politique, économique, médiatique, culturel ? Des hommes. Qui sont les chefs politiques, les hauts fonctionnaires, les diplomates, les millionnaires, les patrons, les dirigeants des banques, des universités, des entreprises médiatiques et culturelles ? Des hommes, dans une écrasante majorité. Qui détient la majorité des richesses et de la propriété privée ? Encore des hommes. Malgré les efforts des féministes, le Québec est profondément inégalitaire. À ce sujet, on notera le scandale de la Loi sur l’équité salariale, votée par le gouvernement qui aussitôt en suspendait par décret l’application pour sa propre fonction publique. Et cela sans parler d’inégalité dans les taches domestiques (non-salariées), ni de l’exploitation dans l’industrie du sexe, ni de la violence sexuelle, ni de la situation des femmes ailleurs sur la planète...

    Dans un tel contexte, on peut bien sûr réfléchir aux problèmes spécifiques que vivent des hommes, mais attention. Il faut se méfier de la parole d’Yvon Dallaire, qui présidera le colloque, et qui en conférence d’ouverture expliquera que les hommes et les femmes doivent être « complémentaires ». L’idée de « complémentarité » évoque une entrave à la liberté, confinant tous et chacunes à une fonction « naturelle ». Et la « complémentarité » s’est toujours traduite par une hiérarchie dans laquelle l’homme s’arroge les privilèges publics, pendant que la femme s’occupe dans l’ombre de la maisonnée. Dallaire s’est aussi exprimé sur l’échec scolaire des garçons, affirmant (sur le site « optionsanté ») que « les gars ont besoin de dépenser leur surplus d’énergie dans des sports "virils" pour être réceptifs à l’apprentissage intellectuel. » Les études en science de l’éducation démontrent pourtant que jouer au hockey ou au football n’aide bien évidemment en rien à l’apprentissage de la lecture ou des mathématiques. C’est plutôt - bien sûr - les encouragements à lire qui aident les enfants à réussir à l’école. La conception viriliste que propose Dallaire de l’identité masculine est aussi responsable du taux si alarmant de suicide chez les jeunes hommes homo et bisexuels, le plus élevé au Québec, résultat en grande partie de la stigmatisation dont ils sont victimes de la part des « vrais gars ». Si l’on se fie au programme préliminaire du colloque, Patrick Guillot, pédagogue français, devrait quant à lui dénoncer les « violences anti-masculines », « la banalisation de la misandrie » et « Big Mother ». Ces paroles d’hommes sont saturées de venin.

    Partager même une part du pouvoir n’est pas chose aisée pour les hommes qui sont habitués depuis des générations à dominer les femmes sur tous les fronts. Le féminisme, comme tout mouvement d’émancipation, a provoqué un mouvement réactionnaire qui prétend que les rebelles - les femmes - ont détruit les valeurs nobles et renversé l’oppression à leur avantage. Mais les anciens maîtres mentent, car ils sont encore le plus souvent les maîtres... Alors que le féminisme a toujours tant de batailles à mener pour que les femmes obtiennent le respect ainsi que l’égalité économique, politique et domestique, les « masculinistes » s’organisent depuis longtemps, et de mieux en mieux. Ils aboient, mais leur « parole d’homme » n’est pas la mienne. (Fin de l’article)

    Site à consulter pour plus d’information : Antipatriarcat.org. On y trouve entre autres un programme antimasculiniste.

    La grille d’analyse des femmes déplaît à M. Dallaire
    14 avril 2005 , par   [retour au début des forums]

    J’ai lu les propos de M. Dallaire dans le magazine Madame qui nous est distribué gratuitement et je les ai retrouvés sur Internet.

    Il s’agissait de propos dans un article de Suzanne Descarries sur les hommes qui tuent leur(s) conjointe(s).

    Voici un passage :

    « Le psychologue Yvon Dallaire rappelle que la peine d’amour est le premier motif de suicide des hommes, quel que soit leur âge. "Il faut donc que les hommes aient des interlocuteurs valables", insiste-t-il. Des gens qui vont mettre un baume sur leur détresse et les aider à maîtriser leur comportement violent, à trouver de nouvelles façons de dire leur souffrance pour mieux la gérer et la diminuer, à trouver aussi des manières d’exprimer leurs besoins sous-jacents (d’être aimé, entendu, apprécié...) qui ne sont pas satisfaits.

    M. Dallaire poursuit : "Un des drames des hommes, c’est que, lorsqu’ils osent s’ouvrir, ils s’ouvrent à une femme qui ne peut pas vraiment les comprendre puisqu’elle les reçoit selon sa propre grille d’analyse." Le psychologue est persuadé que les hommes ont besoin de se retrouver entre eux pour découvrir qu’ils ne sont pas seuls à être ce qu’ils sont et à penser comme ils pensent ».

    La source est ici.

    Je veux bien comprendre que les hommes ont besoin de se retrouver entre eux, mais de là à prétendre qu’une femme ne pourrait pas les comprendre ni les aider... une femme psy par exemple n’est-elle pas une interlocutrice valable ? Les femmes ont pourtant une longue carrière de confidente et les femmes psy sont aussi compétentes que les hommes. Ça voudrait dire qu’un homme violent ne peut aller voir une psy parce que femme, elle aurait une grille d’analyse biaisée ??? Ça me fait penser aux islamistes qui empêchent les femmes d’aller consulter des médecins parce qu’ils sont des hommes ! Il y a plein de femmes qui consultent des psychologues masculins et il n’y a pas eu de mot d’ordre féministe équivalent à celui de M. Dallaire à l’effet que les hommes psy en général auraient une grille d’analyse suspecte à l’égard des femmes. Pourquoi cette suspicion ? M. Dallaire, psychologue, prêche pour sa paroisse peut-être ou il fait preuve de sexisme. Pour un professionnel, c’est sérieux. Je me demande ce qu’en penserait la Corporation des psychologues.

    Par contre, on apprend par M. Dallaire que la peine d’amour est la principale cause du suicide des hommes. (Source officielle ?). Quelle conclusion tirer ? Je pense que les hommes ont de la difficulté à se séparer, il faut les aider, mais pas en nourrissant la suspicion et l’animosité à l’égard des femmes. Il faut penser que ces hommes-là ont une vie à continuer et qu’ils auront encore des rapports avec des femmes. Si on rend les femmes responsables de leurs problèmes présents ou éventuels, ça n’annonce rien de bon pour les prochaines relations homme/femme. Ça annonce plutôt de la violence. Je ne vois qu’une solution à tout cela : responsabiliser les hommes pour qu’ils aient prise sur leur propre vie et se sente responsable de leur bonheur.

    Quelle parole d’homme ?
    14 avril 2005 , par   [retour au début des forums]

    « Ils aboient, mais leur « parole d’homme » n’est pas la mienne », dit Francis Dupuis-Dery, dans Alternatives d’avril et sur antipatriarcat.org.


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